Selon BFM Business, les comptes financiers des deux principales formations politiques grecques, Nouvelle Démocratie et le Pasok, révèlent une dette cumulée dépassant le milliard d’euros auprès des banques nationales. Cette situation, résultat d’une gestion défaillante sur plusieurs décennies, s’est encore aggravée en 2025, sans que les partis ne prévoient de régulariser leur situation auprès de leurs créanciers.

Ce qu'il faut retenir

  • 1,2 milliard d’euros de dettes cumulées pour Nouvelle Démocratie (602 millions) et le Pasok (565 millions), selon les comptes déposés fin juillet 2026.
  • Une augmentation de 60 millions d’euros pour Nouvelle Démocratie en 2025, malgré son statut de parti majoritaire au pouvoir depuis 2019.
  • Le Pasok, principal parti d’opposition, affiche une dette en hausse, sans signe de redressement financier.
  • En France, le parti le plus endetté, le Rassemblement national, ne comptait que 11 millions d’euros de déficit en 2025, loin des montants grecs.
  • Les deux partis grecs ont pour habitude de publier leurs comptes en été, période où l’attention médiatique est moindre.
  • Les ONG locales craignent une dépendance accrue du pouvoir politique envers les banques privées.

Une accumulation de dettes sur trois décennies

Les origines de cette situation remontent au début des années 1990, lorsque Nouvelle Démocratie et le Pasok alternaient au pouvoir. Pour financer leurs campagnes électorales et leurs activités politiques, les deux partis se sont massivement endettés auprès des banques privées, en mettant en garantie leurs futures subventions publiques. Une pratique aujourd’hui interdite, mais qui a laissé des traces indélébiles dans leurs comptes.

La crise des dettes souveraines de 2008 a achevé de fragiliser leur situation. Avec la chute des revenus publics et des subventions, les partis n’ont plus été en mesure d’honorer leurs engagements. Les pénalités se sont accumulées, transformant leurs dettes en un cercle vicieux dont ils peinent à sortir. Antonis Georgiadis, ministre de la Santé, a d’ailleurs reconnu publiquement l’impossibilité de rembourser ces créances : « Les créances ne pourront jamais être remboursées. Elles ne feront que s’accroître », a-t-il déclaré.

Des pratiques financières aux antipodes des citoyens grecs

Cette situation contraste fortement avec la réalité vécue par une partie de la population grecque. En 2026, 1,5 million de citoyens restent exclus du système bancaire en raison de retards de paiement. Pour eux, les conséquences sont immédiates : saisies, ventes aux enchères et expropriations. Haris Mamoulakis, député de gauche, a dénoncé cette inégalité de traitement : « Quand un citoyen est dans l’incapacité de payer, on recourt à des saisies, des ventes aux enchères et des expropriations. Mais lorsqu’il s’agit des propres dettes [des partis], ils font comme si de rien n’était. »

Les banques grecques, elles, semblent adopter une position plus conciliante envers les partis politiques qu’envers les particuliers. Pourtant, le secteur bancaire affiche une santé financière insolente : il a enregistré 4,6 milliards d’euros de bénéfices en 2025, selon les dernières données disponibles.

Un retard stratégique dans la publication des comptes

Nouvelle Démocratie et le Pasok ont déposé leurs comptes financiers avec deux mois de retard sur la date légale, soit à la mi-juillet 2026. Une pratique devenue habituelle pour les deux formations, qui choisissent délibérément de rendre publics leurs résultats financiers en pleine période estivale. Cette stratégie permet de limiter la couverture médiatique et l’attention du public, alors que les débats sur la gestion des finances publiques sont moins suivis en août.

Pourtant, les chiffres restent accablants. En comparaison, en France, le parti le plus endetté en 2025 était le Rassemblement national avec 11 millions d’euros de déficit, suivi par Les Républicains (3,6 millions) et Europe Écologie Les Verts (22 802 euros). Tous les autres grands partis français affichaient quant à eux des comptes excédentaires.

Des subventions publiques mises en péril

Les dettes des partis grecs sont d’autant plus problématiques qu’elles reposent en partie sur des garanties publiques. Historiquement, les deux formations ont emprunté auprès des banques privées en utilisant leurs futures subventions étatiques comme caution. Une méthode aujourd’hui interdite, mais dont les conséquences financières continuent de peser sur leurs comptes. Avec des revenus en baisse et des dépenses mal maîtrisées, le remboursement de ces dettes semble hors de portée.

Les observateurs s’interrogent sur les répercussions de cette situation. Les ONG locales craignent notamment que le pouvoir politique ne devienne encore plus dépendant des banques privées, au détriment de l’intérêt général. Une dépendance qui, selon certains analystes, pourrait affaiblir la souveraineté économique du pays.

Et maintenant ?

Pour l’instant, aucune mesure concrète n’a été annoncée par les dirigeants des deux partis pour assainir leurs finances. Les prochaines élections législatives, prévues en 2027, pourraient cependant modifier la donne. Si les électeurs venaient à sanctionner la gestion des deux formations, une restructuration des dettes pourrait devenir inévitable. En attendant, les créanciers des partis grecs devront probablement composer avec des remboursements prolongés, voire des pertes partielles.

Reste à savoir si les institutions européennes ou le gouvernement grec interviendront pour éviter une crise financière supplémentaire. En 2026, l’endettement des partis politiques grecs n’est plus seulement une question comptable : il pourrait bien devenir un enjeu de stabilité politique et sociale.