Au premier semestre 2026, l’Allemagne a enregistré une hausse de 20 % de l’écrêtement commercial des énergies renouvelables, passant de 1 216 à 1 463 GWh, selon une analyse du fournisseur de données énergétiques Montel relayée par Euronews FR. Ce phénomène, qui consiste à arrêter volontairement la production d’électricité verte lorsque les prix deviennent négatifs, s’est intensifié dans le pays malgré une baisse de 23 % des heures de prix négatifs, de 389 à 299. Une situation qui contraste avec la tendance générale en Europe, où la plupart des États membres ont réduit ces pratiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Les énergies renouvelables ont couvert 45,5 % de la production électrique de l’UE au premier trimestre 2026, selon Eurostat.
  • L’éolien représente 44,9 % du mix renouvelable européen, devant l’hydroélectricité (28 %) et le solaire (17,3 %).
  • En Allemagne, l’écrêtement commercial des renouvelables a augmenté de 20 % en un an, malgré une baisse des heures de prix négatifs.
  • La loi allemande sur le pic solaire, entrée en vigueur en février 2025, pénalise financièrement les producteurs qui injectent de l’électricité lorsque les prix passent sous zéro.
  • La Finlande a enregistré la plus forte baisse d’écrêtement commercial en Europe, avec une chute de 89 % grâce à un déficit hydrologique favorable.
  • Le stockage par batteries et les compteurs intelligents sont présentés comme des solutions pour limiter le gaspillage d’énergie.

Les renouvelables en hausse, mais un défi persistant : l’écrêtement

Selon Euronews FR, les énergies renouvelables ont assuré 45,5 % de la production électrique totale de l’Union européenne au premier trimestre 2026. Une progression significative, portée principalement par l’éolien, qui représente désormais 44,9 % du mix renouvelable, devant l’hydroélectricité (28 %) et le solaire (17,3 %). Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de transition énergétique accélérée par la guerre en Iran, qui a fait flamber les prix du pétrole et du gaz. Pourtant, cette transition se heurte à un obstacle de taille : l’écrêtement des parcs solaires et éoliens.

Ce phénomène, qui consiste à réduire ou suspendre la production d’électricité verte, survient lorsque l’offre dépasse la demande, entraînant des prix de gros négatifs. « Les énergies solaire et éolienne produisent en fonction des conditions météorologiques plutôt qu’en réponse à la demande réelle », explique un expert cité par Euronews FR. Résultat : les gestionnaires de réseaux sont parfois contraints de stopper la production pour éviter une surcharge du système. Les causes peuvent être multiples : conditions météorologiques extrêmes, surcapacité temporaire, ou simplement un manque de rentabilité lorsque les prix passent sous zéro.

L’Allemagne, exception européenne, augmente son écrêtement commercial

Alors que la plupart des pays européens réduisent leur écrêtement commercial des renouvelables, l’Allemagne fait figure d’exception. Selon les données de Montel, le pays a vu son écrêtement commercial progresser de 20 % en un an, passant de 1 216 à 1 463 GWh. Pourtant, le nombre d’heures de prix négatifs a diminué de 23 %, passant de 389 à 299. Une apparente contradiction qui s’explique par les mécanismes de subventions allemands.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur le pic solaire (Solarspitzengesetz), en février 2025, les nouvelles installations renouvelables perdent immédiatement leurs aides financières dès que les prix de gros deviennent négatifs. « Les exploitants préfèrent couper leur production plutôt que de générer à perte », souligne Jean-Paul Harreman, auteur du rapport. Pire : lorsque les prix restent exactement à zéro, les producteurs perçoivent toujours une rémunération complète. Une subtilité qui crée un « incitatif commercial bien plus fort » pour arrêter la production. Autre facteur aggravant, le passage à des enchères au jour le jour par quart d’heure, en octobre 2025, a multiplié les courtes périodes de prix négatifs.

La France et la Finlande, deux modèles opposés

À l’inverse de l’Allemagne, la France affiche une baisse de 32 % de son écrêtement commercial, malgré une hausse de 14 % des heures de prix négatifs. Cette performance s’explique par les règles de subvention françaises, qui incitent les producteurs à maintenir leur production même lorsque les prix passent sous zéro. « La forte production nucléaire et solaire du pays a fait baisser les prix sous zéro plus fréquemment », note le rapport. La vague de chaleur de fin juin 2026 a également dopé la demande, notamment pour la climatisation, réduisant les surplus de production en milieu de journée.

La Finlande, quant à elle, enregistre la plus forte baisse d’écrêtement commercial en Europe, avec une chute de 89 %. Le rapport attribue ce résultat à un déficit hydrologique nordique, qui a tiré les prix de gros vers le haut. « L’enneigement en Norvège était proche d’un plus bas historique, et les réserves d’eau en dessous de la normale », précise l’étude. Un changement radical par rapport à 2025, où la région bénéficiait d’un surplus hydrique confortable.

Quelles solutions pour limiter le gaspillage d’énergie ?

Face à ce constat, les experts s’accordent sur une nécessité : investir dans le stockage et les technologies flexibles. Le stockage par batteries est présenté comme la solution la plus prometteuse. Selon les projections, la capacité de stockage dans le secteur commercial et industriel devrait tripler d’ici 2028, passant de 9 GWh en 2026 à 24 GWh. « Associées au stockage, les énergies solaire et éolienne peuvent rivaliser en coûts avec de nouvelles centrales au charbon et fournir une électricité fiable 24 heures sur 24 », indique un rapport 2026 de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA).

Les compteurs intelligents figurent également parmi les pistes envisagées. En permettant aux ménages de moduler leur consommation en fonction des heures creuses ou de la production renouvelable abondante, ils contribuent à mieux aligner l’offre et la demande. Autre levier : l’électrification des ménages, notamment via les véhicules électriques, qui pourrait absorber les surplus d’électricité en période de faible demande. « Cela pourrait empêcher les prix de passer sous zéro en augmentant la demande lorsque l’offre est abondante », estime un expert.

Et maintenant ?

L’enjeu pour les prochains mois sera de concilier croissance des renouvelables et équilibre du réseau. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, devraient accélérer leurs investissements dans le stockage et la flexibilité, tandis que d’autres misent sur l’optimisation des subventions. Une chose est sûre : la transition énergétique ne pourra pas faire l’impasse sur ces adaptations structurelles. La prochaine échéance à surveiller sera la révision des mécanismes de soutien aux énergies vertes, prévue pour 2027.

Les autres pays européens face à l’écrêtement

Si l’Allemagne, la France et la Finlande concentrent l’attention, d’autres pays européens ont également connu des évolutions notables. Les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse et la Pologne ont vu leur écrêtement commercial reculer, bien que dans des proportions moindres. « Ces résultats montrent que l’écrêtement commercial est de plus en plus influencé par l’organisation des marchés nationaux, les régimes de subventions et les conditions météorologiques », analyse Jean-Paul Harreman.

En Espagne et au Portugal, où les prix négatifs ont atteint des niveaux record, les acteurs du secteur réclament des ajustements réglementaires pour limiter les coupures. « Il faudra des mécanismes incitatifs pour éviter que les producteurs ne privilégient systématiquement l’arrêt de la production », plaide un représentant du secteur cité par Euronews FR.

L’écrêtement commercial désigne l’arrêt ou la réduction de la production d’électricité verte lorsque les prix de gros passent sous zéro, rendant la production non rentable. Contrairement à l’écrêtement technique, qui survient pour des raisons de sécurité ou de surcharge du réseau, l’écrêtement commercial est motivé par des critères économiques.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation : la loi allemande sur le pic solaire (Solarspitzengesetz), qui supprime les subventions dès que les prix deviennent négatifs, et le passage à des enchères au quart d’heure, qui multiplie les courtes périodes de prix négatifs. Ces mécanismes incitent les producteurs à couper leur production plutôt que de vendre à perte.