Alors que les manifestations des professionnels de santé se sont multipliées depuis des mois en Espagne, le gouvernement a présenté, ce 2 juin 2026, son nouveau statut-cadre pour le personnel sociosanitaire. Une réforme jugée insuffisante par une grande partie des syndicats et des soignants, qui annoncent déjà une nouvelle mobilisation nationale pour le 15 juin devant le ministère de la Santé. Selon Euronews FR, le texte, porté par la ministre de la Santé Mónica García, a été défendu par la porte-parole du gouvernement, Elma Saíz, sans que cette dernière ne fasse elle-même de déclaration publique.
Ce qu’il faut retenir
- Le projet de loi réduit la durée maximale hebdomadaire de travail à 45 heures, contre 24 heures pour les gardes, mais prévoit des dérogations possibles en cas de « raisons organisationnelles ».
- Les syndicats majoritaires (SATSE-FSES, CC.OO., UGT et CSIF) soutiennent le texte, tandis que six organisations (CESM, SMA, Metges de Catalunya, AMYTS, SME et O’MEGA) rejettent la réforme et appellent à une grève le 15 juin.
- Les soignants réclament notamment la soumission des gardes aux cotisations sociales, une prime de nuit, une durée maximale de 35 heures hebdomadaires et l’interdiction de la mobilité forcée.
- La ministre de la Santé, médecin anesthésiste, n’a pas participé à la conférence de presse post Conseil des ministres, laissant sa porte-parole défendre une mesure qualifiée d’« ouvertement impopulaire » par ses détracteurs.
- Elma Saíz, également ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, a rappelé que certaines revendications relèvent des Communautés autonomes, notamment en matière de salaires et d’effectifs.
Une réforme contestée avant même son examen au Congrès
Le nouveau statut-cadre pour les professionnels de santé en Espagne a été présenté lors d’un Conseil des ministres ce 2 juin 2026, mais la ministre de la Santé, Mónica García, a choisi de ne pas s’exprimer devant la presse. C’est donc la porte-parole du gouvernement, Elma Saíz, qui a défendu un texte décrit comme « ouvertement impopulaire » par ses opposants, selon Euronews FR. La réforme, qui actualise pour la première fois depuis deux décennies le cadre régissant le personnel sociosanitaire, vise à moderniser les conditions de travail dans un secteur sous tension.
Alors que les syndicats majoritaires (SATSE-FSES, CC.OO., UGT et CSIF) ont exprimé leur soutien au projet, six organisations représentatives des soignants ont décidé de s’y opposer fermement. Ces dernières dénoncent un texte qui, selon elles, ne répond pas à leurs revendications les plus pressantes. Parmi les points de friction, la durée maximale de travail hebdomadaire, fixée à 45 heures, reste supérieure à la moyenne européenne du secteur, mais aussi bien en dessous des 37,5 heures initialement proposées par la ministre du Travail, Yolanda Díaz, avant que ce seuil ne soit rejeté par la droite en septembre 2025.
Des gardes toujours sous le feu des critiques
L’un des principaux sujets de discorde concerne les gardes, dont la durée maximale est désormais limitée à 17 heures de travail effectif, contre 24 heures auparavant. Pourtant, cette mesure pourrait s’avérer trompeuse. L’article 97 du projet de loi prévoit en effet des dérogations majeures : si la continuité des soins ne peut être garantie ou en cas de « raisons organisationnelles ou liées à l’offre de soins », la durée maximale de la journée de travail pourra être dépassée. Une clause qui laisse sceptiques les professionnels, qui exigent une limitation stricte des gardes sans possibilité de dérogation.
Les soignants réclament également que les heures de garde soient soumises à cotisations sociales, comme c’est déjà le cas pour les agents de la Police nationale ou des surveillants pénitentiaires. Ils demandent aussi l’instauration d’une prime de nuit et de jours de repos après plusieurs tours de garde consécutifs. Autant de mesures qui, selon eux, ne figurent pas dans le texte actuel, malgré des mois de négociations et de mobilisations.
Des revendications ignorées selon les syndicats opposés
Les organisations syndicales critiques (CESM, SMA, Metges de Catalunya, AMYTS, SME et O’MEGA) ont dénoncé une stratégie gouvernementale de « retard, d’immobilisme et d’absence totale de propositions ». Elles pointent notamment l’absence de création d’une catégorie professionnelle spécifique A1 pour les médecins, pourtant réclamée depuis des années. Autre grief majeur : la durée maximale hebdomadaire de 35 heures (le matin et les jours ouvrables) pour les médecins, avec rémunération obligatoire en cas de dépassement, ainsi que la mise en place d’un système de retraite anticipée, totale ou partielle, et l’interdiction de la mobilité forcée.
Face à l’échec des négociations, ces syndicats ont convoqué un rassemblement national le 15 juin 2026 à 12 heures devant le siège du ministère de la Santé à Madrid. Leur objectif : faire entendre leur mécontentement et exiger une refonte complète du texte. « Nous ne pouvons accepter un projet qui ne répond pas aux besoins des soignants », a déclaré l’un de leurs représentants, sans que l’on puisse pour l’instant mesurer l’ampleur de la mobilisation à venir.
Le gouvernement renvoie une partie des responsabilités aux régions
Lors de sa prise de parole, Elma Saíz a tenté de désamorcer les critiques en rappelant que certaines prérogatives ne relèvent pas du ministère de la Santé, mais bien des Communautés autonomes. « Ce sont elles qui sont compétentes en matière de salaires, d’effectifs, d’organisation des services et d’une bonne partie des conditions de travail des professionnels », a-t-elle souligné. Une réponse qui a peu convaincu les syndicats opposés, pour qui cette répartition des compétences ne justifie en rien l’absence de mesures concrètes dans le texte.
Par ailleurs, le projet de loi prévoit la création d’un personnel statutaire de recherche et des mesures de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, deux avancées saluées par certains, mais jugées insuffisantes par la majorité des soignants. Le texte devra encore être approuvé par le Congrès, où son adoption n’est pas encore acquise, compte tenu de l’opposition marquée des syndicats et d’une partie de l’opinion publique.
En attendant, la question reste entière : ce statut-cadre suffira-t-il à apaiser les tensions dans un secteur déjà profondément fragilisé, ou faudra-t-il attendre une nouvelle réforme pour répondre aux attentes des professionnels de santé ?
Les syndicats opposés (CESM, SMA, Metges de Catalunya, AMYTS, SME et O’MEGA) réclament notamment la soumission des gardes aux cotisations sociales, une prime de nuit, une durée maximale de travail hebdomadaire de 35 heures pour les médecins, la création d’une catégorie professionnelle A1 pour ces derniers, un système de retraite anticipée et l’interdiction de la mobilité forcée.
La réforme limite officiellement la durée des gardes à 17 heures de travail effectif, contre 24 heures auparavant. Cependant, l’article 97 du projet de loi permet des dépassements en cas de « raisons organisationnelles ou liées à l’offre de soins », ce qui rend cette mesure moins contraignante qu’il n’y paraît.