À quelques kilomètres à l’ouest de Banjul, la capitale gambienne, une communauté de femmes veille sur un trésor écologique et économique : les mangroves de Tanbi. Selon Courrier International, ces habitantes de Ndangan, un village de 300 âmes, assument depuis des générations un rôle central dans la préservation de ces zones humides, aussi indispensables à leur survie qu’à celle du littoral gambien. Leur quotidien mêle récolte d’huîtres, surveillance des palétuviers et lutte contre les menaces pesant sur cet écosystème fragile.

L’activité d’ostréiculture, pratiquée principalement en saison sèche, repose sur la collecte des mollusques accrochés aux racines des palétuviers. Une ressource lucrative, tant la demande locale reste forte. Pourtant, la mangrove gambienne, et plus particulièrement celle de Tanbi, subit une pression croissante. Entre les effets du changement climatique et les pressions anthropiques, sa dégradation menace directement les revenus des communautés, mais aussi leur protection face aux inondations côtières. « Elle fait partie de notre vie », confie Fatou Jarjue, 34 ans, mère de famille et récolteuse d’huîtres, citée par le diffuseur qatari Al-Jazeera.

Ce qu'il faut retenir

  • Une activité économique ancrée dans la tradition : l’ostréiculture dans les mangroves de Tanbi permet aux habitants de subvenir à leurs besoins depuis plusieurs générations, avec une récolte concentrée sur la saison sèche.
  • Un écosystème sous pression : la mangrove gambienne recule sous l’effet conjugué du changement climatique et des activités humaines, menaçant à la fois les ressources en huîtres et la protection naturelle contre les inondations.
  • Un rôle de gardiennes assumé par les femmes : les habitantes de Ndangan, formées à la restauration des mangroves, veillent désormais sur la régénération des palétuviers et la protection des zones humides.
  • Une dépendance vitale à la mangrove : elle agit comme une « barrière naturelle » contre la montée des eaux, tout en fournissant des revenus grâce à la pêche et à la récolte d’huîtres.
  • Un engagement pour les générations futures : des femmes comme Fatou Jarjue ou Sussan Colley, 48 ans, œuvrent pour que leurs descendants puissent continuer à tirer profit de cet environnement, sans en compromettre l’équilibre.

Un savoir-faire transmis de mère en fille

Dès l’aube, alors que la chaleur matinale n’a pas encore étouffé la côte, Fatou Jarjue s’affaire. Ses gants et ses chaussettes ajustés, elle pénètre dans les étendues vaseuses de la réserve de Tanbi, poussant sa pirogue à travers les canaux étroits de la mangrove. Comme le rapporte Courrier International, cette mère de famille de 34 ans incarne une tradition locale : la récolte des huîtres, accrochées aux racines des palétuviers. Une pratique qui, depuis des décennies, structure la vie économique et sociale de Ndangan, un village situé à deux kilomètres à l’ouest de Banjul.

L’ostréiculture, activité principalement féminine, se concentre sur la saison sèche, de novembre à mai. Pendant cette période, les femmes de la communauté descendent dans la mangrove à marée basse pour prélever les mollusques. Une fois récoltées, les huîtres sont vendues sur les marchés locaux, générant des revenus essentiels pour les familles. « L’activité est lucrative, mais elle est aussi cyclique », explique Fatou Jarjue. Pendant la saison des pluies, la récolte est suspendue pour permettre aux populations d’huîtres de se renouveler. Une règle que les habitantes de Ndangan respectent scrupuleusement, conscientes que leur survie en dépend.

La mangrove, un rempart naturel menacé

Pourtant, ce fragile équilibre est aujourd’hui remis en cause. Selon les experts cités par Al-Jazeera, la mangrove gambienne recule à un rythme alarmant. Les causes sont multiples : urbanisation croissante autour de Banjul, déforestation pour le bois de chauffage ou la construction, et, en toile de fond, les effets du changement climatique, avec une montée des eaux et des épisodes de sécheresse plus intenses. « La mangrove est une barrière naturelle contre les inondations. Sans elle, notre village serait encore plus vulnérable », souligne Fatou Jarjue. Son rôle dépasse largement la simple fourniture de ressources : elle protège les sols de l’érosion, filtre l’eau et sert d’habitat à une biodiversité riche, des poissons aux oiseaux migrateurs.

Les conséquences de ce recul se font déjà sentir. Les récoltes d’huîtres deviennent moins abondantes, réduisant les revenus des familles. À terme, c’est toute la communauté qui pourrait être affectée. « Plus la mangrove reprend des forces, plus l’avenir de notre village est assuré », résume Fatou Jarjue. Une réalité qui pousse les habitantes de Ndangan à s’investir dans la restauration de cet écosystème.

Des gardiennes formées pour protéger leur environnement

En Gambie, la prise de conscience environnementale a pris de l’ampleur ces dernières années. Grâce à des associations locales, les femmes de Ndangan ont bénéficié de formations spécifiques sur la restauration des mangroves. Elles ont appris à réhabiliter les zones dégradées, à replanter des palétuviers et à identifier les menaces pesant sur cet écosystème. « Avant, nous ne voyions la mangrove que comme un lieu de récolte. Aujourd’hui, nous savons qu’elle est bien plus que cela : un allié indispensable pour notre survie », confie Fatou Jarjue. Ces ateliers ont aussi permis aux habitantes de découvrir les interactions complexes au sein de la mangrove, renforçant leur engagement en faveur de sa préservation.

Lorsque les marées le permettent, Fatou Jarjue alterne entre récolte et surveillance. Elle inspecte les jeunes plants, remplace ceux qui ont été endommagés par les courants ou le piétinement, et signale les zones où la mangrove pourrait être menacée. Une tâche minutieuse, qui demande patience et rigueur. « Nous sommes les gardiennes de cet écosystème. Si nous ne le protégeons pas, qui le fera ? » interroge-t-elle. Une question rhétorique, mais qui résume l’urgence de la situation.

« Je veux que mes descendants puissent vivre de cette activité, sans oublier l’importance de la mangrove et le rôle qu’elle joue dans notre quotidien. »
Sussan Colley, 48 ans, habitante de Ndangan

Un avenir entre tradition et résilience

Pour Sussan Colley, une autre figure du village, la préservation de la mangrove relève autant de la survie que de l’héritage. À 48 ans, elle fait partie de celles qui ont assisté à la dégradation progressive des zones humides autour de Banjul. Aujourd’hui, elle participe activement aux efforts de restauration, tout en espérant que les générations futures pourront bénéficier de cet écosystème. « Ces palétuviers, c’est notre héritage. Si nous ne le protégeons pas aujourd’hui, nous hypothéquons l’avenir de nos enfants », explique-t-elle. Son discours illustre une prise de conscience collective : la mangrove n’est pas une ressource inépuisable, mais un patrimoine à transmettre.

Cependant, les défis restent nombreux. Les moyens financiers et techniques manquent souvent pour étendre les projets de restauration. Les associations locales, bien que dynamiques, peinent à mobiliser suffisamment de fonds pour couvrir l’ensemble des zones dégradées. De plus, la pression démographique autour de Banjul ne faiblit pas, avec une urbanisation qui grignote inexorablement les espaces naturels. « Nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens du bord », confie Fatou Jarjue. Un constat qui souligne l’importance de soutenir ces initiatives, tant au niveau national qu’international.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront décisives pour la mangrove gambienne. Les associations locales, soutenues par des partenaires internationaux, prévoient d’étendre leurs programmes de restauration à d’autres zones humides du pays. Une campagne de sensibilisation, visant à impliquer davantage les communautés locales, est également en cours. Selon les estimations des experts, il faudrait au moins cinq à dix ans pour observer une régénération significative des palétuviers dans les secteurs les plus dégradés. D’ici là, la vigilance des habitantes comme Fatou Jarjue et Sussan Colley restera indispensable pour préserver cet écosystème vital.

La Gambie n’est pas un cas isolé : dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, les mangroves sont au cœur de stratégies de résilience climatique. Leur protection est désormais un enjeu reconnu, notamment dans le cadre des accords internationaux sur le climat. Pour Ndangan, comme pour d’autres villages gambiens, l’espoir réside dans la poursuite de ces efforts, combinant savoir-faire traditionnel et innovations environnementales. Une chose est sûre : sans ces « gardiennes », l’équilibre de la mangrove gambienne serait encore plus menacé.

Les mangroves gambiennes subissent une dégradation principalement liée à l’urbanisation croissante autour de Banjul, à la déforestation pour le bois de chauffage ou la construction, ainsi qu’aux effets du changement climatique, comme la montée des eaux et les épisodes de sécheresse plus intenses. Ces facteurs réduisent la résilience de l’écosystème et menacent à la fois les ressources naturelles et la protection côtière.