Selon Ouest France, dans le sud-ouest de la Colombie, la région du Cauca incarne un paradoxe politique et social à l’approche de l’élection présidentielle. Bastion historique de la gauche, ce territoire de 1,4 million d’habitants est aussi l’un des plus marqués par la violence armée persistante, malgré des avancées sociales notables ces dernières années.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Cauca, région du sud-ouest de la Colombie, compte 1,4 million d’habitants et est un bastion de la gauche.
  • Cette zone reste l’une des plus touchées par la violence armée en Colombie, malgré des progrès sociaux récents.
  • Les habitants espèrent une amélioration de la sécurité sans remettre en cause les avancées sociales obtenues ces dernières années.
  • La région est un enjeu électoral majeur pour les candidats à la présidentielle colombienne.

Une région déchirée entre progrès et violences

Le Cauca, situé dans le sud-ouest de la Colombie, est une région rurale et montagneuse où les communautés autochtones et afro-colombiennes représentent une part importante de la population. « C’est un territoire où la gauche a toujours été forte, notamment grâce à des mouvements sociaux historiques », explique un analyste politique cité par Ouest France. Pourtant, cette région reste l’une des plus exposées aux conflits armés, avec des groupes illégaux qui se disputent le contrôle des routes stratégiques et des cultures illicites.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les dernières données du gouvernement colombien, plus de 300 homicides liés au conflit armé ont été recensés dans le Cauca en 2025, un niveau parmi les plus élevés du pays. « La violence est un frein au développement, mais les habitants refusent de sacrifier les avancées sociales pour la sécurité », précise un habitant de Popayán, chef-lieu de la région.

Des avancées sociales malgré l’insécurité

Malgré la persistance de la violence, le Cauca a connu des progrès sociaux notables ces dernières années. La région bénéficie notamment de programmes gouvernementaux ciblant les populations autochtones et rurales, comme le plan « Colombia Rural », qui vise à renforcer l’accès à l’éducation et aux soins. « On a vu des écoles et des centres de santé se construire, mais sans sécurité, ces efforts restent limités », témoigne une enseignante de la ville de Santander de Quilichao.

Les mouvements sociaux locaux, souvent à l’origine de ces avancées, restent très actifs. « Nous ne voulons pas d’une paix qui se ferait au détriment de nos droits », affirme un représentant du Conseil Régional Indigène du Cauca (CRIC), une organisation historique de défense des droits des peuples autochtones.

La présidentielle, un test pour l’avenir du Cauca

L’élection présidentielle colombienne de 2026 s’annonce comme un moment décisif pour le Cauca. Les candidats doivent concilier deux impératifs : renforcer la sécurité sans étouffer les dynamiques sociales qui ont permis à la région de progresser. « Le Cauca est un laboratoire politique », souligne un expert en relations internationales. « Ce qui s’y joue pourrait bien définir l’avenir de tout le pays.

Parmi les favoris, le candidat de gauche Gustavo Petro, ancien guérillero devenu président en 2022, mise sur une politique de « paix totale » pour mettre fin aux conflits armés. Mais dans le Cauca, certains restent sceptiques. « On a entendu des promesses avant, mais la violence continue », confie un agriculteur de la municipalité de Toribío, où les affrontements entre groupes armés sont fréquents.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une intensification des opérations militaires dans la région, dans l’espoir de réduire l’influence des groupes armés. Cependant, une amélioration durable de la sécurité passera probablement par des négociations politiques et des investissements dans les zones rurales, où la présence de l’État reste faible. Le nouveau gouvernement, quel qu’il soit, devra aussi gérer les attentes des mouvements sociaux, qui refusent tout retour en arrière sur les droits acquis.

Quoi qu’il en soit, le Cauca restera un symbole des défis auxquels la Colombie doit faire face : concilier sécurité et justice sociale, dans un pays encore marqué par des décennies de conflit.

Selon les autorités colombiennes, les groupes les plus actifs dans la région sont l’ELN (Armée de Libération Nationale), les disidencias des FARC (ex-guérilla démobilisée) et des bandes criminelles locales liées au narcotrafic. Ces groupes se disputent le contrôle des cultures de coca et des routes de contrebande vers le Pacifique.

Parmi les progrès notables, on compte l’augmentation du taux de scolarisation dans les zones rurales, grâce à la construction d’écoles par le gouvernement. Le plan « Colombia Rural » a aussi permis d’améliorer l’accès à l’eau potable et aux soins dans certaines municipalités. Enfin, les accords de paix de 2016 ont facilité la reconnaissance des droits des communautés autochtones, notamment via le CRIC.