La série de séismes qui frappe depuis le 14 août la région de Grenade, en Andalousie, a remis sur le devant de la scène la question d’un éventuel grand tremblement de terre en Espagne. Selon Euronews FR, plus de 1 000 secousses ont été enregistrées en dix jours, dont deux de magnitude 4,8 particulièrement ressenties. Cette activité sismique, bien que modérée, interroge sur la capacité du pays à faire face à un séisme de plus grande ampleur.
Ce qu'il faut retenir
- Une séquence de 1 075 séismes, dont 94 ressentis, a été recensée du 14 au 24 août 2026 en Andalousie, avec deux événements majeurs de magnitude 4,8.
- L’Espagne a connu des tremblements de terre bien plus destructeurs par le passé, comme celui d’Arenas del Rey en 1884 (magnitude 6,5, 750 à 900 morts) ou celui de Torrevieja en 1829 (magnitude 6,6).
- Plus de 200 failles actives sont cartographiées en Espagne, principalement concentrées sur le littoral méditerranéen, mais aussi dans les Pyrénées et la cordillère catalane.
- Les experts soulignent l’impossibilité actuelle de prédire un séisme, malgré l’accumulation d’énergie tectonique liée à la poussée des plaques africaine et eurasiatique.
Une crise sismique en Andalousie aux répercussions nationales
Depuis le 14 août 2026, la province de Grenade est frappée par une activité sismique intense. Selon les données de l’Institut géographique national (IGN) communiquées le 24 août, 1 075 séismes ont été enregistrés en dix jours, dont 94 ont été ressentis par la population. Les deux plus puissants, d’une magnitude de 4,8, étaient particulièrement superficiels et ont été perçus dans plus de 500 localités, s’étendant de l’Andalousie jusqu’à des zones de Murcie, de Castille-La Manche et même de la communauté de Madrid. Cette séquence a ravivé les craintes d’un événement bien plus destructeur.
Les précédents historiques rappellent que l’Espagne n’est pas à l’abri de catastrophes sismiques majeures. Le séisme d’Arenas del Rey en 1884, d’une magnitude estimée à 6,5, avait touché plus de 100 noyaux de population et causé entre 750 et 900 morts. En 1954, un tremblement de terre de magnitude 7,8 s’est produit près de Dúrcal, mais à 650 kilomètres de profondeur, limitant considérablement ses effets en surface.
Un risque réel mais impossible à prédire
« Que des séismes de magnitude supérieure à 4 se produisent dans le sud et le sud-est de l’Espagne n’a rien de rare », explique Raúl Pérez López, géologue de l’urgence à l’Institut géologique et minier d’Espagne (IGME-CSIC), interrogé par Euronews FR. « Dans cette zone, il existe des failles capables de générer des séismes de magnitude 5, et dans certains cas, jusqu’à 6. » Pour autant, la question d’un futur grand séisme reste sans réponse précise. « On peut diviser le temps par le nombre de séismes et dire : tous les 100 ans, un grand tremblement de terre se produit en Espagne, car c’est ce que nous indique la statistique », précise-t-il. « Mais l’activité sismique ne fonctionne pas de manière linéaire : il peut se passer 200 ans sans grand séisme, puis en survenir deux à la suite. »
« Même si nous n’avons pas connu de tremblement de terre depuis 140 ans, nous ne savons pas s’il va se produire dans peu de temps ou dans très longtemps », souligne-t-il. L’accumulation d’énergie tectonique, liée à la poussée des plaques africaine et eurasiatique, augmente théoriquement la probabilité d’un événement majeur. « Il existe des failles qui peuvent déclencher des tremblements de terre, mais nous ne savons pas si ce sera aujourd’hui, demain ou dans 50 ans », résume le géologue. « Nous n’avons pas la capacité de le savoir. »
Des zones à risque multiples et une vigilance nécessaire
L’IGME-CSIC recense plus de 200 failles actives en Espagne, principalement concentrées sur le littoral méditerranéen, « de Valence à Cadix ». Cette région concentre à la fois des failles actives et un historique de séismes destructeurs. Pourtant, le danger ne s’y limite pas : des tremblements de terre majeurs pourraient aussi survenir dans les Pyrénées, la cordillère catalane ou sur des failles intraplaques comme celles de Grenade ou d’Albacete.
L’histoire récente confirme cette diversité des risques. En 2011, le séisme de Lorca, d’une magnitude de 5,1, avait causé la mort de neuf personnes et provoqué d’importants dégâts matériels. Plus tôt, en 1829, Torrevieja avait subi un tremblement de terre de magnitude 6,6, illustrant la vulnérabilité de certaines zones côtières.
Prévention et limites de la science face aux séismes
Face à l’impossibilité de prédire un séisme, la prévention reste le meilleur outil. « Notre meilleur outil, c’est la prévention, sans aucun doute », affirme Raúl Pérez López. Le danger ne dépend pas uniquement de la magnitude d’un événement, mais aussi de sa localisation, de sa profondeur et, surtout, de la résistance des constructions. « Ce qui fait des victimes lors des tremblements de terre, c’est l’intensité sismique et la réponse des bâtiments », explique-t-il. Les cartes de dangers sismiques permettent d’estimer les mouvements de terrain à long terme et d’adapter les normes de construction en conséquence.
L’expert prend pour exemple les séismes récents au Venezuela et en Colombie, où des magnitudes comparables ont eu des conséquences très différentes. « Les caractéristiques géologiques n’étaient pas les mêmes, mais la résistance des constructions joue un rôle clé », note-t-il. Malgré les progrès technologiques, la prédiction des séismes reste un défi majeur. « La nature possède un degré de complexité que nous ignorons encore », reconnaît-il. « On ne sait pas ce qui déclenche exactement un séisme, quand le seuil de rupture est atteint ni comment il se propagera. »
En attendant, les spécialistes insistent sur un point : la coïncidence de séismes majeurs dans différentes régions du monde ne doit pas être interprétée comme un signe de corrélation. « Du point de vue scientifique, ce n’est pas le cas », rappelle le géologue. Chaque faille évolue indépendamment, et l’énergie accumulée peut se libérer n’importe où, n’importe quand.
La série sismique actuelle en Andalousie rappelle ainsi une évidence : si l’Espagne ne peut prédire les séismes, elle doit s’y préparer activement. Entre accumulation d’énergie tectonique et absence de certitudes, la prudence reste de mise.
Non, l’exposition aux risques sismiques n’a pas fondamentalement changé. Ce qui évolue, en revanche, c’est la concentration de population et d’infrastructures dans les zones à risque, comme le littoral méditerranéen. La vulnérabilité des bâtiments, souvent construits avant les normes parasismiques modernes, reste un facteur clé.
Les zones les plus exposées se situent sur le littoral méditerranéen (de Valence à Cadix), mais aussi dans les Pyrénées et la cordillère catalane. Les failles intraplaques, comme celles de Grenade ou d’Albacete, présentent également un risque. Les villes côtières densément peuplées, comme Malaga, Alicante ou Murcie, sont particulièrement concernées.