C’est une mobilisation inattendue qui prend forme en Indonésie : des milliers de fans de K-pop, organisés en collectifs écologistes, mènent une campagne contre la banque sud-coréenne Hana, accusée de financer indirectement des projets miniers dévastateurs pour l’environnement. Selon Courrier International, relayant une enquête du Korea Herald, ces militants, réunis sous la bannière Kpop4planet, dénoncent les prêts accordés par Hana au groupe Harita, un géant indonésien du nickel dont les activités reposent sur une centrale à charbon.

Ce qu'il faut retenir

  • La banque sud-coréenne Hana est ciblée par des fans de K-pop pour des prêts accordés à Harita, un groupe minier indonésien utilisant du charbon.
  • Le collectif Kpop4planet, fort de 280 000 abonnés, a lancé en décembre 2024 la campagne « Hana, la K-pop avant le charbon » pour dénoncer ces financements.
  • Les activités de Harita sur l’île d’Obi reposent sur une centrale à charbon, entraînant « de graves destructions environnementales », selon les militants.
  • Hana collabore avec des stars de K-pop comme G-Dragon ou Ahn Yu-jin pour promouvoir sa marque auprès des jeunes.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les engagements climatiques des institutions financières sont de plus en plus scrutés. Hana, bien que populaire en Indonésie, se retrouve ainsi au cœur d’une polémique mêlant écologie, finance et culture pop. Les militants de Kpop4planet, qui regroupent une douzaine de clubs de fans, estiment que les prêts accordés à Harita — dont les mines de nickel sont situées sur l’île d’Obi, dans l’archipel des Moluques — contribuent à aggraver la crise climatique. « Les activités de Harita reposent sur une centrale à charbon, ce qui a des effets délétères sur l’environnement », a souligné un porte-parole du collectif à Courrier International.

L’argumentaire des militants s’appuie sur des contradictions flagrantes entre l’image publique de Hana et ses pratiques réelles. La banque sud-coréenne, en effet, mise depuis plusieurs années sur des campagnes de communication ciblant les jeunes générations, notamment à travers des partenariats avec des célébrités de la K-pop. Parmi ses ambassadeurs figurent des figures comme G-Dragon, membre du groupe Big Bang, ou encore Ahn Yu-jin, chanteuse du groupe Ive. Ces collaborations, destinées à renforcer l’attractivité de Hana auprès des 18-35 ans, entrent en conflit direct avec les revendications écologistes portées par les fans de K-pop eux-mêmes. « La banque se sert de notre culture pour se donner une image responsable, alors qu’elle finance en réalité des projets destructeurs », a déploré une membre de Kpop4planet sous couvert d’anonymat.

Le déclencheur de cette mobilisation remonte à novembre 2024, lorsque les membres du collectif se sont réunis à Busan, en Corée du Sud, pour organiser une première action de protestation. Leur campagne, lancée officiellement en décembre 2024, a rapidement pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux, où Kpop4planet cumule plus de 280 000 abonnés. Les militants appellent désormais à un boycott des services de Hana et à une révision de ses politiques de financement. « Nous ne voulons pas que notre passion pour la K-pop soit associée à la destruction de l’environnement », a résumé un représentant du collectif.

Une stratégie de communication en porte-à-faux avec les réalités écologiques

L’affaire révèle les tensions croissantes entre les stratégies marketing des entreprises et les attentes sociétales, notamment chez les jeunes générations. Hana, fondée en 1953 sous le nom de Korea Republic et devenue indépendante en 1965 sous le titre Korea Herald, a toujours été un acteur clé de l’économie sud-coréenne. Pourtant, sa récente orientation vers le financement de projets miniers en Indonésie soulève des questions sur sa stratégie de développement durable. Selon le Korea Herald, la banque a accordé à Harita des prêts estimés à plusieurs centaines de millions de dollars, permettant l’expansion de ses activités sur l’île d’Obi, où la production de nickel est vitale pour les industries des batteries électriques et des smartphones.

Le problème, selon les écologistes, réside dans le mode de production énergétique de Harita. La société indonésienne utilise une centrale à charbon pour alimenter ses sites miniers, une pratique de plus en plus contestée en raison de son impact sur les émissions de CO₂ et la pollution locale. « Les centrales à charbon sont incompatibles avec les objectifs climatiques de la Corée du Sud et de l’Indonésie », a rappelé un expert en énergie contacté par Courrier International. Pourtant, malgré les engagements internationaux en faveur de la transition énergétique, des institutions comme Hana continuent de financer ce type de projets, souvent en invoquant des besoins économiques immédiats.

Un mouvement qui s’inscrit dans une dynamique mondiale

Cette mobilisation de fans de K-pop n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, les communautés de fans à travers le monde utilisent leur influence pour porter des causes sociales et environnementales. En 2023, des fans de BTS avaient par exemple lancé une campagne contre les violations des droits humains en Birmanie, liée à des entreprises sud-coréennes. De même, en 2022, des supporters de BLACKPINK avaient appelé à une meilleure gestion des déchets plastiques lors des concerts, poussant les organisateurs à revoir leurs pratiques.

Dans le cas de Kpop4planet, la stratégie repose sur une communication ciblée via les plateformes sociales, où les jeunes générations sont particulièrement actives. Les militants utilisent des hashtags comme #HanaTheCoalBank ou #KpopForPlanet pour sensibiliser le public et interpeller les institutions. Leur approche, à la fois virale et militante, rappelle celle d’autres mouvements écologistes contemporains, comme Fridays for Future, où la jeunesse joue un rôle central dans la défense de l’environnement. « Nous ne sommes pas des militants professionnels, mais nous avons une plateforme. Et cette plateforme, nous choisissons de l’utiliser pour le bien commun », a expliqué une membre du collectif.

Et maintenant ?

La campagne contre Hana pourrait s’intensifier dans les prochains mois, avec des actions prévues lors d’événements liés à la K-pop ou lors de la publication des rapports financiers de la banque. Les militants espèrent également obtenir un dialogue avec les dirigeants de Hana pour exiger un désengagement des projets charbonniers. De son côté, la banque n’a pas encore réagi publiquement aux accusations, mais des sources internes citées par le Korea Herald indiquent que des discussions internes sur la révision de sa politique de financement seraient en cours. Une décision pourrait être annoncée d’ici la fin du premier semestre 2026.

Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre une tendance de fond : les consommateurs, notamment les jeunes, attendent désormais des entreprises qu’elles alignent leurs pratiques sur leurs discours. Pour Hana, le risque est double : perdre la confiance de ses jeunes clients tout en voyant sa réputation entachée par des liens avec des projets controversés. Reste à savoir si la pression exercée par les fans de K-pop suffira à faire bouger les lignes — ou si la banque préférera maintenir le statu quo au nom de la rentabilité.

Les fans de K-pop forment une communauté très engagée, souvent composée de jeunes sensibles aux questions environnementales. Leur mobilisation s’appuie sur une forte présence sur les réseaux sociaux, où ils peuvent rapidement diffuser des messages à grande échelle. De plus, leur lien émotionnel avec les artistes utilisés par Hana pour ses campagnes publicitaires rend leur opposition d’autant plus visible et percutante.