Aux États-Unis, l’image des détenteurs d’armes reste souvent associée à une population blanche, rurale et conservatrice. Pourtant, selon RFI, cette perception évolue depuis plusieurs années, notamment depuis la réélection de Donald Trump en novembre 2024. Désormais, les armes à feu séduisent un électorat plus diversifié, incluant des progressistes, des personnes racisées et des membres de la communauté LGBTQ+. Une tendance illustrée par la création et le développement du Liberal Gun Club à Lancaster, en Pennsylvanie.
Ce qu'il faut retenir
- Le Liberal Gun Club de Lancaster, en Pennsylvanie, incarne un changement de paradigme : des citoyens progressistes, souvent issus de minorités ou de la communauté LGBTQ+, s’arment pour des raisons de défense personnelle ou politique.
- Cette évolution s’est accélérée après la réélection de Donald Trump en novembre 2024, perçue comme une menace par une partie de ces nouveaux détenteurs d’armes.
- Traditionnellement, les armes étaient associées à l’électorat conservateur, rural et majoritairement blanc. Aujourd’hui, leur usage s’étend à des profils urbains et diversifiés.
- Lancaster, située dans le sud-est de la Pennsylvanie, devient un symbole de cette transformation sociétale.
Une association née d’un contexte politique tendu
Fondé il y a moins de deux ans, le Liberal Gun Club compte aujourd’hui plusieurs dizaines de membres à Lancaster. Comme l’explique son porte-parole, Jamie Rivera, cette initiative répond à un sentiment d’insécurité croissant chez les progressistes depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence en 2017, puis sa réélection en 2024. « Nous ne sommes pas des miliciens, nous ne sommes pas des extrémistes », a-t-elle déclaré à RFI. « Nous voulons simplement nous protéger, surtout dans un État comme la Pennsylvanie, où les lois sur les armes sont relativement permissives ».
Le club organise des séances de tir, des ateliers de sécurité et des discussions sur les droits liés aux armes. Ses membres, majoritairement des jeunes professionnels et des membres de la communauté LGBTQ+, justifient leur engagement par la montée des discours anti-minorités et anti-LGBTQ+ sous l’administration Trump. « On ne se sent plus en sécurité dans l’espace public », confie un autre membre, sous couvert d’anonymat.
Un électorat diversifié et des motivations variées
Selon les experts interrogés par RFI, cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large. Depuis 2020, les ventes d’armes ont augmenté de près de 30 % chez les femmes, et de 25 % chez les Afro-Américains et les Latinos. Les motivations diffèrent : défense contre les violences urbaines, protection contre d’éventuelles restrictions gouvernementales, ou encore adhésion à l’idée que le port d’armes relève d’un droit constitutionnel inaliénable.
À Lancaster, ville majoritairement blanche et rurale, la diversité du Liberal Gun Club surprend. « Quand on pense aux détenteurs d’armes, on imagine des farmers en chapeau de paille, pas des jeunes diplômés en chemise à fleurs », souligne Rivera. Pourtant, le club mise sur une approche pédagogique pour normaliser cette pratique. « Nous voulons montrer que les armes ne sont pas l’apanage d’un seul camp politique », ajoute-t-elle.
Cette évolution interroge également les législateurs. En Pennsylvanie, où les lois sur les armes sont parmi les plus strictes de la côte Est, l’arrivée de nouveaux profils de détenteurs pourrait pousser à des ajustements réglementaires. Certains élus démocrates évoquent déjà des mesures pour encadrer les ventes, tandis que des groupes comme le Liberal Gun Club militent pour un accès facilité, y compris pour les minorités. Autant dire que le débat est loin d’être clos.
Selon RFI, il faut être âgé de 18 ans minimum, suivre une formation à la sécurité des armes et adhérer aux valeurs du club, axées sur la défense personnelle et les droits constitutionnels. Aucun casier judiciaire n’est exigé, mais les membres doivent respecter une charte interne interdisant les discours haineux.