Selon Euronews FR, les Européens de six pays affichent des priorités divergentes en 2026, reflétant les défis économiques, sociaux et géopolitiques qui traversent le continent. Une enquête YouGov, réalisée dans le cadre d’une étude comparative, révèle qu’aucune problématique ne s’impose uniformément à l’échelle européenne. Les inquiétudes varient fortement d’un pays à l’autre, même si l’économie conserve une place centrale dans les économies majeures comme la France ou l’Allemagne. Les tensions sur les prix de l’énergie, la faiblesse de la demande mondiale et les réformes budgétaires retardées alimentent ce sentiment d’incertitude.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 47 % des Français et 44 % des Allemands citent l’économie parmi leurs deux principales préoccupations, selon YouGov.
  • En Espagne, le logement est la première préoccupation pour 49 % des sondés, une crise reflétée par une hausse des prix de 13 % en un an fin 2025.
  • En Italie, 43 % des répondants placent la santé et le système de soins en tête de leurs inquiétudes, dans un contexte de pénurie de personnel soignant.
  • Au Danemark, 27 % des Danois pointent le terrorisme et les agressions internationales comme leur principale préoccupation, devant le changement climatique.
  • 68 % des Français et 58 % des Allemands anticipent une dégradation de la conjoncture économique dans les douze prochains mois.

L’économie, principale préoccupation en France et en Allemagne

Les résultats de l’enquête YouGov placent l’économie en tête des préoccupations dans deux des plus grandes économies européennes. 47 % des Français et 44 % des Allemands ont ainsi classé ce sujet parmi les deux problèmes majeurs auxquels leur pays est confronté. L’immigration arrive en deuxième position dans ces deux pays, avec respectivement 27 % et 26 % des citations. Ces données surviennent alors que les deux économies subissent des pressions persistantes, malgré des signaux de reprise limités.

En Allemagne, la production industrielle a connu une légère hausse récente, mais celle-ci ne suffit pas à effacer les séquelles de la pandémie. Selon les experts, la reprise reste « fragile », en raison notamment d’une demande mondiale atone, particulièrement en Chine et aux États-Unis. Le secteur automobile, pilier de l’économie allemande, souffre particulièrement de ce ralentissement. Les constructeurs peinent à écouler leurs stocks, et les carnets de commandes se réduisent.

Côté français, la croissance a marqué le pas au premier trimestre 2026. La guerre en Iran, qui perturbe les approvisionnements énergétiques, pèse sur les prix et alimente l’inflation. Par ailleurs, l’impasse politique actuelle complique l’adoption de réformes structurelles destinées à réduire le déficit public. Dans ce contexte, 68 % des Français s’attendent à une dégradation de la situation économique d’ici la fin de l’année, contre 58 % des Allemands.

L’Espagne face à une crise du logement sans précédent

Si l’économie domine dans plusieurs pays, l’Espagne fait figure d’exception avec une crise du logement qui s’aggrave. 49 % des Espagnols interrogés placent ce sujet en tête de leurs préoccupations, devant la santé (25 %) et l’économie (25 %). Les données de l’Institut national de statistique (INE) confirment cette urgence : les prix des logements ont bondi de près de 13 % sur un an à la fin 2025, soit la plus forte hausse enregistrée depuis des années en Espagne, et l’une des plus rapides d’Europe.

Pour un travailleur espagnol, l’achat d’un logement de 80 mètres carrés représente désormais l’équivalent de 8,4 années de salaire moyen, un niveau record. Les disparités régionales sont marquées : les îles Baléares et la région de Madrid affichent les prix les plus élevés, tandis que des villes comme Barcelone subissent les effets pervers de la location touristique, qui réduit encore l’offre de logements abordables pour les locaux. Les tensions sociales autour de ce dossier ont poussé le gouvernement à multiplier les annonces, sans pour autant apaiser les craintes de la population.

En Italie, la santé au cœur des inquiétudes

L’Italie se distingue avec une priorité claire : la santé. 43 % des Italiens classent ce sujet parmi leurs deux principales préoccupations, devant l’économie et l’immigration. Cette situation s’explique par une pression croissante sur le système de santé public, confronté à une double crise : le vieillissement de la population et une pénurie criante de personnel soignant. Selon les dernières estimations, le pays manque d’environ 175 000 infirmiers, un déficit qui s’accentue en raison de salaires jugés trop bas, de conditions de travail difficiles et d’un manque de perspectives d’évolution de carrière.

Ce phénomène d’exode des professionnels de santé vers d’autres pays européens, déjà documenté par Euronews FR, menace la qualité des soins et alourdit la charge de travail des équipes restantes. Les régions du sud du pays, comme la Sicile ou la Calabre, sont particulièrement touchées, avec des déserts médicaux qui s’étendent. Les autorités tentent de réagir, mais les mesures mises en place peinent à inverser la tendance à court terme.

Au Danemark, le terrorisme et le climat devancent l’économie

Le Danemark fait figure d’exception dans ce panorama européen. 27 % des Danois citent le terrorisme ou les agressions internationales comme leur principale préoccupation, ex æquo avec le changement climatique. L’immigration arrive en troisième position avec 24 % des réponses, tandis que la santé et l’économie sont reléguées bien plus bas dans la liste des priorités. Cette hiérarchie reflète une sensibilité particulière du pays aux enjeux de sécurité, dans un contexte géopolitique marqué par les tensions en Europe de l’Est et les menaces terroristes persistantes en Europe de l’Ouest.

Côté environnement, le Danemark mise sur des politiques ambitieuses, comme son objectif de neutralité carbone d’ici 2045. Pourtant, les citoyens semblent davantage préoccupés par les risques sécuritaires que par les défis économiques ou sociaux, une tendance qui pourrait s’expliquer par la relative stabilité économique du pays et la qualité de son système de protection sociale.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir les gouvernements européens adopter des mesures ciblées pour répondre aux inquiétudes de leurs citoyens. En Espagne, des discussions sont en cours pour encadrer les locations touristiques et stimuler la construction de logements sociaux. En Italie, un plan de recrutement massif d’infirmiers est évoqué, mais son financement et sa mise en œuvre prendront du temps. En France et en Allemagne, les débats budgétaires et les réformes structurelles devraient rester au cœur des agendas politiques, dans un contexte de ralentissement économique persistant. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à inverser la tendance des opinions publiques, alors que les prévisions de dégradation économique restent majoritaires chez les sondés.

Les prochaines élections européennes de 2029 pourraient offrir un baromètre des priorités des Européens. D’ici là, les gouvernements devront composer avec des citoyens de plus en plus exigeants, dans un contexte où les défis géopolitiques, économiques et sociaux ne montrent aucun signe d’apaisement.

L’enquête a été menée dans six pays européens : la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Danemark et un sixième pays non précisé dans l’article. YouGov n’a pas communiqué le nom du dernier pays concerné.

Les régions les plus touchées par la crise du logement en Espagne sont les îles Baléares et la région de Madrid, où les prix de l’immobilier atteignent des niveaux record. Les villes comme Barcelone sont également concernées, en raison de la pression exercée par les locations touristiques sur le marché locatif local.