Selon Le Figaro, l’alliance des services de renseignement des « Five Eyes » a mis en garde mercredi contre une campagne d’espionnage chinoise ciblant des fonctionnaires, militaires et autres détenteurs d’informations sensibles. Ces agents, se faisant passer pour des employés de cabinets de conseil ou d’agences de recrutement, utilisent des sites comme LinkedIn pour proposer des postes à haut niveau de responsabilité, dans le but de soutirer des données classifiées ou stratégiques.

L’alerte, publiée dans un communiqué commun, souligne que cette « stratégie de recrutement en ligne agressive » vise à obtenir des renseignements militaires, politiques et économiques confidentiels, offrant ainsi à Pékin un avantage tactique et stratégique sur les pays membres de l’alliance. Les « Five Eyes », qui regroupent l’Australie, le Canada, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni, ont détaillé les méthodes employées pour attirer et manipuler leurs cibles.

Ce qu'il faut retenir

  • Une campagne d’espionnage chinoise cible des fonctionnaires, militaires et détenteurs d’informations sensibles via des sites d’offres d’emploi comme LinkedIn.
  • Les agents se font passer pour des employés de cabinets de conseil, groupes de réflexion ou agences de recrutement.
  • L’objectif est de recueillir des données classifiées ou stratégiques pour renforcer la position de Pékin face aux pays des « Five Eyes ».
  • Les cibles incluent militaires en Indo-Pacifique, universitaires, journalistes et parlementaires.
  • Les candidats sont incités à rédiger des rapports sur des sujets sensibles, puis à transférer les échanges vers des messageries cryptées.
  • Au Royaume-Uni, le gouvernement travailliste, en place depuis 2024, maintient une posture ferme sur les menaces liées à la Chine malgré ses efforts pour améliorer les relations bilatérales.

Une opération d’influence déguisée en opportunité professionnelle

D’après le communiqué des « Five Eyes », les espions chinois exploitent les plateformes professionnelles pour y publier des offres d’emploi attractives. Les postes proposés, souvent liés à l’analyse en politique étrangère ou dans le domaine de la défense, sont présentés comme des opportunités prestigieuses. Une fois en contact avec leurs cibles, les agents leur demandent de rédiger un rapport préliminaire sur des sujets comme les relations bilatérales de la Chine avec leur pays d’origine.

Les recrues, qui ne disposent pas toujours directement d’informations classifiées, sont ensuite invitées à fournir des données plus sensibles. Les échanges sont systématiquement redirigés vers des messageries cryptées, où les paiements – allant de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars – sont négociés. Les informations recueillies, même non classifiées, peuvent être combinées avec d’autres données pour dresser un tableau stratégique complet, selon l’alliance.

Le Royaume-Uni en première ligne face aux menaces chinoises

Au Royaume-Uni, où le gouvernement travailliste de Keir Starmer cherche à rééquilibrer les relations avec Pékin depuis son arrivée au pouvoir en 2024, la menace de l’espionnage chinois reste une préoccupation majeure. La ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, s’est rendue en Chine du 2 au 4 juin 2026 pour tenter d’améliorer le dialogue, mais Londres maintient une position ferme sur les risques sécuritaires. En novembre 2025, le MI5, service de renseignement intérieur britannique, avait déjà alerté les parlementaires sur des tentatives d’infiltration par des agents chinois.

Les autorités britanniques accusent régulièrement Pékin d’ingérence politique et d’espionnage. En 2025, un employé du Parlement britannique avait été accusé d’être un espion chinois, bien qu’il ait clamé son innocence. Ces incidents illustrent la persistance des tensions entre les deux pays, malgré les efforts de dialogue.

Des cibles variées et une méthode de recrutement sophistiquée

Les « Five Eyes » ont révélé que les cibles potentielles incluent non seulement les militaires déployés dans la région indo-pacifique, mais aussi des universitaires, des journalistes et des parlementaires. La méthode repose sur une approche progressive : après un premier contact via une offre d’emploi, les candidats sont soumis à un test écrit. Les sujets abordés, comme les relations sino-occidentales ou les stratégies de défense, permettent aux recruteurs d’évaluer leur niveau d’accès aux informations sensibles.

Une fois cette étape franchie, les agents demandent des données plus confidentielles, en invoquant les besoins d’un « client » imaginaire. Les échanges sont ensuite déplacés vers des applications de messagerie cryptée, où les paiements sont finalisés. Les montants versés varient selon l’importance des informations fournies, allant de quelques centaines de dollars à plusieurs milliers.

Une alliance unie face à la menace, mais des défis persistants

L’alliance des « Five Eyes » insiste sur le fait que même des informations non classifiées peuvent, une fois combinées, représenter un risque stratégique. Par exemple, des données sur la politique gouvernementale ou les stratégies militaires, bien que publiques, peuvent être utilisées pour affiner des analyses ou des plans d’action. Cette approche en « puzzle » permet à Pékin de reconstituer une vision globale, utile pour ses propres intérêts nationaux.

Cependant, les « Five Eyes » soulignent que les recrues n’ont pas toujours un accès direct aux secrets d’État. Leur rôle se limite souvent à collecter des bribes d’informations, qui sont ensuite exploitées par des réseaux plus larges. Cette stratégie, moins risquée pour les espions, rend la détection des activités clandestines plus complexe pour les services de renseignement occidentaux.

Et maintenant ?

Les pays des « Five Eyes » pourraient renforcer leurs mesures de cybersécurité et de surveillance des plateformes professionnelles comme LinkedIn, tout en sensibilisant davantage leurs fonctionnaires et militaires aux risques d’espionnage. Une réunion d’urgence des services de renseignement est attendue d’ici la fin du mois de juin 2026 pour coordonner une réponse commune. Par ailleurs, Londres pourrait durcir ses positions lors des prochaines négociations avec Pékin, notamment sur les questions de sécurité nationale.

La Chine, de son côté, n’a pas réagi officiellement à ces accusations. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’ampleur réelle de cette campagne et les mesures que les pays occidentaux mettront en place pour y faire face.

Selon les « Five Eyes », les pays les plus exposés sont ceux dont les fonctionnaires ou militaires sont actifs sur des plateformes professionnelles comme LinkedIn. Les cibles incluent notamment le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada et l’Australie, où les échanges d’informations stratégiques sont fréquents. Cependant, d’autres pays occidentaux pourraient également être concernés, en raison de la méthode utilisée.

Les « Five Eyes » recommandent aux fonctionnaires de vérifier systématiquement les offres d’emploi et les recruteurs, d’éviter de partager des informations sensibles en ligne et de signaler tout contact suspect. Les services de renseignement insistent aussi sur la nécessité de ne jamais transférer des échanges professionnels vers des messageries personnelles ou non sécurisées.