Selon Franceinfo - Culture, le durian, fruit emblématique de Thaïlande à la chair onctueuse et à l’odeur tenace, séduit de plus en plus de consommateurs, tant locaux qu’étrangers. Malgré son parfum puissant – souvent comparé à des relents d’oignon pourri, de fromage avarié ou d’ammoniaque – ce fruit, interdit dans les transports en commun, connaît un succès croissant dans le pays et à l’export.
Ce qu'il faut retenir
- Le durian, fruit asiatique à l’odeur controversée, est interdit dans les avions, trains et taxis en Thaïlande.
- La Thaïlande produit plus de 30 % de durians supplémentaires en 2025 par rapport à l’année précédente.
- La province de Chanthaburi, qui réalise 50 % de la production nationale, cultive ce fruit depuis le XVIIIe siècle.
- Un seul durian peut peser jusqu’à 10 kg, et une journée de récolte rapporte jusqu’à 6 600 euros à un producteur.
- Le fruit, transformé en chips, bonbons ou plats, séduit particulièrement les Chinois et les Thaïlandais, malgré son prix élevé.
Un fruit au parfum unique, entre rejet et fascination
Dans les rues de Bangkok, le durian s’affiche à chaque coin de rue sous la forme d’étals colorés ou de camions frigorifiques. Son apparence intrigue : une carapace épaisse couverte d’épines, un diamètre imposant, parfois proche de celui d’un ballon. Mais c’est surtout son odeur qui marque les esprits. « C’est particulier ! », s’exclame un touriste français en découvrant le fruit ouvert, tandis que sa compagne résume : « On dirait un fruit exotique périmé. »
Interdit dans les transports en commun pour éviter les nuisances olfactives, le durian impose une règle stricte : consommé sur place ou emporté dans des emballages hermétiques. Pourtant, malgré ces contraintes, sa popularité ne faiblit pas. En 2025, la Thaïlande a enregistré une hausse de plus de 30 % de sa production par rapport à l’année précédente, signe d’un engouement durable.
Des variétés raffinées et une production très encadrée
Louis Auguste, résident français à Bangkok depuis plusieurs années, avoue avoir longtemps hésité avant de goûter ce fruit qu’il jugeait repoussant. « La première fois, je me suis dit : *Ah non, c’est un fruit que je ne mangerai pas !* », confie-t-il. Pourtant, après une première dégustation, son avis évolue : « La chair a un goût de crème anglaise, avec une arrière-odeur de cannelle et de vanille. Pour moi, c’est excellent. »
Les Thaïlandais, eux, en sont friands. « C’est le roi des fruits, c’est délicieux », déclare une riveraine, évoquant une multitude de variétés aux textures crémeuses ou fondantes. La province de Chanthaburi, située à l’est du pays, est l’un des principaux foyers de production. Les familles y cultivent le durian depuis le XVIIIe siècle, irrigué par un réseau de canaux qui desservent des vergers soigneusement entretenus.
Une récolte minutieuse et un marché lucratif
Chaque année, une seule récolte est possible, faisant de ce moment un événement majeur pour les producteurs locaux. « Au total, nous avons 400 à 500 arbres à récolter. Il faut travailler rapidement », explique Somsak Yoorod, un producteur de la région. Les cueilleurs, équipés de gants et de toile de jute, sélectionnent les fruits mûrs en tapant dessus pour vérifier leur maturité : un son creux indique qu’ils ne sont pas encore prêts.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Un durian peut peser jusqu’à 10 kg, et une journée de récolte sur une parcelle peut rapporter jusqu’à 6 600 euros (soit 250 000 bahts). Chanthaburi assure à elle seule 50 % de la production nationale, et les surfaces plantées ne cessent de s’étendre. « On a une cinquantaine de paniers. Cela fait deux tonnes et demie », précise Somsak Yoorod.
Du fruit frais aux produits transformés : une industrie en plein essor
Le durian frais, très prisé, doit être consommé rapidement après la récolte, car son odeur s’intensifie entre six et sept jours plus tard. « C’est une course contre la montre pour expédier ces produits frais », souligne un observateur. Les exportations vers les grandes capitales asiatiques – notamment la Chine, où le fruit est particulièrement apprécié – représentent un marché juteux.
Pour diversifier l’offre, des entreprises locales transforment le durian en chips croustillantes, en bonbons caramélisés ou en pâtes à tartiner. À Bangkok, un café-restaurant 100 % durian propose même des plats originaux : pâtes au durian, gratin, pizza ou encore un « thé au lait thaï au durian ». « Nos consommateurs ont tous les âges. Beaucoup en achètent pour les offrir », indique Wittaya Worakanong, propriétaire d’une usine de transformation, Maelamom.
Dans son usine, les durians sont épluchés, coupés en lamelles, puis plongés dans l’huile bouillante pour obtenir des chips sans odeur. Plus loin, la chair est malaxée et cuite pendant 45 minutes pour créer des friandises sucrées. Ces produits séduisent une clientèle variée, des enfants aux adultes, en passant par les touristes en quête d’expériences culinaires inédites.
Un succès qui dépasse les frontières thaïlandaises
Si le durian reste un produit de luxe, son prix élevé ne freine pas son essor. Les Chinois, en particulier, en sont de fervents consommateurs, contribuant à dynamiser le marché. « Il existe de nombreuses variétés, et nous n’avons que l’embarras du choix », confie un producteur, soulignant la diversité des saveurs et des textures disponibles.
Pourtant, tous ne partagent pas cet enthousiasme. Son odeur, souvent qualifiée de « nauséabonde » par les non-initiés, reste un frein à son adoption massive en Occident. Mais en Thaïlande, où il est intégré depuis des siècles dans la culture culinaire, le durian continue de s’imposer comme un symbole de prestige et de gourmandise.
D’ici 2027, les autorités thaïlandaises pourraient également durcir les normes d’exportation pour garantir la qualité des durians frais, un enjeu crucial pour maintenir la confiance des marchés asiatiques. En attendant, les producteurs locaux continuent de miser sur ce « roi des fruits », dont la popularité ne cesse de grandir.
Le durian est interdit dans les avions, trains et taxis en raison de son odeur extrêmement forte et tenace, qui peut incommoder les autres passagers. Cette mesure vise à éviter les nuisances olfactives dans des espaces confinés, selon les autorités thaïlandaises.
Parmi les variétés les plus réputées, on trouve le Monthong, à la chair épaisse et crémeuse, le Chanee, plus sucré, et le Kradum, au goût plus amer. Chaque variété se distingue par sa texture, son arôme et sa saison de récolte.