L’opérateur boursier européen Euronext, qui gère les marchés de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Milan, Lisbonne, Dublin et Oslo, accélère son virage stratégique en matière d’actifs numériques. Après des années de prudence affichée envers les cryptomonnaies, le groupe travaille désormais au développement d’une plateforme dédiée aux actifs tokenisés. Selon nos confrères de Cryptoast, cette initiative se matérialise notamment par la publication d’offres d’emploi révélant les orientations techniques et organisationnelles du projet.

Ce qu'il faut retenir

  • Euronext développe une plateforme pour les actifs tokenisés, après des années de prudence sur les cryptomonnaies
  • L’architecture envisagée combine réseaux permissionnés (Hyperledger Besu, Canton Network) et blockchains publiques comme Ethereum et ses Layer 2
  • Le groupe mise sur un modèle « Bring Your Own Custody » pour les institutions, citant Fireblocks et Taurus comme solutions potentielles
  • Aucune date de lancement n’a encore été communiquée, les travaux restant en phase de recherche et développement
  • Le cadre réglementaire européen DLT, en vigueur depuis 2023, pourrait servir de référence pour ce projet

Le changement de posture d’Euronext s’inscrit dans un contexte où les acteurs traditionnels de la finance explorent de nouvelles voies pour intégrer les actifs numériques. En mars 2024, Stéphane Boujnah, directeur général du groupe, avait encore souligné la prudence d’Euronext : « Nous avons toujours été très prudent sur les crypto-actifs », avait-il déclaré lors d’une intervention, ajoutant que le groupe ne se lancerait pas dans leur négociation sans un soutien clair des régulateurs.

Deux ans plus tard, la stratégie a évolué. Euronext a constitué une équipe dédiée aux actifs numériques et à la tokenisation. Le projet vise à créer une plateforme permettant l’émission, la négociation et le règlement d’actions, d’ETF et d’obligations tokenisées. Cette approche ne consiste pas à reproduire une plateforme crypto classique, mais plutôt à intégrer les actifs tokenisés au sein de la chaîne traditionnelle de négociation, de compensation et de règlement-livraison. Les termes techniques utilisés dans les offres d’emploi — DvP (Delivery versus Payment), CSD (Central Securities Depositary), CCP (Central Counterparty) ou encore reporting MiFIR — confirment cette orientation.

Les offres d’emploi publiées par Euronext, comme celle pour le poste de « Lead Architect – Digital Assets », révèlent également les pistes techniques envisagées. Selon une analyse partagée sur LinkedIn par Laurent Olivier, Digital Assets Product Manager chez Delubac, l’architecture pourrait reposer sur une combinaison de réseaux permissionnés — tels que Hyperledger Besu ou Canton Network — et de blockchains publiques comme Ethereum et ses solutions de Layer 2. Cette hybridation permettrait de concilier les exigences de sécurité et de conformité propres aux marchés financiers avec les innovations apportées par les technologies blockchain.

Côté conservation des actifs, Euronext envisage un modèle « Bring Your Own Custody » (BYOC). Ce système permettrait aux institutions de continuer à utiliser leur propre dépositaire pour la gestion des actifs tokenisés. Parmi les solutions citées figurent Fireblocks et Taurus, bien qu’aucun partenariat officiel n’ait encore été annoncé. Ce modèle vise à rassurer les acteurs institutionnels, habitués à des standards de sécurité et de conformité stricts, tout en leur offrant la flexibilité nécessaire pour adopter les actifs tokenisés.

Lors du dernier call avec les analystes, organisé le 31 juillet 2026, Stéphane Boujnah a confirmé que le développement de cette plateforme s’inscrivait parmi les nouvelles initiatives financées par les gains de productivité générés grâce à l’intelligence artificielle. « Une partie des gains de productivité générés par l’IA sera réinvestie dans de nouvelles initiatives », a-t-il indiqué, précisant que ces travaux restent menés dans un cadre proche de la recherche et développement. À ce stade, aucune date de lancement ni objectif de revenus n’a été communiqué par le groupe.

Le cadre réglementaire européen pourrait jouer un rôle clé dans le déploiement de cette plateforme. Le régime pilote DLT (Distributed Ledger Technology), entré en vigueur en 2023, permet déjà à certaines entreprises de tester la négociation et le règlement d’instruments financiers tokenisés. Des acteurs comme l’allemand 21X opèrent déjà sous ce régime. Euronext n’a pas confirmé qu’il suivrait cette voie, mais l’option reste ouverte pour une future mise en conformité réglementaire. Ce dispositif offre un terrain d’expérimentation sécurisé, essentiel pour un acteur historique comme Euronext, soucieux de préserver la stabilité des marchés.

Et maintenant ?

Plusieurs questions restent en suspens concernant ce projet. D’abord, celle du calendrier : quand Euronext prévoit-il de lancer sa plateforme, si tant est que le projet aboutisse ? Ensuite, celle de l’adoption par les investisseurs institutionnels, qui devront être convaincus par les garanties offertes en matière de sécurité et de conformité. Enfin, l’évolution du cadre réglementaire européen, notamment autour du régime pilote DLT, pourrait influencer la stratégie du groupe. Pour l’heure, Euronext continue ses travaux en coulisses, sans précipitation apparente.

Ce virage stratégique marque une étape importante pour Euronext, qui passe d’une position de prudence à une volonté d’innovation dans un secteur en pleine mutation. Reste à savoir si cette plateforme parviendra à séduire les acteurs institutionnels, tout en s’intégrant harmonieusement aux infrastructures existantes. Une chose est sûre : après des années de scepticisme, Euronext a désormais les yeux tournés vers l’avenir des actifs numériques.

Selon les informations disponibles, la plateforme sera destinée à l’émission, la négociation et le règlement d’actions, d’ETF et d’obligations tokenisées. Ce projet ne vise pas à intégrer les cryptomonnaies classiques, mais bien des actifs financiers traditionnels transformés en tokens.

Le changement de stratégie s’inscrit dans une tendance plus large où les acteurs traditionnels de la finance explorent les actifs numériques pour innover et répondre aux attentes de leurs clients institutionnels. L’amélioration des cadres réglementaires, comme le régime pilote DLT en Europe, a également joué un rôle clé dans cette évolution.