Alors que les États-Unis promettent une « asphyxie économique » de l’Iran via de nouvelles sanctions ciblant ses partenaires commerciaux, dont des entités chinoises, Pékin a immédiatement réagi en affirmant qu’elle défendrait « fermement » ses intérêts, rendant improbable toute coopération avec Washington. Selon nos confrères de BFM Business, cette stratégie américaine, déployée après six mois de guerre au Moyen-Orient, vise à isoler Téhéran en frappant indirectement son économie plutôt que de sanctionner directement le régime iranien.
Ce qu'il faut retenir
- 6 mois de guerre au Moyen-Orient ont poussé les États-Unis à adopter une nouvelle approche contre l’Iran, ciblant ses partenaires commerciaux plutôt que Téhéran directement.
- Les sanctions américaines, annoncées par le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, concernent des entités chinoises accusées d’aider l’Iran à se procurer des technologies sensibles.
- La Chine, premier acheteur de pétrole iranien, a réaffirmé son refus de coopérer, qualifiant les pressions américaines de « menace inacceptable » et promettant de protéger ses intérêts stratégiques.
- Les experts soulignent que sans le soutien de Pékin, l’efficacité des sanctions américaines sera « très limitée », en raison des mécanismes alternatifs de paiement et des réseaux financiers complexes mobilisés par l’Iran.
- Une visite officielle du président chinois Xi Jinping aux États-Unis est prévue en septembre 2026, un sommet qui pourrait être perturbé par ce bras de fer économique.
Des sanctions indirectes pour isoler l’économie iranienne
Depuis six mois, Washington tente d’affaiblir Téhéran en ciblant ses partenaires économiques plutôt que le régime directement. Selon nos confrères de BFM Business, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a présenté un plan de sanctions visant des entreprises chinoises soupçonnées de faciliter l’accès de l’Iran à des technologies sensibles. L’objectif affiché est clair : asphyxier l’économie iranienne en coupant ses approvisionnements et ses flux financiers.
Cependant, cette stratégie repose en grande partie sur la coopération de la Chine, un partenaire commercial majeur de l’Iran. Pékin, qui achète près de 10 % du pétrole iranien et entretient des échanges en renminbi (la monnaie chinoise), a d’ores et déjà rejeté les pressions américaines. Dans un communiqué, le ministère chinois des Affaires étrangères a rappelé que sa coopération avec Téhéran « se déroule dans le cadre du droit international » et ne saurait souffrir d’aucune ingérence.
Pékin mobilise ses propres leviers économiques
Les experts interrogés par BFM Business estiment que la Chine dispose de suffisamment de moyens pour contourner les sanctions américaines. Dylan Loh, de l’université technologique de Nanyang à Singapour, souligne que Pékin utilise des mécanismes de paiement alternatifs, comme les échanges en renminbi, pour éviter le système financier dominé par le dollar. « Une part importante de leurs échanges repose sur le renminbi, qui peut échapper aux sanctions américaines », explique-t-il. Pour Nino Lezhava, chercheuse au Centre d’analyse des politiques européennes (CEPA), le simple maintien de canaux commerciaux alternatifs réduit considérablement l’efficacité de l’isolement économique de l’Iran.
Sun Degang, professeur à l’université Fudan de Shanghai, précise que même en cas de blocage du détroit d’Ormuz — voie maritime stratégique pour le commerce mondial —, la Chine pourrait continuer à importer du pétrole iranien via les routes terrestres d’Asie centrale. Les achats chinois ont diminué ces derniers mois, mais ils restent une source de revenus cruciale pour Téhéran, représentant encore une part significative de ses exportations.
Washington tente de faire plier Pékin, mais la Chine contre-attaque
Face à la résistance chinoise, Scott Bessent a averti que « personne n’échappe aux sanctions américaines », y compris les banques chinoises. Jusqu’à présent, Washington a évité de sanctionner les grandes institutions financières chinoises, mais cette ligne pourrait évoluer. Interrogé sur la possibilité de cibler les banques facilitant les transactions avec l’Iran, le secrétaire au Trésor a répondu : « Nous examinerons toutes les options. »
Pourtant, selon Sun Degang, cette approche risque d’échouer. « Washington ne peut pas espérer obtenir le soutien de la Chine s’il continue à imposer des sanctions aux entreprises chinoises », estime-t-il. Chong Ja Ian, de l’Université nationale de Singapour, abonde dans ce sens : « Pékin semble très confiant dans sa capacité à riposter avec succès face aux États-Unis. » La Chine a déjà démontré sa capacité à répondre aux pressions économiques, comme en témoignent ses mesures de rétorsion en matière de contrôles à l’exportation.
« La Chine dispose de ses propres outils pour réagir et protéger ses intérêts, comme nous l’avons vu avec les mesures de rétorsion en matière de contrôles à l’exportation. »
Un bras de fer qui aggrave les tensions sino-américaines
Ce conflit économique s’inscrit dans un contexte de tensions déjà élevées entre Washington et Pékin, marquées par une guerre commerciale qui a duré une grande partie de l’année 2025. Un fragile apaisement avait été trouvé lors de la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump en octobre 2025, mais les nouvelles sanctions contre l’Iran risquent de relancer les hostilités. Lim Tai Wei, professeur spécialisé dans l’Asie de l’Est à l’université japonaise de Soka, estime que pour que sa campagne contre l’Iran soit efficace, Washington devra peut-être « proposer des incitations » à Pékin afin de l’encourager à se ranger à ses côtés.
Pour Nino Lezhava, la Chine ne coopérera avec les États-Unis que si « les coûts liés au soutien de l’Iran deviennent nettement plus élevés que les avantages stratégiques et économiques » à continuer ce commerce. Autrement dit, Pékin n’acceptera de faire des concessions que si le prix à payer est trop élevé. Or, pour l’instant, les bénéfices de la coopération avec l’Iran — accès à des ressources énergétiques à prix réduit, renforcement de son influence régionale — semblent l’emporter sur les risques encourus.
Dans l’immédiat, Téhéran continue de résister aux sanctions en diversifiant ses partenariats et en utilisant des réseaux financiers complexes. Selon Dylan Loh, « le pétrole reste le levier économique majeur » pour le régime iranien, et tant que Pékin maintient ses achats, l’efficacité des sanctions américaines restera limitée. La bataille économique entre les deux superpuissances s’annonce donc longue et incertaine.
Washington a choisi cette stratégie pour contourner les sanctions existantes, qui ont jusqu’à présent échoué à affaiblir significativement le régime iranien. En ciblant les entreprises et institutions facilitant les échanges avec l’Iran, les États-Unis espèrent isoler économiquement Téhéran en coupant ses approvisionnements et ses flux financiers, sans pour autant provoquer une escalade militaire directe.
L’Iran s’appuie sur plusieurs mécanismes : l’utilisation de réseaux financiers parallèles, les échanges en devises alternatives (comme le renminbi chinois), et des routes commerciales terrestres via l’Asie centrale pour contourner le blocage du détroit d’Ormuz. La Chine joue un rôle clé en achetant du pétrole iranien et en offrant des alternatives aux systèmes financiers dominés par le dollar.