Alors que le régime iranien durcit sa répression contre la population, les outils numériques deviennent un champ de bataille supplémentaire. Selon RFI, l’ONG iranienne Miaan, basée aux États-Unis, constate une escalade sans précédent des pressions en ligne : coupures quasi totales d’Internet et multiplication des cyberattaques ciblant les dissidents. Dans ce contexte, les demandes d’assistance en cybersécurité ont bondi de 500 % en l’espace de quelques mois. « Les Iraniens ont besoin de soutiens en cybersécurité pour résister à cette répression numérique », alerte Amir Rashidi, directeur de la cybersécurité et des droits numériques pour l’ONG Miaan.

Ce qu'il faut retenir

  • Une répression numérique croissante : coupures quasi totales d’Internet et augmentation des cyberattaques ciblant les opposants politiques et les militants.
  • 500 % de demandes d’aide en cybersécurité : l’ONG Miaan enregistre une hausse spectaculaire des sollicitations d’assistance depuis plusieurs mois.
  • Amir Rashidi, porte-parole de l’ONG Miaan, souligne l’urgence d’un soutien technique pour les Iraniens confrontés à ces méthodes répressives.
  • Une ONG basée aux États-Unis, mais dont l’action concerne directement les internautes iraniens soumis à une surveillance accrue et à des restrictions en ligne.
  • Des méthodes répressives diversifiées : blocage des réseaux sociaux, surveillance algorithmique, et désormais, des attaques ciblées pour infiltrer les communications des opposants.

Une stratégie répressive qui s’étend au-delà des rues

Depuis plusieurs années, le pouvoir iranien utilise Internet comme un levier de contrôle. Les manifestations populaires, souvent réprimées dans la violence, se heurtent désormais à une stratégie numérique visant à étouffer toute velléité de contestation en ligne. Les coupures d’Internet, bien que moins médiatisées que les violences policières, jouent un rôle clé dans cette dynamique. Selon des observateurs, ces mesures visent à isoler les opposants, empêcher l’organisation de mouvements de protestation et faciliter la répression physique en limitant les échanges d’informations.

Amir Rashidi, dont l’ONG accompagne les défenseurs des droits humains en Iran, explique que les cyberattaques se multiplient :

« Les autorités iraniennes utilisent des outils sophistiqués pour pirater les comptes des militants, diffuser de fausses informations, ou encore infiltrer les réseaux de communication. Face à cela, les Iraniens ont besoin d’un soutien technique pour sécuriser leurs échanges et protéger leurs données personnelles. »

Des chiffres qui illustrent l’ampleur du phénomène

La hausse de 500 % des demandes d’assistance en cybersécurité enregistrée par Miaan ne laisse aucun doute sur l’intensification des pressions. Cette augmentation s’explique par plusieurs facteurs : d’abord, la généralisation des cyberattaques ciblant les opposants, ensuite, la prise de conscience, même tardive, des risques encourus par les militants. Les outils numériques, autrefois perçus comme des espaces de liberté, sont désormais des pièges où les données personnelles deviennent des armes contre leurs détenteurs.

L’ONG Miaan, qui travaille en collaboration avec des experts internationaux, propose des formations en cybersécurité et met à disposition des outils pour contourner la censure. Pourtant, ces mesures restent insuffisantes face à l’arsenal déployé par les autorités iraniennes. « Sans un soutien massif de la communauté internationale, des milliers d’Iraniens risquent de se retrouver totalement vulnérables », insiste Amir Rashidi.

Un enjeu international qui dépasse les frontières

La question de la cybersécurité en Iran dépasse le cadre national. Les technologies utilisées par le régime pour surveiller et réprimer sont souvent importées ou développées avec l’aide de partenaires étrangers. Plusieurs rapports, dont ceux d’ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch, ont pointé du doigt des entreprises européennes et asiatiques accusées de fournir des outils de surveillance à Téhéran. Ces révélations ont poussé certains pays à renforcer leurs contrôles sur les exportations de technologies sensibles.

Parallèlement, la diaspora iranienne, très active en ligne, joue un rôle clé dans la sensibilisation aux risques numériques. Des collectifs de hackers éthiques, comme ceux regroupés sous la bannière #IranProtest, tentent de contrer les cyberattaques en piratant les infrastructures utilisées par le régime. Une guerre numérique où chaque camp cherche à prendre l’avantage, sans que les civils ne soient toujours protégés.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont envisagées pour atténuer l’impact de cette répression en ligne. D’abord, une coordination accrue entre les ONG, les gouvernements occidentaux et les entreprises technologiques pour bloquer les outils de surveillance utilisés par l’Iran. Ensuite, le développement de solutions locales, comme des réseaux maillés (mesh networks) ou des applications de communication chiffrées, pourrait permettre aux Iraniens de contourner les coupures d’Internet. Enfin, une pression diplomatique renforcée lors des prochaines négociations internationales sur les droits humains pourrait contraindre Téhéran à limiter ses pratiques numériques répressives. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance.

Dans l’immédiat, les militants iraniens continuent de payer le prix fort. Leur combat, désormais autant physique que numérique, illustre une nouvelle forme de répression où la surveillance et l’isolement deviennent des armes aussi redoutables que les balles.