Selon Courrier International, la construction effrénée de centres de données en Inde, soutenue par des géants technologiques comme Microsoft, Amazon, Google et Meta, ainsi que par des entreprises locales comme Tata ou Adani, s'accompagne de conséquences environnementales et sociales majeures pour les populations les plus fragiles du pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Les géants technologiques et indiens investissent des milliards dans des data centers en Inde, avec des avantages fiscaux et fonciers importants.
  • Ces infrastructures entraînent l'expulsion ou la vente forcée de terres appartenant à des familles de dalits, historiquement marginalisées par le système des castes.
  • Pour alimenter ces centres, le gouvernement indien maintient en service des centrales au charbon vieillissantes et en construit de nouvelles.

Une enquête de l'Environmental Reporting Collective, relayée par Courrier International, met en lumière les répercussions de cette expansion sur des villages comme Tarluvada, dans l'État de l'Andhra Pradesh. Là où des champs cultivés s'étendent encore, des panneaux signalent déjà l'implantation prochaine d'un centre de données. « La Silicon Valley investit des milliards dans la construction de centres de données à travers l'Inde, sans trop se soucier des risques environnementaux et sanitaires pour les communautés vulnérables », dénonce l'enquête.

Les multinationales américaines ne sont pas seules à profiter de ce boom. Les groupes indiens comme Tata ou Adani ont également investi massivement dans ce secteur en pleine croissance. Pour les attirer, les autorités locales leur offrent des concessions fiscales, des tarifs préférentiels pour l'électricité et l'eau, ainsi que des facilités d'accès aux terrains. Autant de mesures qui accélèrent l'artificialisation des sols et perturbent les modes de vie traditionnels.

Parmi les premières victimes de cette dynamique, on trouve les familles de dalits, autrefois appelés « intouchables » en raison de leur position en bas de l'échelle sociale imposée par le système des castes. Leur expulsion ou la vente forcée de leurs terres devient une conséquence directe de l'arrivée des data centers. « Des familles de dalits (...) se font expulser de leurs terres ou sont contraintes de les vendre à mesure que des centres de données s'implantent dans leurs régions », précise l'enquête.

Une énergie fossile pour alimenter un secteur en pleine expansion

Le problème ne se limite pas aux terres. Pour répondre aux besoins énergétiques colossaux des data centers, le gouvernement indien a choisi de prolonger la durée de vie des centrales au charbon les plus anciennes, voire d'en construire de nouvelles. Selon les données disponibles, cette stratégie vise explicitement à soutenir la demande croissante en électricité de ces infrastructures numériques. Une décision qui va à l'encontre des engagements internationaux de l'Inde en matière de réduction des émissions de CO2.

Cette situation illustre un paradoxe : alors que le monde cherche à verdir son économie, certains pays, comme l'Inde, misent toujours sur les énergies fossiles pour alimenter des industries high-tech dont l'empreinte écologique reste mal évaluée. « Le gouvernement a reporté la fermeture des centrales électriques vieillissantes et approuvé la construction de dizaines de nouvelles centrales au charbon, notamment pour répondre aux besoins des centres de données », confirme l'enquête.

Des conséquences environnementales et sociales sous-estimées

Les impacts ne se limitent pas aux dalits. Dans des villes comme Bombay ou Madras, l'installation de data centers s'accompagne d'une pression accrue sur les ressources en eau et en électricité. Les communautés locales subissent des perturbations de leur accès à ces ressources vitales, tandis que les sols sont artificialisés à un rythme soutenu. Les rapports environnementaux pointent également des risques de pollution liés à la gestion des déchets électroniques et aux émissions des centrales à charbon.

Les défenseurs de l'environnement et les associations locales appellent à une régulation plus stricte de ce secteur. Ils réclament notamment une évaluation indépendante des impacts environnementaux avant toute nouvelle implantation, ainsi qu'une consultation préalable des populations concernées. « Partout en Inde, de Bombay à Madras, cette croissance effrénée a un coût élevé pour les communautés les plus vulnérables du pays », souligne l'enquête.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des décisions des autorités indiennes et des géants technologiques. Une consultation publique pourrait être organisée dans les zones concernées, mais aucun calendrier précis n'a encore été annoncé. Les associations locales, soutenues par des organisations internationales, devraient intensifier leurs pressions pour que l'expansion des data centers s'accompagne de garanties sociales et environnementales.

Cette affaire soulève une question plus large : comment concilier le développement numérique et la protection des populations les plus vulnérables ? Le modèle actuel, basé sur l'exploitation des ressources et l'expulsion des communautés marginalisées, semble de moins en moins tenable. Pour les observateurs, la balle est désormais dans le camp des décideurs indiens et des multinationales, qui devront trancher entre profit immédiat et durabilité.