Près de Madrid, une propriétaire espagnole a subi des dégradations estimées à 100 000 euros dans sa maison de Móstoles après avoir refusé de vendre le bien à des locataires qui cumulaient 30 000 euros de loyers impayés. Selon Capital, Ángeles, la propriétaire, avait initialement loué son logement pour éviter un squat, mais la situation a rapidement dégénéré.
Ce qu'il faut retenir
- Une propriétaire madrilène a subi 100 000 euros de dégradations après avoir refusé de vendre sa maison à des locataires.
- Ces derniers avaient accumulé 30 000 euros de loyers impayés sur une période de 21 mois.
- Les dégâts incluent du parquet arraché, des lavabos cassés, des murs détruits et des gravats accumulés dans la maison.
- La famille, protégée par un certificat de précarité, a bénéficié d’une expulsion compliquée, malgré des signes de travaux coûteux dans le logement.
- L’assurance de la propriétaire a refusé de couvrir les dégâts, et une enquête policière a été ouverte.
Les locataires, qui avaient cessé de payer leur loyer en mars 2024, avaient également proposé à Ángeles d’acheter la maison à moitié prix. « Ils m’ont demandé de leur vendre la maison à moitié prix, ce que j’ai refusé », a expliqué la propriétaire à Ouest-France, cité par Capital. Leur réaction ne s’est pas fait attendre : ils auraient saccagé le logement avant leur départ, transformant la maison en un chantier insalubre.
Les dégradations, documentées par des photos et un constat, sont impressionnantes : parquets arrachés, lavabos brisés, murs effondrés, et la maison remplie de gravats récupérés dans la rue. Même le véhicule de la propriétaire, un Land Rover garé dans l’allée, aurait été vandalisé. « Ils ont rempli la maison de gravats ramassés dans la rue […] on ne peut pas fermer les yeux là-dessus », a-t-elle dénoncé. « Je louais ma maison pour la protéger mais en fait je l’ai mise en danger. »
« Je louais ma maison pour la protéger mais en fait je l’ai mise en danger. »
La procédure d’expulsion a été ralentie par un certificat de précarité délivré aux locataires par les services sociaux espagnols. Pourtant, Ángeles reste sceptique : « Ils ont installé la climatisation dans toute la maison et motorisé la porte du garage », des travaux coûteux pour des personnes censées être en situation de grande précarité. Une fois expulsés, les anciens locataires auraient continué de rôder autour de la maison, selon la propriétaire.
Le plus surprenant ? L’assurance d’Angéles a refusé d’indemniser les dégâts, invoquant une clause d’exclusion pour dégradations volontaires. Une enquête a été ouverte par la police locale de Móstoles, mais la propriétaire devra probablement assumer seule le coût des réparations. Une situation qui illustre les risques encourus par les propriétaires en Espagne, où les recours contre les mauvais payeurs et les squatteurs restent limités.
Un système espagnol sous tension : entre protection des locataires et impunité des dégradations
En Espagne, la législation protège fortement les locataires, même en cas d’impayés ou de dégradations. Un certificat de précarité peut retarder – voire bloquer – une expulsion, comme dans le cas d’Angéles. Pourtant, ce dispositif, conçu pour éviter les expulsions abusives, est parfois détourné par des occupants mal intentionnés. « Côté propriétaires, c’est un vrai parcours du combattant », confie Ángeles. « On se sent désarmé face à des locataires qui profitent du système. »
Cette affaire n’est pas isolée. En 2025, un couple espagnol avait récupéré sa maison après deux ans de loyers impayés, mais celle-ci avait été vandalisée à hauteur de 70 000 euros. Des cas similaires, comme celui d’une propriétaire ayant subi des menaces après avoir loué son appartement via une plateforme, se multiplient dans le pays. Selon les associations de propriétaires, près de 20 % des logements loués en Espagne seraient squattés ou dégradés chaque année, un chiffre en hausse depuis la crise économique de 2008.
Le gouvernement espagnol a tenté de réformer la loi sur le logement en 2023 pour faciliter les expulsions en cas de dégradations graves, mais les associations de défense des locataires ont bloqué le texte. Résultat : les propriétaires restent vulnérables, d’autant que les assurances couvrent rarement les dégâts intentionnels. « Les compagnies refusent systématiquement de prendre en charge les dégradations commises par les locataires », souligne un avocat spécialisé en droit immobilier à Madrid, cité par Capital.
Une facture salée pour les propriétaires, un marché locatif en crise
Pour Ángeles, cette expérience a sonné le glas de sa confiance dans la location. « Je ne louerai plus jamais ma maison », a-t-elle déclaré. Une position qui pourrait se généraliser parmi les propriétaires espagnols, déjà réticents à mettre leur bien en location. Selon les dernières statistiques du ministère du Logement espagnol, le nombre de logements vacants a augmenté de 15 % en deux ans, les propriétaires préférant laisser leurs biens inoccupés plutôt que de courir le risque de loyers impayés ou de dégradations.
Cette tendance aggrave la crise du logement en Espagne, où la demande locative reste forte, notamment dans les grandes villes comme Madrid ou Barcelone. « Les propriétaires ont peur, et c’est compréhensible », explique María López, porte-parole de l’association des propriétaires immobiliers de Madrid. « Quand on voit des cas comme celui d’Angéles, on comprend pourquoi certains préfèrent vendre plutôt que de louer. »
Le marché locatif espagnol est ainsi pris en étau : d’un côté, des propriétaires de plus en plus méfiants ; de l’autre, des locataires en difficulté qui peinent à trouver un logement abordable. Une situation qui pousse certains à squatter des biens vacants, faute de solutions alternatives. En 2025, plus de 3 000 cas de squats ont été recensés en Espagne, un record depuis dix ans.
Cette affaire soulève une question plus large : comment concilier protection des locataires et sécurité des propriétaires dans un marché immobilier sous tension ? En l’absence de réforme structurelle, les cas comme celui d’Angéles risquent de se multiplier, transformant le rêve de la location en un cauchemar pour des milliers de propriétaires.
En Espagne, les propriétaires peuvent engager une action en justice pour récupérer les loyers impayés ou exiger des dommages et intérêts, mais l’expulsion peut être bloquée par un certificat de précarité. Les assurances refusent généralement de couvrir les dégradations volontaires, laissant les propriétaires supporter seuls les coûts des réparations.
Les contrats d’assurance habitation en Espagne prévoient souvent une clause d’exclusion pour les dégradations intentionnelles commises par les locataires. Les assureurs considèrent que ces cas relèvent de la responsabilité civile du locataire, mais les procédures de recouvrement sont longues et incertaines, ce qui décourage les propriétaires de déclarer les sinistres.