Lors d’un déplacement à Singapour pour le Dialogue de Shangri-La, le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a vivement reproché aux alliés européens de Washington leur manque d’engagement en matière de défense. Selon Le Figaro, il a dénoncé une rhétorique jugée creuse et a appelé les capitales européennes à s’inspirer des partenariats asiatiques, où les intérêts nationaux priment sur les valeurs idéalistes.

Ce qu'il faut retenir

  • Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre, a critiqué les Européens lors d’une conférence à Singapour, leur reprochant de « faire la morale » au lieu de renforcer leur défense.
  • Il a souligné que les pays asiatiques, selon lui, privilégient un « alignement concret des intérêts nationaux » plutôt qu’un ordre international fondé sur des règles.
  • Donald Trump exige depuis des années que les Européens augmentent leurs dépenses militaires, avec un objectif de 5 % du PIB pour l’Otan, un seuil encore loin d’être atteint par la plupart des membres.
  • Les tensions entre Washington et l’Europe s’accentuent, notamment après le refus des Européens de soutenir la guerre contre l’Iran.
  • Des ajustements concernant la présence militaire américaine en Europe, notamment le vivier de forces mobilisables en 180 jours (« la cavalerie »), pourraient être annoncés prochainement.

Un discours aligné sur la ligne dure de l’administration Trump

Pete Hegseth, en déplacement à Singapour pour le Dialogue de Shangri-La, une conférence intergouvernementale annuelle sur la sécurité en Asie, a réitéré les critiques de l’administration Trump envers les alliés européens. Selon Le Figaro, il a accusé ces derniers d’avoir « trop longtemps ignoré » les appels à renforcer leur défense, tout en promettant des « importantes décisions » concernant la sécurité en Europe.

Il a loué les pays asiatiques pour leur approche pragmatique, où « le socle d’un partenariat durable ne repose pas sur des valeurs idéalistes, mais sur un alignement concret des intérêts nationaux ». Dans un discours retranscrit par le quotidien, Hegseth a déclaré : « Lorsque nos intérêts convergent, nous agissons ensemble avec détermination. Lorsque nos intérêts divergent, nous nous adaptons avec pragmatisme, sans drame et sans faire la morale. Je pense que l’Europe occidentale pourrait en prendre de la graine. »

L’Europe sous pression pour augmenter ses dépenses militaires

La critique de Hegseth s’inscrit dans la continuité de la position de Donald Trump, qui exige depuis des années que les Européens prennent davantage en charge leur propre sécurité. Selon Le Figaro, le président américain veut réduire la présence militaire américaine en Europe, une question revenue sur le devant de la scène ces dernières semaines en raison du refus des Européens de soutenir sa politique envers l’Iran.

L’Otan s’est fixé, l’an dernier, un objectif ambitieux : ses membres doivent consacrer collectivement 5 % de leur PIB à la défense. Pourtant, la plupart des pays concernés sont encore très éloignés de cet objectif. Lors d’une réunion récente de l’Alliance atlantique en Suède, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a confirmé que les Européens devraient « apprendre à vivre avec moins de soldats américains ». Il a également indiqué qu’un ajustement concernant « la cavalerie » – le vivier de forces mobilisables en moins de 180 jours – serait prochainement annoncé.

Une rhétorique qui révèle les tensions transatlantiques

Le discours de Pete Hegseth s’ajoute à une série de passes d’armes entre l’administration Trump et les capitales européennes. Selon Le Figaro, il a reproché à l’Europe d’avoir longtemps porté « une rhétorique mondialiste creuse au sujet d’un ordre international fondé sur des règles pendant que les capitales européennes ouvraient grand leurs frontières et vidaient leurs armées de leur substance ».

Cette prise de position s’inscrit dans un contexte plus large de désengagement américain de l’Otan, alors que la Russie, sous Vladimir Poutine, cherche à affaiblir l’Alliance atlantique. Les tensions entre Washington et Bruxelles illustrent aussi les divergences stratégiques, notamment sur la question iranienne, où les Européens ont adopté une position plus modérée que celle de l’administration Trump.

« Pendant trop longtemps, les appels polis à nos alliés européens pour qu’ils dépensent davantage pour leur propre défense sont restés lettre morte. Ils sont enfin en train de rattraper leur retard. »
— Pete Hegseth, secrétaire américain à la Guerre, lors du Dialogue de Shangri-La

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir l’annonce des « importantes décisions » évoquées par Pete Hegseth concernant la présence militaire américaine en Europe. Selon Le Figaro, ces ajustements pourraient inclure une réduction des effectifs ou une réorganisation des forces de réaction rapide. Les Européens, sous pression, devront trancher entre augmenter leurs dépenses militaires ou accepter un désengagement partiel des États-Unis. La réunion prochaine de l’Otan, prévue en juillet, sera l’occasion de faire le point sur les engagements pris.

La question reste entière : les capitales européennes parviendront-elles à concilier leurs priorités budgétaires avec les exigences américaines, alors que les menaces extérieures – notamment russe – persistent ? La réponse pourrait façonner l’avenir de l’Otan pour les années à venir.

Le Dialogue de Shangri-La est une conférence intergouvernementale annuelle sur la sécurité en Asie, organisée à Singapour. Elle rassemble des responsables politiques, militaires et diplomatiques du monde entier pour discuter des enjeux sécuritaires régionaux et globaux.

« La cavalerie » désigne, dans le vocabulaire de l’Otan, le vivier de forces militaires pouvant être mobilisées en moins de 180 jours en cas de crise ou de conflit. Ce terme fait référence aux unités rapides et flexibles, prêtes à intervenir rapidement.