L’internationale espagnole Esther Gonzalez, championne du monde 2023 et membre éminente de la communauté LGBTQIA+, a résilié à l’amiable son contrat avec le Gotham FC (États-Unis) pour rejoindre le club saoudien d’Al-Qadsiah, selon nos confrères de RMC Sport. Une décision qui suscite une vive polémique, d’autant que l’homosexualité y est passible de sanctions pénales.

Ce qu'il faut retenir

  • Esther Gonzalez, meilleure buteuse du Gotham FC, quitte le club américain après trois saisons pour signer en Arabie saoudite à Al-Qadsiah.
  • Elle a résilié à l’amiable un contrat courant jusqu’en 2027, évoquant des « raisons strictement personnelles » dans un message Instagram publié le 3 août 2026.
  • Ouverte sur son homosexualité, elle a supprimé de ses réseaux sociaux toutes les photos de sa compagne et de son enfant, né en janvier 2026.
  • Son salaire annuel aux États-Unis, estimé à 480 000 euros, devrait être doublé en Arabie saoudite, selon le média espagnol El Mundo.
  • L’homosexualité est réprimée par la loi saoudienne, où elle peut être passible de peines de prison, de flagellation ou même de la peine de mort.

Un départ discret et des motivations floues

Le 3 août dernier, Esther Gonzalez publiait un message sur Instagram pour annoncer son départ du Gotham FC, une franchise basée dans le New Jersey. « Ce fut la décision la plus difficile de ma carrière professionnelle, mais elle répond à des raisons strictement personnelles », déclarait-elle alors. Pourtant, les supporters américains ont rapidement découvert que cette explication masquait un transfert vers l’Arabie saoudite. Selon RMC Sport, la résiliation du contrat a été conclue à l’amiable, mettant fin à trois saisons au sein du club.

La nouvelle destination de l’attaquante espagnole a surpris autant par son éloignement géographique que par le contexte juridique local. En Arabie saoudite, l’homosexualité est en effet répréhensible pénalement, pouvant entraîner des sanctions allant jusqu’à la prison, la flagellation, voire la peine de mort dans les cas les plus graves. Une réalité que l’athlète, ouvertement lesbienne, ne pouvait ignorer en choisissant de s’y installer professionnellement.

Une capitulation sur la vie privée pour un salaire doublé

Dès l’officialisation de sa signature à Al-Qadsiah, Esther Gonzalez a modifié la gestion de ses réseaux sociaux. Toutes les publications mettant en scène sa compagne et leur enfant, né en janvier 2026, ont été supprimées. Cette disparition brutale de son intimité publique ne manque pas de soulever des questions parmi ses fans. Pour autant, le salaire proposé par le club saoudien semble avoir joué un rôle décisif : d’après le média El Mundo, son revenu annuel aux États-Unis, estimé à 480 000 euros, sera doublé en Arabie saoudite.

Ce revirement a choqué une partie de la communauté sportive, notamment aux États-Unis où la visibilité des athlètes LGBTQIA+ est souvent perçue comme un symbole de progrès social. Certains supporters n’ont pas hésité à exprimer leur inquiétude sous ses publications. « Quel dommage Esther. J’espère juste que rien ne t’arrivera, ni à ta femme non plus », pouvait-on lire parmi les commentaires.

Une championne sous les projecteurs et sous pression

Esther Gonzalez Rodriguez, 28 ans, s’est imposée comme l’une des meilleures buteuses du football féminin international. Championne du monde en 2023 avec l’Espagne, elle a brillé lors de l’Euro 2025, notamment lors du match contre la France le 3 juillet 2025. Son passage au Gotham FC, où elle a marqué de nombreux buts décisifs, lui a valu une reconnaissance accrue dans le championnat américain, réputé pour son professionnalisme et son engagement en faveur de l’égalité des droits.

Son arrivée en Arabie saoudite s’inscrit dans une tendance récente du football mondial, où les pétromonarchies du Golfe investissent massivement pour attirer des stars internationales. Le championnat saoudien, officiellement rebaptisé Division 1 Pro League en 2023, mise sur des transferts spectaculaires pour renforcer son prestige et son attractivité médiatique. Plusieurs footballeurs européens, dont des Français comme Jordan Henderson ou Kalidou Koulibaly, ont déjà franchi le pas ces dernières saisons.

« Ce fut la décision la plus difficile de ma carrière professionnelle, mais elle répond à des raisons strictement personnelles. »
Esther Gonzalez, dans son message Instagram du 3 août 2026.

Les risques juridiques et médiatiques d’un choix controversé

En s’installant en Arabie saoudite, Esther Gonzalez se trouve désormais dans un pays où l’homosexualité est criminalisée. Selon l’article 266 du Code pénal saoudien, les relations entre personnes de même sexe peuvent être sanctionnées par des peines allant jusqu’à deux ans de prison, assorties de flagellations. Dans les cas les plus graves, notamment en cas de « sodomie » avérée, la charia peut même prévoir la peine de mort, bien que cette disposition soit rarement appliquée en pratique.

Sur le plan médiatique, le silence imposé sur sa vie privée pourrait également être interprété comme une forme d’autocensure. Plusieurs associations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch ou Amnesty International, dénoncent régulièrement les violations des libertés fondamentales en Arabie saoudite, y compris pour les étrangers. Esther Gonzalez, en tant que personnalité publique, pourrait devenir malgré elle un symbole de cette réalité controversée.

Et maintenant ?

Le prochain défi pour Esther Gonzalez sera de concilier sa carrière sportive avec les contraintes juridiques et sociales imposées par son nouveau pays d’adoption. Son intégration au sein d’Al-Qadsiah et ses performances sur le terrain seront scrutées de près par les médias et les supporters, certains d’entre eux espérant peut-être un revirement de sa part sur la question de ses droits.

Par ailleurs, cette affaire pourrait relancer le débat sur l’éthique des transferts vers des pays où les droits humains ne sont pas respectés, notamment dans le football féminin où la visibilité des athlètes LGBTQIA+ est un enjeu fort. Une conférence de presse ou une déclaration officielle de la joueuse, ou de son nouveau club, pourrait intervenir dans les prochaines semaines pour clarifier sa position.

Cette transition marque en tout cas un tournant dans la carrière d’une sportive qui, jusqu’ici, incarnait les valeurs d’ouverture et de diversité chères au football moderne. Reste à savoir si cette décision sera perçue comme un choix professionnel légitime ou comme une capitulation face aux pressions d’un système.

En Arabie saoudite, l’homosexualité est réprimée par le Code pénal, qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et des flagellations. Dans les cas les plus graves, la charia peut autoriser la peine de mort, bien que celle-ci soit rarement appliquée en pratique pour ce motif.