Eric Zemmour, président du parti Reconquête, comparaît ce jeudi 28 mai 2026 devant la cour d’appel de Paris pour un délit de contestation de crime contre l’humanité, comme le rapporte Libération. L’affaire trouve son origine dans des déclarations publiées en 2021, où il remettait en cause un pan de l’histoire française : celle de la déportation des homosexuels sous le régime de Vichy.

Ce qu'il faut retenir

  • Une affaire judiciaire : Eric Zemmour est poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité, un délit prévu par la loi française.
  • Des propos controversés : Dans un livre publié en 2021, il affirmait que « la déportation en France d’homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale » était « une légende ».
  • Un procès en appel : Après une première condamnation en première instance, l’ancien candidat à l’élection présidentielle est jugé ce jeudi 28 mai 2026 devant la cour d’appel de Paris.
  • Un débat historique : Ses propos ont suscité une vive polémique, rappelant les persécutions subies par les minorités sous l’Occupation.

Une procédure judiciaire en deux actes

L’affaire avait initialement abouti à une condamnation en première instance. En 2023, Eric Zemmour avait été reconnu coupable par le tribunal judiciaire de Paris pour avoir minimisé la déportation des homosexuels en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Le parquet avait requis une peine de six mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende, rappelle Libération. Cette première décision avait été assortie d’un appel, dont l’audience se tient aujourd’hui devant la cour d’appel.

La défense de Zemmour s’était fondée sur la liberté d’expression, arguant que ses propos relevaient du débat historique et non d’une volonté de nier les crimes contre l’humanité. Pourtant, la loi française sanctionne explicitement la contestation de tels crimes, notamment ceux reconnus par les tribunaux internationaux ou nationaux. Autant dire que le dossier s’annonce serré pour l’ancien leader politique.

Les déclarations à l’origine du litige

Dans un passage de son livre « La France n’a pas dit son dernier mot », paru en 2021 aux éditions Rubrique, Eric Zemmour affirmait : « La déportation des homosexuels en France pendant la Seconde Guerre mondiale est une légende. » Cette phrase a déclenché une vague de réactions, tant dans la sphère politique qu’associative. Plusieurs associations LGBTQ+ avaient porté plainte pour contestation de crime contre l’humanité, estimant que ces propos portaient atteinte à la mémoire des victimes.

Les historiens, eux, ont rappelé à de multiples reprises que la France de Vichy avait bien déporté des homosexuels, notamment vers les camps de concentration allemands. Entre 1940 et 1944, plusieurs milliers de personnes ont été arrêtées en raison de leur orientation sexuelle, même si les chiffres exacts restent difficiles à établir en raison de l’absence de statistiques officielles de l’époque. Ces faits sont aujourd’hui documentés et reconnus par les institutions mémorielles.

Un contexte judiciaire et mémoriel tendu

Cette affaire intervient dans un climat où les questions mémorielles occupent une place centrale dans le débat public. Depuis plusieurs années, la France a reconnu officiellement la responsabilité de l’État dans la déportation des Juifs et des Roms, mais aussi dans la répression des homosexuels sous l’Occupation. En 2019, Emmanuel Macron avait évoqué une « responsabilité écrasante » de la France dans la Shoah, avant de revenir partiellement sur ses propos après une polémique.

Pour les associations, ce procès symbolise la nécessité de protéger la mémoire des victimes. « Minimiser ces crimes, c’est nier une partie de l’histoire et des souffrances endurées par des milliers de personnes », a déclaré une porte-parole de l’association Les Oublié·e·s de la Mémoire, contactée par Libération. Zemmour, lui, a toujours défendu sa position, estimant que ces propos relevaient d’une critique des « mythes historiques » entretenus par certains milieux.

Et maintenant ?

Les magistrats de la cour d’appel de Paris devraient rendre leur décision dans les prochaines semaines. Si la condamnation en première instance est confirmée, Eric Zemmour pourrait faire un nouveau recours devant la Cour de cassation. Pour les associations, ce procès pourrait aussi servir de précédent pour d’autres affaires similaires, notamment celles concernant la contestation de crimes contre l’humanité liés à la colonisation ou à l’esclavage. Reste à voir si cette audience permettra de clore définitivement le débat ou, au contraire, de l’alimenter.

Cette affaire rappelle, une fois de plus, les tensions persistantes autour de la mémoire et de l’histoire en France. Entre reconnaissance des crimes passés et liberté d’expression, les lignes de fracture restent profondes. Pour l’heure, l’attention se concentre sur le verdict attendu dans les prochaines semaines.