Le groupe APRIL, spécialiste du courtage grossiste en assurance, cultive une image d’entreprise atypique dans un secteur souvent perçu comme traditionnel. Selon nos confreres de Le Figaro, son président-directeur général, Eric Maumy, n’hésite pas à pointer du doigt une réalité encore prégnante dans certaines instances dirigeantes françaises : la sous-représentation féminine. Dans un entretien accordé dans le cadre de la rubrique « Une heure dans le bureau », il relate son arrivée au comité exécutif (Comex) de l’entreprise, où il a découvert un environnement majoritairement masculin. Une observation qu’il a immédiatement partagée, qualifiant l’ambiance de « trop testostéronée » à son goût. Ce témoignage intervient dans un contexte où les entreprises, y compris dans la finance et l’assurance, sont de plus en plus incitées à accélérer la mixité dans leurs instances dirigeantes, sous la pression des régulateurs et de la société civile.

Ce qu'il faut retenir

  • Eric Maumy, PDG d’APRIL, révèle qu’à son arrivée au Comex, le groupe comptait zéro femme dans cette instance dirigeante.
  • Le siège social du groupe, inauguré récemment à Lyon, reflète une volonté de moderniser l’image de l’assurance, souvent perçue comme un secteur peu « glamour ».
  • Avec 2 500 collaborateurs en France et plus de 30 000 courtiers partenaires, APRIL se positionne comme un acteur clé du courtage grossiste, moins médiatisé que ses concurrents directs.
  • Le nouveau siège social, conçu comme un « boutique-hôtel », intègre des œuvres d’art et une décoration haut de gamme pour incarner une culture d’entreprise audacieuse.
  • La mixité dans les Comex reste un enjeu majeur en France, malgré les avancées législatives récentes, comme la loi Copé-Zimmermann de 2011.

Un groupe discret mais influent dans l’assurance française

Fondé en 1988 par Bruno Rousset, APRIL s’est imposé comme l’un des leaders du courtage grossiste en France, un modèle où l’entreprise agit comme intermédiaire entre les assureurs et les courtiers indépendants. Selon nos confreres de Le Figaro, le groupe travaille avec 17 000 courtiers en France et plus de 30 000 à l’international, principalement en Europe et en Amérique latine. Contrairement à des mastodontes comme AXA ou Allianz, APRIL reste peu connu du grand public, mais son poids économique est significatif : le groupe réalise un chiffre d’affaires annuel de plusieurs milliards d’euros et emploie près de 2 500 personnes dans son siège lyonnais, entièrement repensé en 2025.

Le nouveau bâtiment, situé à dix minutes de la gare de Lyon-Part-Dieu, incarne cette volonté de rupture avec les codes traditionnels du secteur. Conçu comme un « boutique-hôtel », il mise sur l’esthétique et le design pour attirer les talents et marquer l’identité de l’entreprise. Eric Maumy l’affirme sans détour : « L’un de nos objectifs avec ce siège social était de rendre glamour le secteur de l’assurance, qui n’a pas la réputation de l’être. » Un pari audacieux pour un métier souvent associé aux tableaux Excel et aux dossiers poussiéreux.

La mixité dans les Comex : un chantier toujours ouvert

L’anecdote d’Eric Maumy sur l’absence de femmes au Comex d’APRIL à son arrivée en dit long sur les défis persistants en matière de diversité dans les instances dirigeantes françaises. Comme il l’explique, « quand je suis arrivé au Comex, il y avait 0 femme : j’ai dit que l’ambiance était trop testostéronée à mon goût ». Une déclaration qui résonne avec les données disponibles sur la place des femmes dans les comités exécutifs des grandes entreprises. En 2025, selon le Baromètre de la parité dans les Comex, publié par l’Observatoire de la mixité, seulement 22 % des membres des Comex du CAC 40 sont des femmes, un chiffre qui stagne depuis plusieurs années malgré les lois incitatives.

La France a pourtant été pionnière en la matière avec la loi Copé-Zimmermann de 2011, qui impose un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Cependant, les Comex, instances opérationnelles, restent moins concernés par ces obligations. Les entreprises sont désormais encouragées à étendre ces quotas aux comités exécutifs, comme le prévoit la loi Rixain de 2021, qui impose un minimum de 30 % de femmes dans les Comex d’ici 2027. APRIL, dont le Comex compte aujourd’hui plusieurs femmes, illustre cette lente évolution, mais le chemin reste long pour atteindre une véritable parité.

Un siège social conçu pour incarner une culture d’entreprise moderne

L’inauguration du nouveau siège social d’APRIL à Lyon en 2025 marque une étape symbolique dans la transformation du groupe. Le bâtiment, entièrement repensé par des architectes et designers, intègre des éléments qui rompent avec les codes traditionnels des bureaux d’entreprise. Dans le hall d’entrée, une photographie de Bruno Rousset, fondateur du groupe, côtoie une œuvre d’art digitale en mouvement et des espaces de travail collaboratifs aménagés autour de tables en marbre. Deux collaborateurs « nomades » y travaillent sur leurs iPad, illustrant la flexibilité prônée par l’entreprise.

Cette approche visuelle et fonctionnelle s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’image de l’assurance. Eric Maumy précise : « Nous voulions créer un lieu qui reflète notre ambition : être à la fois performants et attractifs. » Le choix d’un design inspiré des boutique-hôtels vise à donner une dimension « premium » à l’espace, tout en favorisant les échanges informels entre collaborateurs. Une philosophie qui contraste avec les open spaces classiques, souvent critiqués pour leur manque d’intimité et leur aspect impersonnel.

— Côté finances, le groupe APRIL a affiché une croissance régulière ces dernières années, malgré un contexte économique difficile. En 2024, son chiffre d’affaires a progressé de 5 %, porté par l’expansion internationale et le développement de nouvelles offres en assurance digitale. Le secteur du courtage grossiste, qui représente l’essentiel de son activité, bénéficie d’une demande stable en solutions d’assurance sur mesure pour les professionnels.

Les défis de l’assurance à l’ère du digital et de la régulation

Le secteur de l’assurance traverse une période de mutations profondes, marquée par la digitalisation, l’essor des insurtechs et un durcissement des réglementations. APRIL, bien que moins exposé que les grands groupes mutualistes ou bancassureurs, n’échappe pas à ces tendances. Le groupe mise sur l’innovation pour se différencier, notamment via des partenariats avec des startups spécialisées dans la data et l’intelligence artificielle. Ces outils permettent d’optimiser la gestion des risques et de personnaliser les offres pour les courtiers partenaires.

Cependant, ces évolutions s’accompagnent de nouveaux défis, notamment en matière de cybersécurité et de protection des données. Les assureurs et courtiers grossistes sont en première ligne face à la montée des cyberattaques, qui ciblent de plus en plus les données sensibles des clients. APRIL a d’ailleurs renforcé ses investissements dans la sécurité informatique ces dernières années, avec un budget dédié en hausse de 12 % entre 2023 et 2025. Par ailleurs, la pression réglementaire s’intensifie, notamment avec l’entrée en vigueur de la directive européenne DORA (Digital Operational Resilience Act), qui impose aux acteurs financiers de renforcer leur résilience face aux perturbations numériques.

Et maintenant ?

Le groupe APRIL devrait poursuivre sa stratégie de croissance externe et interne en 2026, avec un accent particulier sur l’internationalisation et le développement de nouvelles offres digitales. La question de la mixité dans les instances dirigeantes restera également un sujet clé, alors que la loi Rixain approche de son échéance en 2027. Pour Eric Maumy, la transformation culturelle de l’entreprise passera aussi par la formation des managers à la diversité et l’instauration de politiques RH plus inclusives. Reste à voir si ces engagements se traduiront par des résultats concrets, tant en France qu’à l’étranger.

APRIL face à ses concurrents : un positionnement unique

Dans un paysage assurantiel dominé par des géants comme AXA, Allianz ou Generali, APRIL a su se forger une identité distincte en misant sur le courtage grossiste. Contrairement aux assureurs traditionnels, qui vendent directement leurs produits aux clients, le courtage grossiste agit comme un partenaire des courtiers indépendants, leur fournissant des outils et des solutions sur mesure. Ce modèle, moins médiatisé, permet à APRIL de se concentrer sur une clientèle professionnelle (artisans, commerçants, professions libérales) tout en limitant les risques systémiques liés à la gestion directe des contrats.

Pourtant, ce positionnement n’est pas sans risques. La concurrence s’intensifie, avec l’arrivée de nouveaux acteurs spécialisés dans la tech et l’assurance en ligne. Des plateformes comme Alan ou Luko, qui ciblent les particuliers, commencent à étendre leur offre aux professionnels, menaçant directement le modèle du courtage grossiste. APRIL devra donc innover pour conserver son avantage concurrentiel, notamment en renforçant ses outils digitaux et en proposant des services à valeur ajoutée, comme l’analyse prédictive des risques.

Le courtage grossiste consiste pour une entreprise comme APRIL à fournir des solutions d’assurance à des courtiers indépendants, qui les revendent ensuite à leurs clients (professionnels ou particuliers). Contrairement au courtage classique, où l’assureur ou le courtier gère directement les contrats, le modèle grossiste se concentre sur l’optimisation des outils et des produits, laissant la relation client aux courtiers partenaires. Ce modèle permet de mutualiser les coûts et de bénéficier d’économies d’échelle, tout en offrant une flexibilité accrue aux professionnels du secteur.

La loi Rixain impose aux entreprises de plus de 1 000 salariés de compter au moins 30 % de femmes dans leurs comités exécutifs d’ici 2027, sous peine de sanctions financières. Si cette mesure a déjà accéléré les progrès dans certains secteurs (comme la banque ou l’énergie), son impact reste limité dans d’autres, notamment dans les PME ou les entreprises familiales. Les observateurs soulignent que les quotas ne suffisent pas à eux seuls : il faut aussi une réelle volonté managériale et des politiques RH incitatives pour attirer et fidéliser les talents féminins. APRIL, qui a déjà diversifié son Comex, pourrait servir d’exemple si le groupe dépasse l’objectif de 30 % avant l’échéance.