Depuis le début de la guerre déclenchée par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, les Gardiens de la révolution — force paramilitaire et idéologique du régime — renforcent leur emprise sur le pays. Mais au-delà de cette dynamique sécuritaire, c’est une mutation plus large de l’espace public qui retient l’attention. Selon Courrier International, les mobilisations de soutien au pouvoir, organisées et médiatisées, ont progressivement remplacé les résistances spontanées du quotidien.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les bassesidji, miliciens volontaires proches des Gardiens de la révolution, et les réseaux affiliés investissent les rues des grandes villes comme Téhéran, Ispahan ou Chiraz. Leur objectif ? Afficher une unité de façade, alors que les Iraniens ordinaires désertent progressivement ces espaces publics. Les démonstrations de force se multiplient, mêlant slogans antiaméricains, récitation de versets coraniques et expositions de missiles, présentés comme opérationnels.

Ce qu'il faut retenir

  • Les Gardiens de la révolution et les bassesidji organisent des rassemblements quotidiens dans les grandes villes iraniennes depuis le début de la guerre contre Téhéran.
  • Ces mobilisations incluent des expositions de missiles et des slogans religieux ou antiaméricains, visant à afficher la loyauté envers le régime.
  • Les rues sont de plus en plus désertées par la population civile, laissant la place à des rassemblements contrôlés par les forces progouvernementales.
  • Selon Foreign Policy — cité par Courrier International — ces mouvements révèlent une évolution concrète de la stratégie de contrôle du territoire par les autorités.

Des rassemblements organisés pour marquer l’espace public

Dans les artères principales et les places des métropoles iraniennes, les partisans du régime occupent désormais l’espace. Les bassidji, souvent reconnaissables à leurs uniformes et brassards, se déplacent en groupes organisés, scandant des slogans ou entonnant des prières collectives. Autour d’eux, des drapeaux iraniens et des banderoles à l’effigie des figures emblématiques de la République islamique flottent aux balcons ou sont agités par la foule.

Ces rassemblements ne sont pas anodins. Ils servent à la fois de vitrine pour le régime et de moyen de pression sur la population. Les missiles exposés, souvent présentés comme « prêts au lancement », sont placés au centre des cortèges, transformant ces événements en mises en scène militaires. « Ces démonstrations ne visent pas seulement à mobiliser, mais aussi à intimider », explique un analyste cité par Foreign Policy.

Une stratégie de contrôle renforcée par la guerre

Le conflit avec les États-Unis et Israël a accéléré cette militarisation de l’espace public. Dès les premières heures des frappes, les Gardiens de la révolution ont renforcé leur présence dans les rues, instaurant des postes de contrôle et des barrages filtrants. Ces dispositifs, initialement temporaires, semblent s’inscrire dans la durée. Les bassidji, souvent secondés par les forces de l’ordre, patrouillent en civil ou en uniforme, surveillant les déplacements des citoyens.

Selon les observateurs, cette stratégie répond à un double impératif : afficher une unité nationale face à l’ennemi extérieur et réprimer toute velléité de contestation interne. Les rassemblements organisés permettent de canaliser les frustrations et de détourner l’attention des difficultés économiques accrues par les sanctions internationales. « Le régime mise sur une logique de peur et de loyauté forcée », précise un chercheur spécialiste du Moyen-Orient.

Le quotidien des Iraniens face à cette occupation symbolique

Pour les habitants des grandes villes, ces scènes deviennent une norme. Les terrasses de cafés, les places publiques et même les quartiers résidentiels voient défiler ces cortèges imposés. Les commerces ferment plus tôt les jours de rassemblement, et les habitants évitent de s’attarder dans les rues aux heures où les bassidji sont les plus actifs. « On ne sort plus comme avant », confie un Tehranais sous couvert d’anonymat. « Les rues ne nous appartiennent plus ».

Les réseaux sociaux, malgré la censure, restent un moyen pour les Iraniens de partager des images de ces rassemblements — souvent accompagnées de commentaires ironiques ou de détournements. Certaines vidéos montrent des passants qui détournent le regard ou accélèrent le pas en croisant un groupe de bassidji. D’autres, plus rares, captent des échanges tendus entre manifestants et riverains.

Le rôle des Gardiens de la révolution : entre armée et police politique

Les Gardiens de la révolution, ou Sepah Pasdaran, forment une institution hybride : à la fois force militaire, police politique et acteur économique majeur en Iran. Depuis 1979, ils jouent un rôle clé dans la répression des oppositions et le maintien du pouvoir des mollahs. Leur présence accrue dans les rues depuis le début de la guerre s’inscrit dans cette logique de contrôle totalitaire.

Leur stratégie inclut aussi la cooptation de la population via des réseaux de soutien locaux. Les bassidji, recrutés parmi les jeunes et les milieux populaires, sont souvent instrumentalisés pour relayer la propagande officielle. Les récompenses matérielles ou symboliques — accès à des logements sociaux, bourses d’études, ou promotions professionnelles — sont autant d’incitations à participer aux rassemblements.

Et maintenant ?

Ces mobilisations pourraient se poursuivre tant que le conflit persistera, voire s’intensifier si la pression internationale s’accroît. Les prochaines semaines seront déterminantes : les Gardiens de la révolution pourraient durcir leurs méthodes, notamment en cas de nouvelles sanctions ou d’escalade militaire. Parallèlement, la population iranienne, déjà éprouvée par des années de crise économique, pourrait voir son mécontentement s’exacerber, malgré la répression.

Reste à savoir si ces rassemblements, initialement conçus comme des outils de légitimation du régime, ne deviendront pas au contraire des catalyseurs de résistance silencieuse. Une chose est sûre : l’espace public iranien n’est plus le même qu’avant le conflit.

Cette transformation de la rue iranienne illustre une fois de plus la capacité du régime à adapter ses méthodes de contrôle, quels que soient les défis extérieurs ou intérieurs. Entre propagande et intimidation, les autorités semblent avoir choisi une stratégie claire : occuper le terrain, quel qu’en soit le coût pour la liberté d’expression et la vie quotidienne des Iraniens.

Les bassesidji (ou « mobilisés ») sont des miliciens volontaires, souvent jeunes, recrutés parmi les milieux populaires ou étudiants. Leur rôle principal consiste à soutenir activement le régime des mollahs, notamment en organisant des manifestations de soutien, en surveillant la population ou en participant à des actions de répression. Ils sont directement liés aux Gardiens de la révolution et bénéficient parfois de privilèges en échange de leur engagement.

L’exposition de missiles lors des rassemblements vise plusieurs objectifs : afficher une puissance militaire face à l’ennemi américain et israélien, renforcer la légitimité du régime en période de conflit, et intimider la population en rappelant la capacité de répression du pouvoir. Ces mises en scène sont aussi destinées à un public international, pour montrer que l’Iran reste une puissance militaire à ne pas sous-estimer.