Avec 92 millions d’habitants, dont 85 % connectés à Internet selon la Banque mondiale, l’Iran figure parmi les pays les plus actifs en ligne au Moyen-Orient. Pourtant, le régime des mollahs y exerce un contrôle strict, alternant entre restrictions ciblées et coupures totales, comme lors de la répression des manifestations de janvier 2026 ou pendant le conflit avec les États-Unis et Israël entre février et mai 2026. Comment Téhéran parvient-il à isoler son cyberespace du reste du monde ? D’après nos confrères de Courrier International, l’État iranien dispose d’un arsenal de méthodes techniques et administratives pour asphyxier l’accès à la toile mondiale.
Ce qu’il faut retenir
- 92 millions d’Iraniens, dont 78 millions d’internautes, sont concernés par ces restrictions.
- Le contrôle s’effectue via la Telecommunication Infrastructure Company (TIC), l’unique gestionnaire des passerelles internationales.
- Les techniques incluent le BGP Hijacking, l’empoisonnement DNS et le brouillage des signaux satellites.
- Un « Internet halal », intranet national, est développé pour maintenir des services locaux en cas de black-out.
- Des solutions de contournement existent, comme les réseaux maillés (mesh) ou les satellites, mais sont systématiquement traquées.
Une infrastructure télécoms verrouillée par l’État
Au cœur du système se trouve la Telecommunication Infrastructure Company (TIC), une entité publique placée sous l’autorité du ministère des Technologies de l’information et des Communications. Tous les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et opérateurs mobiles iraniens sont contraints de se connecter à ce monopole d’État. Résultat : Téhéran dispose d’un interrupteur unique pour couper, ralentir ou filtrer les flux numériques à sa guise.
Cette mainmise s’exerce notamment sur les passerelles internationales, ces points de connexion qui relient le réseau iranien au reste du monde. En suspendant leur annonce via le Border Gateway Protocol (BGP) – la « feuille de route » qui guide les données vers les adresses IP –, l’Iran disparaît virtuellement du web mondial. « Les réseaux iraniens cessent ainsi d’exister pour le web global », explique Cloudflare Radar, spécialiste de l’observation du trafic Internet, comme le rapporte Courrier International.
Des outils de censure sophistiqués et ciblés
L’État iranien ne se contente pas de couper les ponts : il manipule aussi les routes numériques. Le BGP Hijacking consiste, pour la TIC, à diffuser de fausses informations BGP pour rediriger les internautes vers des sites locaux. Parallèlement, le DNS Poisoning falsifie l’annuaire du web : un utilisateur cherchant un média étranger se retrouve automatiquement renvoyé vers une page d’erreur ou un site gouvernemental. Ces techniques permettent un filtrage en temps réel, bien plus efficace que les simples blocages d’adresses IP.
Pendant les périodes de tension, comme les manifestations de janvier 2026, ces méthodes sont déployées en cascade. Les réseaux sociaux, les plateformes d’information étrangères et même les services de messagerie sont visés, selon nos confreres de Courrier International. Le but est double : étouffer les velléités de contestation et priver la population d’informations extérieures.
Des alternatives technologiques pour contourner la censure
Face à ce verrouillage, certains Iraniens tentent de déjouer la surveillance. L’une des solutions les plus médiatisées passe par les satellites, notamment ceux de la constellation Starlink. En 2026, cette option est devenue un symbole de résistance numérique. Pourtant, les autorités ont riposté en déployant des analyseurs de spectre pour traquer les antennes clandestines. « Les signaux sont brouillés dès leur détection, comme lors des coupures de février à mai 2026 », détaille Nayana Prakash, chercheuse au Chatham House, d’après Courrier International.
Autre piste explorée : les réseaux maillés (mesh). Des applications comme Briar ou Bridgefy permettent d’échanger des messages sans passer par Internet, en utilisant le Bluetooth ou le Wi-Fi direct entre téléphones. Cette technologie, déjà testée lors de crises humanitaires, offre une communication locale décentralisée. Son principal avantage ? Elle reste invisible pour les censeurs, tant qu’elle ne se connecte pas à un réseau extérieur.
L’Iran mise aussi sur son propre « Internet halal »
Depuis plusieurs décennies, Téhéran développe un écosystème numérique parallèle : un intranet national, parfois qualifié d’« Internet halal ». Ce réseau fermé, entièrement hébergé sur des serveurs iraniens, garantit une continuité de service même en cas de black-out total. Il donne accès à des applications locales comme Bale ou Eitaa, des services bancaires, des plateformes de taxi et des sites officiels de l’État. Son objectif est clair : maintenir une illusion de normalité numérique, tout en empêchant les Iraniens de consulter des contenus jugés subversifs.
Cette stratégie s’inscrit dans une logique de souveraineté numérique, inspirée par des modèles comme celui de la Chine avec son « Grand Pare-feu ». En janvier 2026, lors des manifestations antirégime, puis pendant le conflit avec Washington et Tel-Aviv, l’Iran a massivement recours à ce réseau de substitution pour limiter l’impact des coupures mondiales. « Ce système permet aux services locaux de fonctionner, mais au prix d’une surveillance renforcée », souligne un analyste cité par Courrier International.
L’Iran illustre ainsi une tendance mondiale : celle d’un Internet fragmenté, où chaque État cherche à façonner son propre cyberespace. Entre contrôle total et résistance citoyenne, le jeu d’échecs numérique entre Téhéran et ses habitants n’est pas près de s’achever.
Les VPN restent l’une des solutions les plus utilisées pour contourner la censure, mais leur efficacité varie selon les périodes. Pendant les black-out totaux, comme en janvier 2026, même les VPN sont bloqués ou ralentis. Les autorités iraniennes déploient régulièrement des contre-mesures pour les neutraliser, notamment en bloquant les serveurs connus ou en utilisant des technologies de détection de trafic chiffré. Selon nos confrères de Courrier International, les utilisateurs doivent constamment mettre à jour leurs outils et changer de protocole pour éviter la détection.
Les autorités iraniennes considèrent l’accès à des contenus « non autorisés » ou l’utilisation de techniques de contournement comme des infractions graves. Les utilisateurs risquent des peines de prison, des amendes, voire des tortures lors d’interrogatoires, selon des rapports d’ONG comme Access Now. Les fournisseurs d’accès et les plateformes locales sont tenus de coopérer avec les services de renseignement pour identifier les « contrevenants ». Les antennes satellites clandestines, par exemple, exposent leurs propriétaires à des poursuites immédiates.