Pour la première fois depuis plus d’un siècle, l’Espagne s’apprête à vivre un événement astronomique exceptionnel. Selon Euronews FR, le pays accueillera trois éclipses solaires en l’espace de deux ans, dont une totale visible sur une large partie de son territoire. Un phénomène qui mobilise déjà les scientifiques, les autorités locales et les professionnels du tourisme.

Ce qu'il faut retenir

  • Une éclipse totale de Soleil traversera l’Espagne le 12 août 2026, la première depuis le 15 avril 1912.
  • Un trio d’éclipses (2026, 2027 et 2028) est prévu, un événement inédit en Europe au XXIe siècle.
  • La bande de totalité couvrira jusqu’à 12 communautés autonomes, avec une durée maximale de 1 minute et 48 secondes.
  • L’impact économique est estimé à près de 1,4 milliard d’euros, notamment dans des zones rurales peu touristiques.
  • Les réservations hôtelières sont déjà complètes dans plusieurs provinces, comme la Castille-et-León et la Communauté valencienne.

Un phénomène astronomique rare et très attendu

Le 12 août 2026, une éclipse totale de Soleil traversera l’Espagne, un événement que le pays n’avait pas connu depuis le 15 avril 1912, à peine deux jours après le naufrage du Titanic. Selon les archives de la Société astronomique d’Espagne (SAE), cette dernière éclipse avait été observée par des témoins galiciens, comme l’instituteur Tomás Martínez, qui avait décrit un paysage « triste et blafard », avec une baisse brutale des températures. « Les poules cherchaient leur abri et l’une d’elles protégeait ses poussins sous ses ailes », rapportait-il dans la revue de la SAE.

D’ici 2028, l’Espagne connaîtra trois éclipses solaires successives : une totale en 2026, une autre totale en 2027, puis une annulaire en 2028. « C’est un trio inédit en Europe au XXIe siècle », souligne César González, vulgarisateur scientifique au planétarium de Madrid. L’éclipse de 2026, la plus proche, ne sera visible en totalité que depuis une bande de 293 kilomètres de large, traversant l’Espagne d’ouest en est avant de poursuivre sa course vers les îles Baléares.

Une trajectoire précise et des zones privilégiées

La trajectoire de l’éclipse du 12 août 2026 entrera en Espagne par le nord-ouest de la Galice vers 19 h 27 et quittera le territoire aux Baléares vers 20 h 35. Selon les calculs, jusqu’à 12 communautés autonomes seront concernées, notamment la Galice, la Castille-et-León, l’Aragon, la Catalogne et les îles Baléares. « Dès que la Lune cache complètement le Soleil, la luminosité diminue et les oiseaux cessent de chanter, comme s’ils croyaient que la nuit tombait », explique César González, reprenant les observations de Tomás Martínez en 1912. « La température peut chuter de cinq degrés, et une légère brise se lève systématiquement. »

En revanche, les grandes villes comme Madrid ou Salamanque ne verront qu’une éclipse partielle à 92 %. Seules les zones situées dans la bande de totalité pourront observer le phénomène dans son intégralité. La durée maximale de la phase de totalité n’excèdera pas 1 minute et 48 secondes, selon la localisation. Les autorités recommandent vivement l’utilisation de lunettes homologuées (certification ISO 12312-2:2015) pour éviter les risques de lésions oculaires, comme la rétinopathie solaire, qui peut entraîner une vision floue ou des maux de tête.

Un enjeu économique majeur pour les régions concernées

L’impact économique de ce phénomène est déjà évalué à près de 1,4 milliard d’euros par le Réseau espagnol de développement rural. Contrairement aux zones côtières, qui attirent massivement les touristes, c’est l’intérieur des terres qui bénéficiera le plus de cette manne. « Les provinces comme Soria, Guadalajara, Teruel ou les quatre provinces galiciennes sont concernées, tout comme la Castille-et-León, l’Aragon ou les îles Baléares », précise Euronews FR. Ces régions, souvent moins touristiques, voient leurs réservations hôtelières afficher complet depuis plusieurs mois.

Le conseiller à la Présidence de Castille-et-León a estimé à deux millions de visiteurs le nombre de personnes attendues dans la région pour l’éclipse de 2026. De son côté, la Généralité valencienne table sur une hausse de 80 % des réservations dans l’arrière-pays de Castellón, une communauté où le tourisme se concentre habituellement sur les côtes de Valence et d’Alicante. « Les retombées économiques sont significatives, d’autant que ces zones ont besoin de dynamisme », souligne un responsable local.

Les secrets des calculs astronomiques

Comment les scientifiques parviennent-ils à prédire avec une telle précision le passage des éclipses ? Selon César González, « les lois qui régissent le mouvement des planètes et des satellites permettent de prévoir ces phénomènes, même dans un futur lointain ». Les Sumériens avaient déjà identifié des cycles comme le Saros (environ 18 ans, 11 jours et 8 heures), ou l’Exeligmos (trois cycles de Saros), qui facilitent les calculs. « Ces cycles permettent d’anticiper les éclipses avec une marge d’erreur minime », explique-t-il.

Pour l’éclipse de 2026, l’Agence spatiale européenne (ESA) retransmettra le phénomène en direct depuis l’Observatoire astrophysique de Javalambre, à Teruel. Un programme gratuit d’observation publique sera également organisé à León, en collaboration avec l’université et la municipalité, pour permettre au plus grand nombre d’assister à l’événement.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour les acteurs du tourisme et les autorités locales. Si l’engouement est déjà palpable, les professionnels devront gérer l’afflux de visiteurs tout en garantissant la sécurité des observateurs. Pour les années à venir, d’autres éclipses sont attendues, mais celle de 2026 reste la plus accessible pour les Espagnols. Reste à voir si les prévisions économiques se concrétiseront et si les régions concernées sauront tirer profit de ce phénomène rare.

Ce qu’il faut surveiller dans les semaines à venir

Plusieurs éléments méritent une attention particulière. D’abord, la météo au 12 août 2026 : un ciel dégagé est indispensable pour profiter pleinement de l’éclipse. Ensuite, la capacité des infrastructures locales à absorber l’afflux de visiteurs, notamment dans les zones rurales. Enfin, la communication des autorités pour sensibiliser le public aux risques liés à l’observation sans protection. « Il est essentiel que chacun comprenne que regarder directement le Soleil, même pendant quelques secondes, peut causer des lésions irréversibles », rappelle César González.

Pour ceux qui ne pourront pas se rendre sur place, l’ESA proposera des alternatives, comme la diffusion en direct ou des animations publiques. Une chose est sûre : cet événement laissera des traces, tant sur le plan scientifique que touristique.

La dernière éclipse totale visible en Espagne remonte au 15 avril 1912, mais elle était de type hybride, c’est-à-dire que sa bande de totalité était extrêmement étroite. Depuis, aucune éclipse n’a traversé le pays en totalité, jusqu’à celle prévue en 2026.