Alors que l’activisme médiatique de la chroniqueuse française Xenia Fedorova, figure pro-Kremlin, suscite des polémiques en France, la question du discours prorusse en Europe se pose différemment en Italie. Selon Le Monde, la propagande en faveur du pouvoir russe y est relayée par des canaux moins visibles, mais socialement mieux acceptés, rendant son influence plus insidieuse et moins contestée.
Ce qu'il faut retenir
- En Italie, le discours prorusse évite les figures médiatisées comme en France, privilégiant des relais plus diffus et mieux intégrés socialement.
- La politiste italienne Sofia Ventura, spécialiste des questions russes, souligne cette différence dans une tribune publiée par Le Monde.
- Cette approche permet une influence plus profonde et moins critiquée du Kremlin dans l’opinion publique transalpine.
Une stratégie de propagande adaptée au contexte italien
En France, des personnalités comme Xenia Fedorova cristallisent les débats autour de la désinformation prorusse, souvent sous les projecteurs médiatiques. En Italie, cette stratégie est moins visible. Sofia Ventura, politiste à l’Université de Bologne et spécialiste des questions russes, explique dans une tribune du Monde que la propagande prorusse « s’infiltre par des voies plus diffuses, où elle est moins immédiatement identifiée comme telle ». Autrement dit, elle se fond dans des discours ou des réseaux où elle bénéficie d’une meilleure acceptation sociale.
Cette approche permet au Kremlin de contourner les critiques frontales. Alors qu’en France, les polémiques autour de figures comme Xenia Fedorova alimentent des débats sur la légitimité de leur parole, en Italie, le même message est relayé par des acteurs moins exposés, comme des éditorialistes, des groupes de pression ou des relais politiques locaux. « Le discours prorusse en Italie ne repose pas sur des figures controversées, mais sur des réseaux déjà légitimés dans le débat public », précise Ventura. Le Kremlin n’aurait donc nul besoin de recruter des ambassadeurs aussi visibles qu’en France.
Des relais sociaux et politiques mieux ancrés
Selon l’analyse de la politiste, ces relais prennent plusieurs formes. Certains médias italiens, notamment ceux proches de la droite ou de l’extrême droite, publient régulièrement des contenus minimisant les actions russes en Ukraine ou critiquant les sanctions européennes. D’autres canaux, comme les réseaux sociaux ou les cercles intellectuels, amplifient des narratifs prorusses sans toujours être perçus comme des outils de propagande. « Ces relais sont souvent présentés comme des voix critiques légitimes, ce qui rend leur discours plus difficile à contester », explique Ventura.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où l’Italie, membre fondateur de l’Union européenne, entretient des relations complexes avec Moscou. Bien que Rome reste officiellement alignée sur les positions de Bruxelles, certains partis politiques et groupes de pression entretiennent des liens historiques ou économiques avec la Russie. Ces liens, couplés à une défiance croissante envers les institutions européennes, créent un terreau favorable à la diffusion de messages prorusses.
En France, les débats sur la lutte contre la désinformation prorusse ont conduit à des mesures ciblées, comme la suspension de comptes ou la vérification accrue des contenus. En Italie, une telle approche semble plus complexe à mettre en œuvre, en raison de la nature diffuse et socialement ancrée des relais utilisés. La différence entre les deux pays montre à quel point la lutte contre la propagande étrangère doit s’adapter aux spécificités nationales.
Pour l’instant, le Kremlin semble tirer profit de cette stratégie discrète. Mais avec la montée des tensions géopolitiques en Europe, cette influence pourrait à terme se heurter à une prise de conscience plus large au sein de la société italienne.
Selon Sofia Ventura, ces relais incluent des médias proches de la droite ou de l’extrême droite, des groupes de pression politiques, des réseaux sociaux, et des cercles intellectuels qui diffusent des narratifs minimisant les actions russes ou critiquant les sanctions européennes. Ces acteurs bénéficient souvent d’une légitimité sociale qui rend leur discours moins aisément contestable.