Selon BFM Business, le patrimoine financier des ménages français a franchi un nouveau cap historique en 2025, s’élevant à 6 590,5 milliards d’euros. Ce montant, en progression de 175,2 milliards par rapport à 2024, illustre la persistance d’un taux d’épargne élevé dans l’Hexagone, mais aussi les limites d’une gestion souvent peu rémunératrice. L’étude souligne en effet que, malgré cette manne financière, « les Français épargnent beaucoup, mais n’ont pas beaucoup d’épargne », comme le résume l’institut Rexecode dans une analyse publiée cette semaine.
Ce qu'il faut retenir
- Un patrimoine financier en hausse de 48 % en dix ans, atteignant 6 590,5 milliards d’euros fin 2025, soit près de deux fois la dette publique française.
- 175,2 milliards d’euros supplémentaires en 2025, dont 128,4 milliards issus de nouveaux flux d’épargne, selon la Banque de France.
- Le taux d’épargne des Français s’élève à 18 % du revenu disponible brut, contre 14,9 % en moyenne dans la zone euro.
- L’assurance-vie en fonds euros reste le placement préféré (1 570,6 milliards d’euros), tandis que les livrets réglementés reculent (-8,2 milliards).
- Seulement 19 % du patrimoine financier est investi en actions, un taux inférieur à la moyenne internationale, limitant la rentabilité globale.
- 300 milliards d’euros d’épargne privée européenne quitteraient chaque année les frontières européennes, selon les propos tenus par Emmanuel Macron en 2024.
Fin 2025, le patrimoine financier des ménages français a atteint un niveau inédit, selon les dernières données de la Banque de France. Ce chiffre, en progression constante depuis une décennie, reflète une tendance lourde : les Français continuent de privilégier l’épargne de précaution, même si les rendements peinent à suivre. « Cette progression ne provient pas seulement des effets de valorisation boursière », précise Philippe Crevel, économiste et directeur général du Cercle de l’Épargne. « Sur les 175,2 milliards d’euros supplémentaires enregistrés en 2025, 128,4 milliards résultent directement de nouveaux flux d’épargne financière. » Autrement dit, les ménages français n’ont pas seulement profité de la hausse des marchés : ils ont massivement alimenté leurs comptes.
Avec un taux d’épargne de 18 % du revenu disponible brut, la France se distingue clairement de ses voisins européens. À titre de comparaison, la moyenne de la zone euro s’établit à 14,9 %. Pour Philippe Crevel, cette spécificité s’explique autant par « une capacité d’épargne élevée que par une inquiétude persistante face à l’avenir ». Une prudence qui, si elle permet de sécuriser les avoirs, limite aussi leur croissance à long terme. « La culture financière française demeure marquée par la recherche de sécurité, même si la diversification progresse lentement », souligne-t-il.
L’assurance-vie en fonds euros reste reine, mais les livrets réglementés perdent du terrain
Parmi les différents supports d’épargne, l’assurance-vie en fonds euros confirme sa place de choix chez les Français. Avec un encours de 1 570,6 milliards d’euros en 2025, ce placement a enregistré une hausse de 47 milliards sur un an. À l’inverse, les dépôts bancaires rémunérés ont subi un reflux, avec un flux négatif de 1,4 milliard d’euros. Ce repli s’explique principalement par le désengagement des épargnants vis-à-vis des livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP), dont les rendements ont été revus à la baisse dans le sillage du ralentissement de l’inflation. Résultat : l’encours total de ces livrets a reculé de 8,2 milliards d’euros, s’établissant à 947,5 milliards.
Face à cette désaffection pour les produits peu rémunérateurs, les Français se sont tournés vers des alternatives plus dynamiques. L’assurance-vie en unité de compte a ainsi enregistré une progression de 25,6 milliards d’euros, tandis que les actions cotées ont gagné 2,6 milliards. Pourtant, malgré ces mouvements, les produits de taux (dépôts, livrets, assurance-vie en fonds euros) conservent une place dominante dans le patrimoine financier national, avec un encours total de 3 911,4 milliards d’euros. Les produits de fonds propres (actions, obligations, etc.), plus risqués, représentent quant à eux 2 576 milliards. « Les Français restent largement fidèles aux produits de taux, moins risqués que les placements en actions », observe Philippe Crevel.
Un paradoxe français : beaucoup d’épargne, mais une rentabilité en berne
L’analyse de Rexecode apporte un éclairage complémentaire sur ce phénomène. Pour l’institut, le vrai problème n’est pas tant le volume de l’épargne que sa structure. « Les Français épargnent beaucoup, mais ils n’ont pas beaucoup d’épargne », résument les auteurs. À titre d’exemple, si le patrimoine financier des Français était comparable à celui des Américains, des Suédois ou des Danois en proportion du revenu disponible, il serait « presque deux fois plus élevé qu’aujourd’hui ». Pourtant, le taux d’épargne financière des ménages français (9,8 %) est historiquement comparable, voire supérieur, à celui des États-Unis. Comment expliquer ce décalage ?
Selon Rexecode, la réponse tient à la « part limitée des actions dans le patrimoine financier des ménages en France », qui s’élève à seulement 19 %. Cette faible exposition aux actifs risqués, mais potentiellement plus rémunérateurs, a des conséquences directes sur la rentabilité globale. « Le rendement du patrimoine financier sur longue période en France est le plus faible des pays étudiés », concluent les experts, qui citent l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume-Uni et les États-Unis dans leur comparaison. « Ce n’est pas tant une question d’aversion au risque qu’un ensemble de facteurs structurels », précisent-ils : fiscalité, réglementation, éducation financière et stratégies commerciales du secteur bancaire jouent un rôle clé.
Ce constat rejoint d’ailleurs les critiques formulées par certains responsables politiques, dont Emmanuel Macron. En 2024, le président de la République dénonçait une « aberration » : « 300 milliards d’euros d’épargne privée européenne fuient chaque année aux États-Unis et hors d’Europe », avait-il déclaré. Pour lui, il s’agit de « mobiliser davantage les capacités d’investissement privé ». « L’Europe accumule de l’épargne, est un continent très riche, mais le marché n’est pas intégré et l’épargne ne va pas au bon endroit », avait-il ajouté.
Une répartition générationnelle qui interroge
Autre particularité mise en lumière par Rexecode : la concentration du patrimoine financier chez les plus de 65 ans. « Contrairement au reste de la zone euro, le patrimoine financier des ménages français continue d’augmenter entre la tranche d’âge 55-64 ans et la tranche 65-74 ans », relèvent les auteurs. Cette tendance interroge sur la transmission de l’épargne et son impact sur l’économie réelle. Faut-il y voir le signe d’un vieillissement démographique couplé à une prudence accrue des seniors, ou bien l’effet d’une fiscalité moins incitative pour les actifs plus jeunes ? Les experts n’apportent pas de réponse tranchée, mais soulignent que cette concentration « pose la question de l’utilisation optimale de cette épargne pour financer l’innovation et la croissance ».
Pour les observateurs, cette situation soulève une question plus large : dans un contexte de vieillissement de la population et de transition énergétique, comment concilier sécurité financière individuelle et besoins collectifs en investissements ? L’équation est complexe, mais les enjeux sont à la hauteur des 6 590 milliards d’euros aujourd’hui immobilisés.
La baisse progressive des taux d’intérêt, consécutive au ralentissement de l’inflation, a mécaniquement réduit leur rémunération. En 2025, le désengagement des épargnants s’est traduit par un recul de 8,2 milliards d’euros de l’encours total de ces livrets, selon les données de la Banque de France.
D’après l’étude de Rexecode, les États-Unis, la Suède et le Danemark affichent des rendements supérieurs à ceux de la France, en grande partie grâce à une part plus importante d’actions dans le patrimoine des ménages. La France se classe en revanche parmi les pays où le rendement est le plus faible sur longue période.