En France, sept incendies sur dix s’avèrent d’origine criminelle après enquête, comme le rapporte Franceinfo – Faits divers. Vendredi 31 juillet 2026, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé que 308 personnes avaient été interpellées dans le cadre d’enquêtes ouvertes sur des départs de feu. Parmi elles, 33 ont déjà été incarcérées, soit en détention provisoire, soit à l’issue d’une condamnation, parfois assortie de peines de prison ferme.
Ce qu'il faut retenir
- 70 % des incendies seraient d’origine criminelle après enquête, selon les chiffres officiels.
- 308 interpellations** ont été recensées au 31 juillet 2026 dans le cadre d’enquêtes sur des départs de feu.
- 33 personnes** sont déjà incarcérées, dont certaines condamnées à de la prison ferme.
- Les équipes RCCI utilisent des techniques d’investigation classiques : gel des lieux, analyse des indices, recherche de systèmes de mise à feu.
- Les enquêteurs s’appuient sur des témoignages, des données de téléphonie et des vidéosurveillances pour remonter jusqu’aux suspects.
Des équipes spécialisées mobilisées sur le terrain
Dès qu’un incendie se déclare, une équipe RCCI (Recherche des causes et circonstances d’incendie) est dépêchée sur place, parfois avant même que les flammes ne soient maîtrisées. Dans le Var, le commandant Christophe Peigne, membre de cette unité, explique que leur première mission consiste à « déterminer le lieu de départ de feu ». « On a appris à lire le passage du feu dans le milieu ambiant », précise-t-il. En effet, les flammes laissent des traces caractéristiques sur les objets, les arbres ou les cailloux, permettant aux enquêteurs de remonter à l’origine du sinistre.
Une fois la zone de départ identifiée, l’équipe procède comme sur une scène de crime. « On recherche tous les éléments et les indices qui nous permettent d’établir la cause du feu », indique Christophe Peigne. Les enquêteurs posent des marqueurs pour baliser la zone et collectent les preuves matérielles, comme des vestiges de systèmes de mise à feu ou des résidus de produits inflammables. Pour ces derniers, des appareils détecteurs d’hydrocarbures sont utilisés afin de réaliser des prélèvements, envoyés ensuite à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie (IRCGN) pour analyse.
Des indices parfois fugaces, mais exploitables
Les systèmes de mise à feu, notamment ceux qui s’autodétruisent, représentent un défi pour les enquêteurs. Dans le Var, la gendarmerie dispose d’une base de données « assez complète » pour comparer les objets retrouvés avec des modèles déjà répertoriés. « Parfois, un petit objet suffit à nous rappeler un système que nous avons déjà vu ailleurs », souligne le commandant Peigne. Ces indices, même minimes, peuvent orienter l’enquête vers un suspect ou une méthode récurrente.
Les produits inflammables, eux, laissent des traces plus faciles à identifier grâce aux détecteurs. Une fois le produit identifié par l’IRCGN, les enquêteurs peuvent croiser ces informations avec d’autres éléments : achats suspects, comportements anormaux à proximité du sinistre, ou encore témoignages. « Les produits inflammables, c’est facile à retrouver parce qu’on a des appareils détecteurs d’hydrocarbures », explique Christophe Peigne.
Une enquête qui emprunte aux méthodes policières classiques
Pour identifier un suspect, les équipes RCCI s’appuient sur des techniques d’investigation similaires à celles utilisées dans les enquêtes criminelles. « On va travailler comme une enquête classique : enquête de voisinage, analyse de téléphonie, exploitation des vidéos de zones de passage dans les villes », détaille Christophe Peigne. Les drones sont également mobilisés pour survoler les zones difficiles d’accès et repérer d’éventuels indices ou mouvements suspects.
Les premiers intervenants jouent un rôle clé dès le début de l’incendie. Formés au « gel des lieux », ils recueillent des informations essentielles, comme les numéros d’immatriculation des véhicules présents dans les parages. « On se base beaucoup sur les témoignages des premiers intervenants et des patrouilles », confirme le commandant. Ces données, couplées aux analyses techniques, permettent de reconstituer une chronologie et d’orienter les investigations.
Un phénomène en hausse, des réponses adaptées
L’augmentation du nombre d’interpellations – 308 en juillet 2026 contre 250 en 2025 à la même période – reflète une intensification des enquêtes et une meilleure coordination entre les services. Pourtant, le phénomène des incendies criminels reste un défi pour les autorités. « Enquête de voisinage, téléphonie, vidéo : tout ce qui s’applique à une enquête criminelle est mis au profit des feux de forêt », rappelle Christophe Peigne. Mais identifier un pyromane n’est pas toujours simple, surtout lorsque les preuves s’effacent avec les flammes.
Les condamnations, parfois assorties de peines de prison ferme, envoient un signal fort. Pour autant, les autorités insistent sur la prévention : surveillance accrue, sensibilisation du public, et formation continue des équipes RCCI. « On essaie de tout mettre en œuvre pour que ces enquêtes aboutissent », assure le commandant. Reste à savoir si ces efforts suffiront à inverser la tendance dans un contexte de changement climatique où les épisodes de sécheresse s’allongent.
À l’heure où neuf départements restent en alerte, la question dépasse le cadre judiciaire. Elle interroge notre capacité collective à protéger les forêts, ces écosystèmes essentiels mais de plus en plus vulnérables. Entre répression et prévention, l’équilibre reste fragile.
En France, l’incendie criminel est puni de 15 ans de réclusion criminelle et de 150 000 € d’amende, selon l’article 322-6 du Code pénal. La peine peut être alourdie si l’incendie met en danger des vies humaines ou des biens publics.