Alors que l’Europe s’apprête à affronter un hiver 2026 sous haute tension énergétique, les prix du gaz naturel s’affolent sur les marchés de gros. Le TTF néerlandais, référence européenne pour le gaz, affichait mardi 26 août plus de 66 € le mégawattheure (MWh), contre seulement 29 €/MWh en début d’année, selon nos confrères de Euronews FR. Cette hausse brutale s’explique par la crainte persistante d’un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, artère majeure pour les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL), et par des niveaux de stockage historiquement bas à l’échelle du continent.
Ce qu'il faut retenir
- Le prix du gaz sur le marché de gros TTF néerlandais a presque doublé depuis janvier 2026, passant de 29 €/MWh à plus de 66 €/MWh fin août.
- Les réserves de gaz de l’UE ne sont remplies qu’à 62,99 % à la fin août, un niveau bien inférieur à la moyenne quinquennale de 79 %.
- L’Allemagne et les Pays-Bas présentent les taux de remplissage les plus bas, avec respectivement 51 % et 44,3 % de leurs stocks.
- Les analystes de Goldman Sachs anticipent un prix du TTF à plus de 100 €/MWh en décembre 2026 si la crise persiste.
- Les pays aux marchés énergétiques les plus libéralisés, comme les Pays-Bas ou l’Italie, devraient subir les hausses de factures les plus rapides.
Une tension sur les stocks qui rappelle la crise de 2021
Les niveaux de stockage de gaz en Europe atteignent des creux préoccupants pour la période. À la fin août 2026, l’Union européenne ne disposait que de 62,99 % de ses capacités remplies, un chiffre « inhabituellement bas pour cette période de l’année », selon Natasha Fielding, responsable éditoriale pour le gaz et le GNL chez Argus Media. Elle précise : « Ce niveau est bien inférieur à la moyenne sur cinq ans, qui s’établit à 79 %. »
Le dernier épisode comparable remonte à 2021, juste avant la crise gazière qui avait ébranlé le continent. Parmi les grands pays européens, l’Allemagne et les Pays-Bas affichent des stocks particulièrement critiques, avec respectivement 51 % et 44,3 % de remplissage. Une situation qui laisse peu de marge de manœuvre avant l’hiver.
Le détroit d’Ormuz et la concurrence asiatique, deux facteurs aggravants
La flambée des prix s’explique en grande partie par les craintes d’un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième des échanges mondiaux de GNL. Une fermeture, même partielle, aggraverait la compétition entre l’Europe et l’Asie pour l’accès aux cargaisons disponibles. Oxford Economics souligne dans un rapport publié mi-août que l’UE pourrait devoir importer davantage de GNL cet hiver, ce qui l’exposerait à une « guerre des enchères » avec les acheteurs asiatiques.
Cette dépendance accrue survient alors que la consommation de gaz en Europe reste 15 à 20 % inférieure à son niveau de 2021, selon les économistes d’Oxford Economics. Un paradoxe qui s’explique par les efforts de sobriété énergétique menés depuis la crise de 2022, mais qui ne suffisent pas à compenser la faiblesse des stocks.
Des scénarios catastrophes envisagés par les analystes
Les prévisions les plus pessimistes prévoient une poursuite de la hausse des prix. Goldman Sachs estime dans une note citée par Bloomberg que le TTF pourrait dépasser 100 €/MWh d’ici décembre 2026 dans un scénario où les exportations du Moyen-Orient ne se normalisent qu’à partir de 2027. Une telle évolution représenterait une augmentation de 110 % par rapport au scénario de base de la banque, fixé à 50 €/MWh.
Une autre crainte plane sur le maintien de l’interdiction européenne d’importer du gaz russe. Oxford Economics n’exclut pas que l’UE doive assouplir temporairement cette mesure si l’approvisionnement se resserre davantage. En 2025, la Russie représentait encore 12,5 % des importations européennes de gaz, selon la Commission européenne. L’interdiction totale, adoptée par le Conseil de l’UE en janvier 2026, doit entrer pleinement en vigueur d’ici fin 2027.
Quels pays subiront les hausses de factures en premier ?
La répercussion des prix de gros sur les factures des ménages ne sera pas immédiate ni uniforme. Tout dépend de la structure des marchés nationaux et de la rapidité avec laquelle les fournisseurs renouvellent leurs contrats. Selon Natasha Fielding, « les ménages bénéficiant de tarifs variables seraient parmi les premiers à ressentir les effets de la hausse des prix de gros ». Elle ajoute que la répercussion sur les factures d’électricité est généralement plus limitée.
Le calendrier varie considérablement d’un pays à l’autre. Oxford Economics indique qu’il faut en moyenne six mois pour que les variations des prix de gros se répercutent pleinement sur les prix à la consommation. Mais dans des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche, où dominent les contrats à prix fixe de 12 à 24 mois, le pic de répercussion pourrait n’intervenir qu’au bout d’un an. À l’inverse, en France, en Italie ou en Espagne, la hausse pourrait se faire sentir en quelques mois seulement. Aux Pays-Bas, la répercussion est quasi immédiate.
L’Italie est pointée du doigt comme le pays le plus exposé parmi les grandes économies européennes, en raison de sa « combinaison d’une répercussion relativement rapide et d’une dépendance au gaz nettement supérieure à la moyenne ». Pourtant, Rome affiche l’un des taux de remplissage des stocks les plus élevés du continent. Un paradoxe qui illustre la complexité de la situation énergétique actuelle.
L’hiver météorologique, dernier facteur d’incertitude
Au-delà des tensions géopolitiques et des stocks, la météo jouera un rôle clé cet hiver. Oxford Economics rappelle que « l’ossature du chauffage des bâtiments dans l’UE reste le gaz ». Une vague de froid prolongée entraînerait mécaniquement une hausse de la demande et, par ricochet, une pression accrue sur les prix. Dans un rapport publié avant la dernière flambée des prix, les économistes du cabinet estimaient que les dépenses énergétiques des ménages de la zone euro (gaz, électricité et autres coûts) pourraient être jusqu’à 15 % plus élevées au quatrième trimestre 2026 par rapport à l’année précédente.
Reste à savoir si les États membres parviendront à coordonner leurs stratégies d’approvisionnement ou si chaque pays agira de son côté, risquant d’aggraver les tensions sur les marchés.
La flambée des prix s’explique principalement par deux facteurs : les craintes d’un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, qui perturberait les exportations de GNL, et des niveaux de stockage historiquement bas en Europe à l’approche de l’hiver. Ces deux éléments créent une pression sur l’offre, tandis que la demande asiatique concurrence celle de l’UE pour les cargaisons disponibles.
Les pays aux marchés énergétiques les plus libéralisés, comme les Pays-Bas ou l’Italie, devraient subir les hausses de factures le plus rapidement. En Allemagne et en Autriche, où les contrats sont souvent à prix fixe pour 12 à 24 mois, la répercussion sera plus lente. La France, l’Espagne et l’Italie pourraient ressentir les effets en quelques mois seulement.