Un incident insolite a ébranlé le paysage politique et écologique de Belgrade ces derniers jours. Selon Courrier International, une bannière géante du Parti progressiste serbe (SNS), parti au pouvoir, affichant le slogan « La Serbie gagne », a été installée sur la façade d’un gratte-ciel emblématique du centre-ville, le palais d’Albanie. Haute de 53 mètres, cette bâche publicitaire a piégé plusieurs dizaines d’oisillons de martinets alpins, empêchant les adultes d’accéder à leurs nids situés dans les coffres de volets roulants.

Ce qu'il faut retenir

  • Une bannière de 53 mètres du Parti progressiste serbe, slogan « La Serbie gagne », a bloqué l’accès à des nids de martinets alpins dans le palais d’Albanie à Belgrade.
  • Les oisillons, privés de nourriture, ont été secourus après une mobilisation citoyenne et politique. Une centaine d’oiseaux ont été dénombrés dans ce bâtiment.
  • La population de martinets alpins à Belgrade est estimée entre 50 et 100 couples, selon les données de la faculté de biologie.
  • Des manifestations étudiantes et des associations de protection de la nature ont exigé le retrait de la bannière, dénonçant une « propagande » dangereuse pour la biodiversité.
  • Le président Aleksandar Vučić a reconnu l’incident et promis une intervention, tandis que des alpinistes ont retiré la bâche sous les applaudissements des manifestants.

L’affaire, survenue entre le 28 et le 30 mai 2026, illustre les tensions entre pouvoir politique, mouvement citoyen et préservation de l’environnement en Serbie. Depuis 2018, une colonie de martinets alpins s’est installée dans la capitale serbe, avec une concentration majeure dans le palais d’Albanie, comme l’a confirmé la faculté de biologie de Belgrade sur son compte Instagram. « La plus grande colonie se trouve précisément dans ce bâtiment », précise l’établissement.

Une polémique écologique et politique

La situation a rapidement dépassé le cadre strict de la protection animale. Le mouvement étudiant, en lutte contre la corruption et le régime populiste depuis fin 2024, a saisi l’opportunité pour dénoncer ce qu’il considère comme un symbole de l’arrogance du pouvoir. Des organisations comme la Société pour la protection des oiseaux, des associations locales et des citoyens ont rejoint le mouvement, exigeant le retrait immédiat de la bannière.

Samedi 30 mai, vers 14 heures, des manifestants se sont rassemblés devant le palais d’Albanie, bloquant temporairement la circulation. Leur mot d’ordre : « Pumpaj ! » (« Accentuez la pression ! ») et « Vlada pada » (« Le gouvernement tombe »), slogans récurrents du mouvement de contestation. La pression populaire a conduit les autorités à réagir promptement.

Réactions en cascade et intervention d’urgence

Le président serbe Aleksandar Vučić a tenté de désamorcer la crise lors d’une déclaration à la chaîne progouvernementale Informer. « Personne n’avait de mauvaises intentions », a-t-il affirmé. « Dès que nous avons appris qu’il y avait des oiseaux — même si je sais que ces voyous [les étudiants] ne se soucient pas des oiseaux —, nous avons envoyé une équipe pour les aider. Celle-ci les a nourris et a pris soin d’eux. » Une déclaration qui a suscité des critiques, certains y voyant une tentative de minimiser la portée de l’incident.

Dans la soirée, vers 19 heures, une équipe d’alpinistes spécialisés est intervenue pour retirer la bannière et libérer l’accès aux nids. Les manifestants ont salué l’opération par des applaudissements, tandis que les oisillons en mauvaise santé étaient transférés à l’école vétérinaire de Belgrade pour y être soignés. Quant à la bannière « La Serbie gagne », elle a été promise à un autre emplacement, selon les engagements des autorités.

Un symbole de la dégradation des relations entre pouvoir et société civile

L’incident révèle, une fois de plus, la défiance croissante entre le gouvernement serbe et une partie de la population. Depuis 2024, les étudiants dénoncent un système politique qu’ils jugent autoritaire et corrompu. La protection des martinets alpins, bien que légitime, est devenue un prétexte pour exprimer un malaise plus large. Comme le souligne Courrier International, « l’affaire a rapidement dépassé le simple cadre de la préservation de la biodiversité pour prendre une dimension politique ».

Les martinets alpins, oiseaux migrateurs reconnaissables à leur vol rapide et à leur cri perçant, sont protégés en Serbie. Leur présence à Belgrade est un indicateur de la qualité de l’environnement urbain. La colonie du palais d’Albanie, estimée à une centaine d’individus, est l’une des plus importantes du pays. Leur perturbation, même temporaire, pose la question de la cohabitation entre développement urbain et préservation des espèces.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir se cristalliser les tensions autour de deux enjeux majeurs. D’une part, la relocalisation de la bannière publicitaire devra être suivie de près par les associations écologistes pour s’assurer qu’aucun autre nid n’est menacé. D’autre part, le mouvement étudiant, déjà actif, pourrait utiliser cet incident pour amplifier ses revendications, notamment lors des prochaines mobilisations prévues cet été. Le gouvernement, de son côté, devra concilier impératifs de communication politique et respect de l’environnement, sous peine de voir se renforcer l’opposition citoyenne.

Alors que la Serbie s’apprête à célébrer l’été, la question de la gestion des espaces urbains et de la biodiversité reste plus que jamais au cœur des débats. Entre propagande politique et écologie, le compromis s’annonce difficile.

Les oisillons de martinets alpins nichent dans les coffres de volets roulants des bâtiments urbains. Une bâche de 53 mètres couvrant toute la façade du palais d’Albanie à Belgrade a bloqué l’accès des parents à leurs nids, les empêchant de nourrir leurs petits. Privés de nourriture, les oisillons risquaient de mourir de faim, comme l’ont expliqué des associations de protection animale.

À ce stade, aucune sanction n’a été annoncée officiellement. Cependant, des associations pourraient déposer plainte pour atteinte à la biodiversité, conformément à la législation serbe sur la protection des espèces. Une enquête administrative est également envisageable pour vérifier le respect des règles d’urbanisme lors de l’installation de la bannière.