Une page Facebook dédiée à l’univers de Bob l’Éponge, initialement créée pour recueillir des plaintes fictives des habitants de Bikini Bottom, la ville sous-marine du dessin animé, s’est transformée en un espace de critique du pouvoir égyptien. Selon nos confrères de RFI, ce groupe en ligne, qui comptait des milliers d’abonnés, est désormais perçu comme une menace par les médias proches du régime, qui le qualifient de « danger pour la sécurité nationale ».
Ce qu'il faut retenir
- Une page Facebook à l’origine dédiée à l’univers de Bob l’Éponge a évolué vers une plateforme de contestation politique en Égypte.
- Les médias progouvernementaux dénoncent désormais ce groupe, le présentant comme une « menace contre la sécurité de l’État ».
- La transformation de cette page reflète un usage détourné des réseaux sociaux pour exprimer des critiques envers le pouvoir.
- Bikini Bottom, cité fictive du dessin animé, sert de métaphore aux internautes pour évoquer des dysfonctionnements réels.
Une plateforme détournée pour contourner la censure
À l’origine, cette page Facebook, baptisée « Les plaintes de Bikini Bottom », permettait aux internautes de publier des messages humoristiques ou fictifs, imitant le ton du dessin animé. Pourtant, selon RFI, les publications ont progressivement basculé vers des critiques à peine voilées du gouvernement égyptien. Les utilisateurs y dénoncent, sous couvert d’humour et de métaphores, des thèmes sensibles comme la corruption, la répression ou les pénuries. « C’est une façon de contourner la censure, explique un observateur cité par RFI. En utilisant l’univers de Bob l’Éponge, les gens peuvent critiquer le pouvoir sans risquer une répression directe. »
Une surveillance accrue des autorités égyptiennes
Les médias progouvernementaux, comme le quotidien Al-Ahram, ont multiplié les articles pour dénoncer cette page, la qualifiant de « menace pour la stabilité nationale ». Certains journaux égyptiens vont jusqu’à publier des captures d’écran des publications les plus virales, accompagnées de commentaires les présentant comme des « appels à la révolte ». « Cette page n’a plus rien à voir avec un simple forum de fans, a souligné un éditorialiste proche du pouvoir. Elle est devenue un outil de propagande hostile à l’État. »
Selon RFI, les autorités égyptiennes n’ont pas encore pris de mesures directes contre cette page, mais des internautes rapportent une surveillance accrue de leurs comptes. Plusieurs utilisateurs auraient été convoqués par les services de sécurité pour des interrogatoires informels après avoir publié des messages jugés trop critiques.
L’humour comme arme de résistance
L’usage de l’univers de Bob l’Éponge comme outil de contestation n’est pas nouveau en Égypte. Déjà en 2011, lors du printemps arabe, des militants avaient détourné des personnages de dessins animés pour diffuser des messages politiques. Cette fois, cependant, la stratégie semble plus organisée, avec des publications régulières et une communauté grandissante. « Les gens savent que la censure est partout, précise un internaute sous couvert d’anonymat. Alors ils utilisent des codes, des références que le régime ne peut pas censurer directement. »
« Cette page prouve que même dans un pays où les médias sont verrouillés, les citoyens trouvent des moyens de s’exprimer. L’humour reste l’une des rares armes à leur disposition. »
— Analyste politique égyptien, cité par RFI
Le dessin animé, très populaire en Égypte, offre un cadre décalé et familier aux internautes. En utilisant les personnages et le ton humoristique de la série, les critiques du pouvoir sont plus difficiles à censurer directement, car elles peuvent être présentées comme des simples blagues. Cette stratégie permet de contourner la répression tout en transmettant des messages politiques.