L’espace civique au Niger s’est considérablement réduit depuis le coup d’État militaire du 26 juillet 2023, qui avait renversé le président Mohamed Bazoum, toujours retenu à Niamey avec son épouse. Cette situation est décrite comme un « rétrécissement extrême » par Kiari Liman-Tinguiri, économiste et directeur de l’institut Wasdi (West Africa and Sahel Development Institute), ainsi que par l’ancien ambassadeur du Niger aux États-Unis sous la présidence Bazoum. Ces propos sont rapportés par RFI.

Ce qu'il faut retenir

  • Le général Abdourahamane Tiani dirige le Niger depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, renversant Mohamed Bazoum, toujours détenu avec son épouse à Niamey.
  • Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), dirigé par le général Tiani, a été officiellement investi pour un mandat de cinq ans renouvelables l’an dernier.
  • L’économiste Kiari Liman-Tinguiri, ancien ambassadeur sous Bazoum, dénonce un « rétrécissement extrême de l’espace civique » au Niger.
  • Les institutions de la société civile et les libertés publiques subissent des restrictions accrues depuis le changement de régime.

Un coup d’État suivi d’un régime contesté

Le 26 juillet 2023, l’armée nigérienne renversait le président élu Mohamed Bazoum, mettant fin à une transition démocratique entamée après des décennies de coups d’État. Depuis, le pays est sous la coupe du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), dirigé par le général Abdourahamane Tiani. Ce dernier a été officiellement investi président en 2025 pour un mandat initial de cinq ans, renouvelable selon les dispositions prises par la junte. Pendant ce temps, Mohamed Bazoum et son épouse restent détenus à Niamey, sans que leur sort ne soit officiellement précisé.

Cette situation a suscité des condamnations internationales, notamment de la part des organisations de défense des droits humains et de plusieurs États, dont les États-Unis et la France, qui appelaient à un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Pour autant, la junte maintient son emprise sur le pouvoir, malgré les pressions diplomatiques et les sanctions économiques imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

L’économiste Kiari Liman-Tinguiri, témoin d’un déclin démocratique

Kiari Liman-Tinguiri, figure reconnue de la société civile nigérienne, a occupé le poste d’ambassadeur aux États-Unis sous la présidence de Mohamed Bazoum. Il a quitté ses fonctions diplomatiques après le coup d’État et s’est tourné vers des activités de recherche au sein de l’institut Wasdi, dédié aux enjeux du développement en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Selon lui, l’espace civique au Niger a subi un recul sans précédent sous l’autorité du général Tiani.

« Il y a au Niger un rétrécissement extrême de l’espace civique », a-t-il affirmé lors de son entretien avec RFI. L’économiste souligne que les libertés d’expression, de réunion et d’association sont désormais fortement restreintes, tandis que les médias indépendants font face à des pressions croissantes. Les défenseurs des droits humains et les opposants politiques sont régulièrement la cible de mesures répressives, selon plusieurs rapports d’ONG. Ces restrictions s’inscrivent dans un contexte de durcissement général du régime, qui justifie ses actions par la nécessité de stabiliser le pays après le coup d’État.

Un contexte régional marqué par l’instabilité

Le Niger n’est pas isolé dans cette dynamique. Depuis 2020, plusieurs pays de la région – Mali, Burkina Faso, Guinée – ont également connu des coups d’État, souvent suivis d’une restriction des libertés démocratiques. Cette tendance, qualifiée de « contagion putschiste » par certains analystes, s’accompagne d’une montée des discours anti-français et d’un rapprochement avec des partenaires alternatifs, comme la Russie ou la Turquie. Pour le général Tiani, le maintien au pouvoir se justifie aussi par la lutte contre le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne, où les groupes armés jihadistes gagnent du terrain.

Cependant, les observateurs pointent du doigt l’absence de résultats concrets en matière de sécurité, malgré les moyens militaires accrus. « Bref, la junte mise davantage sur la répression intérieure que sur des solutions durables pour le pays », estime un analyste sous couvert d’anonymat. Les tensions entre le Niger et ses partenaires traditionnels, comme la France ou l’Union européenne, se sont également aggravées, compliquant l’accès à l’aide internationale et aux financements extérieurs.

Et maintenant ?

La situation au Niger reste marquée par une incertitude politique durable. Aucune élection n’est prévue à ce jour, et le mandat du général Tiani, renouvelable, pourrait s’étendre bien au-delà de la période initialement prévue. Les prochains mois pourraient voir une intensification des pressions diplomatiques, notamment de la part de la CEDEAO, qui a déjà menacé de sanctions supplémentaires si le régime persiste dans son refus de rétablir l’ordre constitutionnel. Parallèlement, la société civile nigérienne, bien que fragilisée, continue de militer pour le retour de la démocratie, malgré les risques encourus.

Reste à voir si les appels au dialogue lancés par certains acteurs régionaux, comme le président ivoirien Alassane Ouattara, porteront leurs fruits. Pour l’heure, le Niger reste un pays sous tension, où l’équilibre entre sécurité et libertés fondamentales semble de plus en plus précaire.