Selon Euronews FR, les véhicules électriques, souvent présentés comme l'alternative la plus écologique à la voiture thermique, cachent un paradoxe environnemental majeur : leurs pneus. Gunnlaugur Erlendsson, fondateur et PDG de l'entreprise technologique ENSO, met en lumière ce problème méconnu, tout en proposant une solution innovante pour réduire l'impact écologique des pneus sur l'air, les sols et les océans.

Ce qu'il faut retenir

  • Les pneus des véhicules électriques (VE) sont une source majeure de pollution aux microplastiques, tant dans l'air que dans les océans, et génèrent près de 2 milliards de pneus brûlés chaque année dans le monde.
  • Les VE, plus lourds et dotés d'un couple élevé, usent leurs pneus plus rapidement que les voitures thermiques, aggravant cette pollution.
  • ENSO a développé des pneus réduisant les particules de 35 % et améliorant l'autonomie des VE de 10 %, grâce à des matériaux innovants et une conception optimisée.
  • L'entreprise collabore avec des flottes de véhicules électriques, comme Uber au Royaume-Uni, pour généraliser ces solutions et réduire l'empreinte écologique du secteur.

Un enjeu environnemental sous-estimé

« Les pneus font partie de ces produits très complexes que l’on ne remarque pas vraiment, alors qu’ils sont absolument partout », explique Gunnlaugur Erlendsson à Euronews Earth. Selon lui, toute l’économie mondiale repose sur les pneus, mais leur impact environnemental reste largement ignoré. « Ils sont à la fois une source majeure de pollution de l’air, sous forme de microplastiques, et l’une des plus grandes sources de pollution aux microplastiques dans nos océans », précise-t-il. Le problème ne s’arrête pas là : près de deux milliards de pneus sont brûlés chaque année, faute de filières de recyclage efficaces pour les reconvertir en nouveaux pneus.

ENSO, fondée par Erlendsson, a pour mission de réduire ces impacts tout en accompagnant la transition vers les véhicules électriques. « Notre objectif est d’améliorer les véhicules électriques tout en nous attaquant aux problèmes causés par les pneus », déclare-t-il. Pour l’entreprise, il s’agit de corriger un défaut caché des VE, souvent perçus comme une solution propre à l’usage, mais dont les pneus révèlent un autre visage.

Pourquoi les VE usent-ils leurs pneus plus vite ?

Les véhicules électriques, bien que plus efficaces que les thermiques, sollicitent davantage leurs pneus en raison de plusieurs facteurs. D’abord, leur poids élevé, lié à la batterie, et leur couple instantané accélèrent l’usure. « Les véhicules électriques sont très lourds et leur couple est très élevé. Ils ont donc tendance à user les pneus plus vite que les voitures traditionnelles », explique Erlendsson. Ensuite, leur conduite en ville, marquée par des freinages, accélérations et virages fréquents, aggrave encore ce phénomène. « Les gens les conduisent de manière plus agressive, ce qui use davantage les pneus », note-t-il.

Un autre facteur, moins évident, entre en jeu : le rendement énergétique des VE. Ces véhicules convertissent environ 90 % de l’énergie en mouvement, contre seulement 30 % pour les voitures à essence. « Ce gain d’efficacité est positif, mais il rend les VE extrêmement sensibles aux pneus », souligne Erlendsson. « Si l’on ne monte pas de bons pneus sur une voiture électrique, on perd beaucoup d’autonomie et on doit acheter beaucoup plus d’électricité. »

Des pneus innovants pour réduire l'impact écologique

Pour répondre à ces défis, ENSO a repensé la conception de ses pneus. L’entreprise a revu les matières premières, la formulation et la structure de ses produits, en s’appuyant sur des données collectées auprès de flottes de véhicules. « Lorsque nos pneus équipent des flottes, nous recueillons des données que nous réinjectons dans le produit », explique Erlendsson. Résultat : les mélanges de polymères avancés et la chimie de la bande de roulement d’ENSO réduisent les particules issues des pneus de 35 % par rapport aux pneus classiques. Ils améliorent aussi le rendement énergétique global et l’autonomie des véhicules de 10 %, selon l’entreprise.

Ces innovations ne se limitent pas à la performance. Elles visent aussi à limiter la pollution. « Nous voulons que le reste de l’industrie nous emboîte le pas », déclare Erlendsson. « Nous voulons être le catalyseur qui déclenche ce changement. » Une ambition qui s’inscrit dans une démarche plus large de réduction des microplastiques et d’amélioration de la qualité de l’air.

Des partenariats stratégiques pour généraliser la solution

ENSO a choisi de se concentrer sur les flottes de véhicules électriques plutôt que sur les particuliers. L’entreprise collabore déjà avec Uber, pour laquelle elle fournit des pneus aux chauffeurs de véhicules électriques dans tout le Royaume-Uni. « Il s’agit de permettre à ces usages très intensifs, qui roulent beaucoup, d’accéder à de meilleurs produits », résume Erlendsson. Les véhicules à fort kilométrage, comme les taxis ou les véhicules de livraison, sont en effet ceux qui réalisent les plus grandes économies d’énergie, de coûts et de pollution grâce à ces pneus innovants.

Cette approche vise à maximiser l’impact écologique et économique des solutions proposées par ENSO. « Les flottes sont un levier puissant pour généraliser ces technologies », explique Erlendsson. « Elles permettent de réduire rapidement et efficacement l’empreinte des pneus sur l’environnement. » L’entreprise prévoit d’étendre ses partenariats au-delà du Royaume-Uni, notamment aux États-Unis, identifiés comme un marché de croissance prioritaire.

Et maintenant ?

ENSO entend poursuivre l’extension de ses partenariats avec des flottes et élargir sa gamme de dimensions de pneus pour suivre l’arrivée de nouveaux modèles de véhicules électriques sur le marché. D’ici la fin de l’année 2026, l’entreprise prévoit de lancer plusieurs nouvelles références adaptées à différents types de VE. Par ailleurs, une levée de fonds est en cours pour accélérer la production et la commercialisation de ses pneus innovants à l’échelle internationale. Reste à voir si l’industrie du pneu traditionnelle suivra cette voie, ou si ENSO devra imposer son modèle par l’innovation.

La reconnaissance du prix Earthshot, dont ENSO a été finaliste en 2023, a contribué à mettre en lumière ce problème longtemps ignoré par l’industrie. « La pollution liée aux pneus est un sujet sectoriel qui n’a pas vraiment été pris à bras-le-corps par l’industrie dominante », affirme Erlendsson. Il attribue à l’implication du prince William, fondateur du prix, une visibilité accrue sur ce sujet. « Son engagement a été vraiment déterminant pour montrer comment la technologie peut améliorer la qualité de l’air et réduire les microplastiques dans nos océans. »

Pour l’avenir, ENSO mise sur l’innovation continue et l’adoption de ses solutions par l’ensemble du secteur. « Nous voulons simplement être le catalyseur qui déclenche ce changement », conclut Erlendsson. Une ambition qui pourrait, à terme, transformer durablement l’industrie du pneu et réduire son empreinte écologique.

Les véhicules électriques sont plus lourds en raison de leurs batteries et disposent d’un couple instantané, ce qui sollicite davantage les pneus. Leur utilisation en ville, avec des freinages et accélérations fréquents, aggrave encore l’usure. Enfin, leur rendement énergétique élevé les rend plus sensibles aux performances des pneus.