À 45 kilomètres de Kiev, dans la région de Vorzel, une équipe de chercheurs ukrainiens expérimente une solution botanique pour restaurer des sols gravement pollués par près de deux ans et demi de conflit. Selon nos confrères de Reporterre, le miscanthus géant, une plante herbacée originaire d’Asie, est testé pour ses capacités à séquestrer le carbone et à capturer les métaux lourds présents dans les terres agricoles ukrainiennes, autrefois qualifiées de « grenier à blé de l’Europe ».

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les sols ukrainiens, souvent bombardés ou minés, subissent une dégradation accélérée. Les métaux lourds, tels que le plomb, le cadmium ou encore l’arsenic, s’infiltrent dans les nappes phréatiques et réduisent la fertilité des terres. Bref, la restauration de ces écosystèmes devient un enjeu stratégique, autant pour la sécurité alimentaire que pour la santé publique.

Ce qu'il faut retenir

  • Des chercheurs ukrainiens testent le miscanthus géant, une plante capable de capter les métaux lourds et de séquestrer du carbone, à 45 km de Kiev.
  • Le projet se déroule dans la région de Vorzel, où les sols sont fortement dégradés par la guerre.
  • L’Ukraine, autrefois surnommée le « grenier à blé de l’Europe », doit restaurer ses terres pour assurer sa souveraineté alimentaire.
  • Le miscanthus pourrait offrir une solution durable pour dépolluer et régénérer les sols, tout en stockant du CO₂.

Une plante aux multiples vertus écologiques

Le miscanthus, souvent utilisé comme biocarburant ou pour la production de matériaux écologiques, présente ici une nouvelle application. « Cette plante a la capacité de pousser sur des sols pauvres et pollués, tout en absorbant les métaux lourds via ses racines », explique Anastasiia Husieva, doctorante en protection des plantes, âgée de 25 ans. Elle précise que les premiers résultats en laboratoire et sur le terrain sont encourageants, bien que des ajustements restent nécessaires pour optimiser son efficacité.

Côté recherche, l’équipe travaille en collaboration avec des institutions locales et internationales pour évaluer la faisabilité à grande échelle. Le miscanthus, déjà cultivé dans plusieurs pays européens pour ses propriétés énergétiques, pourrait ainsi trouver une nouvelle vocation en Ukraine, un pays où les terres arables couvrent près de 70 % du territoire.

Vorzel, un laboratoire à ciel ouvert

Le site de Vorzel, situé dans la zone périurbaine de Kiev, est devenu un terrain d’expérimentation privilégié. Autour d’un fourgon noir arborant des drapeaux ukrainiens, une musique tonitruante retentit – un détail qui intrigue les passants. « Un enterrement », murmure Anastasiia Husieva en désignant la scène, avant d’ajouter : « La guerre a laissé des traces bien au-delà des cicatrices visibles. »

Les chercheurs y collectent des échantillons de sol et de plantes pour analyser leur teneur en polluants. Leurs travaux s’inscrivent dans un projet plus large visant à cartographier les zones les plus touchées et à prioriser les actions de dépollution. Selon les estimations locales, plus de 30 % des terres agricoles du pays seraient aujourd’hui impropres à une culture intensive sans traitement préalable.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à étendre les essais sur des parcelles plus vastes et à mesurer l’impact réel du miscanthus sur la qualité des sols. Une publication des premiers résultats est attendue d’ici la fin de l’année 2026. Si les données confirment les hypothèses, cette méthode pourrait être déployée dans d’autres régions d’Ukraine, voire exportée vers des pays confrontés à des problèmes similaires de pollution des sols.

Un enjeu qui dépasse les frontières ukrainiennes

Au-delà de l’Ukraine, cette initiative interroge les capacités de régénération des écosystèmes après un conflit. Les sols, souvent négligés dans les bilans de guerre, jouent pourtant un rôle clé dans la reconstruction. Des experts soulignent que des solutions comme celle du miscanthus pourraient inspirer d’autres pays touchés par des crises environnementales, qu’elles soient liées à la guerre, à l’industrie ou au changement climatique.

Pour Anastasiia Husieva, l’objectif est clair : « Montrer que la nature peut être une alliée dans la reconstruction. Même dans les zones les plus dégradées, il existe des solutions. Encore faut-il leur donner les moyens d’agir. » Les prochains mois seront déterminants pour savoir si cette plante deviendra, ou non, un symbole de résilience écologique en Ukraine.

Le miscanthus possède un système racinaire dense et profond, capable de capter les métaux lourds présents dans les sols. De plus, sa croissance rapide et sa résistance aux conditions difficiles en font une plante idéale pour la dépollution et la régénération des terres dégradées.