« Nous avons un État de droit qui est potentiellement de plus en plus menacé », a déclaré Jean Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais, lors de son passage dans l’émission Tout est politique sur franceinfo - Politique, ce samedi 30 mai 2026.
Dans le cadre de la promotion de son dernier ouvrage, La France : du populisme au chaos (éditions Odile Jacob), l’économiste et ancien haut responsable financier a dressé un tableau alarmant de la situation politique et économique française, mettant en garde contre les dangers d’un affaiblissement des institutions démocratiques et d’une crise majeure de la dette publique. Selon franceinfo - Politique, ses propos s’inscrivent dans un contexte marqué par la montée des extrêmes et une polarisation croissante de la vie politique nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Montée des extrêmes en France : Peyrelevade évoque un second tour potentiel opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, illustrant la polarisation du débat politique.
- Menace sur l’État de droit : L’ancien banquier souligne que les deux extrêmes, bien que différents, partagent une volonté de remettre en cause les institutions garantes de l’État de droit, comme le Conseil constitutionnel.
- Dette publique à plus de 3 000 milliards d’euros : En cas de victoire du Rassemblement national, Peyrelevade anticipe un effondrement des finances publiques et une dégradation rapide de la note souveraine de la France.
- Risque d’une crise de la dette : La hausse des taux d’intérêt et le renouvellement de la dette pourraient coûter jusqu’à 10 milliards d’euros supplémentaires par an à l’État français.
- Scénario à la grecque ou italienne : En cas de refus des marchés de financer la France, Paris pourrait se tourner vers la Banque centrale européenne, le FMI ou ses partenaires européens, sous conditions strictes.
- Dette détenue à 50 % par des investisseurs étrangers, sensibles aux politiques budgétaires et au risque de défaut.
Une démocratie française sous pression
Jean Peyrelevade a ouvert le débat en soulignant que la démocratie française est aujourd’hui sous une pression inédite. Dans son livre, il décrit un pays au bord du chaos, où la montée des populismes – tant à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite – menace les fondements mêmes de l’État de droit. « Si nous ne défendons pas la démocratie, elle va céder la place à un pouvoir quel qu’il soit, de plus en plus dictatorial », a-t-il averti, selon les propos retranscrits par franceinfo - Politique.
Pour l’économiste, la menace ne vient pas uniquement du Rassemblement national, bien que ce parti soit perçu comme le plus susceptible de l’emporter lors d’une future élection présidentielle. « Ils ont un point commun, parmi d’autres, c’est qu’ils veulent détruire l’État de droit. Immédiatement », a-t-il martelé. Même des figures politiques plus modérées, comme le président des Républicains Éric Retailleau, ont récemment remis en cause l’autorité du Conseil constitutionnel, un signe supplémentaire, selon Peyrelevade, de la fragilisation des garde-fous démocratiques.
Crise économique et financière : l’ombre d’un défaut de paiement
Au-delà des risques politiques, Jean Peyrelevade a tiré la sonnette d’alarme sur la situation économique du pays. Avec une dette publique dépassant les 3 000 milliards d’euros, la France reste dépendante des marchés financiers pour assurer son refinancement. Pourtant, l’économiste souligne que la soutenabilité de cette dette est déjà mise à mal par la hausse des taux d’intérêt, accélérée par les politiques monétaires restrictives de la Banque centrale européenne et les tensions géopolitiques, notamment sous l’administration Trump aux États-Unis.
« L’augmentation des taux d’intérêt et le renouvellement de la dette nous coûtent déjà une dizaine de milliards d’euros supplémentaires par an », a-t-il calculé. Un fardeau qui pourrait devenir insoutenable en cas de perte de confiance des investisseurs. « La moitié de la dette est détenue par des étrangers, qui ne se soucient pas de savoir qui sera élu président, mais qui évalueront très vite les mesures proposées pour réduire le déficit », a-t-il expliqué. Or, ni le programme de Jean-Luc Mélenchon ni celui du Rassemblement national ne prévoient de baisses significatives des dépenses publiques – au contraire.
« On est au fond un an avant une potentielle faillite démocratique, quasiment faillite économique. »
— Jean Peyrelevade, lors de son intervention sur franceinfo
Vers un scénario à la grecque ou italienne ?
Interrogé sur les conséquences d’un éventuel retrait des marchés, Jean Peyrelevade a décrit un scénario proche de celui vécu par la Grèce en 2010 ou par l’Italie à plusieurs reprises. « Les prêteurs étrangers, à un certain moment, mettent des conditions à continuer à prêter. ‘Désolé, on ne prête plus’. Vous êtes alors obligé de vous adresser à des institutions comme la Banque centrale européenne, nos partenaires européens, voire le FMI », a-t-il détaillé. Ces derniers imposeraient alors des plans d’ajustement structurel en échange de leur soutien financier.
L’ancien banquier a précisé que ces plans s’accompagneraient inévitablement de mesures drastiques : hausse des impôts, baisse des dépenses publiques, réforme des retraites, et parfois même privatisations. « Vous allez leur dire ‘j’ai besoin que vous me prêtiez de l’argent pour remplacer les prêteurs étrangers qui ne veulent plus me prêter’. Le FMI et/ou la Banque centrale européenne répondront ‘oui, on vous prête’, mais ‘voilà les conditions’ », a-t-il résumé. Une perspective qui, selon lui, pourrait plonger la France dans une crise sociale et politique profonde.
Dans son ouvrage, l’économiste appelle à une mobilisation urgente des responsables politiques et économiques pour préserver les institutions démocratiques et rétablir la confiance des marchés. « Il faut être agressif pour être enfin entendu », a-t-il conclu, insistant sur la nécessité d’agir avant que la situation ne devienne ingérable.
Selon Jean Peyrelevade, les leviers incluent une réduction drastique des dépenses publiques, une hausse des recettes fiscales ciblée, une réforme des retraites et du marché du travail, ainsi qu’une meilleure coordination avec les institutions européennes pour éviter une crise de confiance des marchés.
L’ancien président du Crédit lyonnais estime que le RN, s’il était élu, pourrait engager des mesures protectionnistes et une remise en cause des traités européens, ce qui aggraverait la crise de confiance des investisseurs et accélérerait la fuite des capitaux. Une telle politique risquerait de plonger la France dans une crise économique et sociale profonde, similaire à celle vécue par la Grèce.