Une polémique transfrontalière agite depuis plusieurs semaines les réseaux sociaux, après la diffusion de vidéos montrant des fillettes excisées au Mali. Ces images, postées en ligne, ont servi de détonateur à un affrontement numérique sans précédent : d’un côté, une mobilisation assumée de militants pro-excision, souvent influents, et de l’autre, une riposte coordonnée de militantes féministes ouest-africaines. Selon nos confrères de RFI, cette confrontation a déjà contraint certains des opposants les plus virulents, installés en Europe, à modérer leur discours, voire à faire marche arrière.
Ce qu'il faut retenir
- Des vidéos de fillettes excisées au Mali ont été diffusées en ligne, déclenchant une polémique internationale.
- Une campagne pro-excision s’est organisée, portée par des hommes influents, notamment en Europe.
- Face à cette mobilisation, des militantes féministes ouest-africaines ont lancé une contre-offensive coordonnée.
- Plusieurs opposants virulents en Europe ont reculé sous la pression, selon RFI.
- Les gouvernements du Mali et de la Guinée restent silencieux sur le sujet.
Un conflit numérique aux répercussions concrètes
Les images, dont l’authenticité n’a pas été remise en cause, ont circulé massivement sur les plateformes comme Facebook, X (ex-Twitter) et TikTok. Dans les heures qui ont suivi leur publication, des comptes militants pro-excision ont multiplié les publications justifiant la pratique, tandis que des groupes de militantes féministes ont riposté en documentant les risques sanitaires et juridiques liés à l’excision. Les échanges, parfois violents, ont rapidement débordé des frontières maliennes, impliquant des diasporas en France, en Belgique et aux États-Unis.
Parmi les figures les plus en vue de cette contre-mobilisation, on trouve des associations comme l’Association malienne pour le progrès des femmes (AMPF), basée à Bamako, et des collectifs comme « Ni putes ni soumises Afrique », qui ont publié des analyses médicales et des témoignages de victimes. « Ces vidéos sont une preuve supplémentaire de l’urgence à agir, a déclaré Aïcha Traoré, porte-parole de l’AMPF. Elles montrent que la pratique persiste malgré les lois interdisant l’excision ». Selon RFI, certaines publications pro-excision, initialement relayées par des comptes aux milliers d’abonnés, ont été retirées sous la pression des plateformes, après signalements massifs.
L’Europe, un terrain de confrontation inattendu
Contrairement aux idées reçues, une partie de la polémique s’est jouée en Europe, où vivent des communautés maliennes et guinéennes. Plusieurs imams et responsables associatifs, installés en France ou en Belgique, ont été pointés du doigt pour leurs prises de position en faveur de l’excision. « Certains ont tenté de minimiser les faits en évoquant des « traditions culturelles », a expliqué Fatoumata Diallo, militante féministe basée à Paris. Mais face à la pression des réseaux sociaux et des associations locales, plusieurs ont dû s’excuser publiquement ou supprimer leurs messages ».
Un cas emblématique concerne un prédicateur malien installé en région parisienne, dont les vidéos pro-excision avaient cumulé plus de 50 000 vues avant d’être retirées. Après une vague de signalements et des menaces de poursuites, il a publié un message d’excuses, affirmant avoir été « mal compris ». « On assiste à une forme de capitulation idéologique, analyse un observateur proche du dossier. Les réseaux sociaux ont permis une mobilisation sans précédent, et les militants pro-excision n’étaient pas préparés à un tel niveau de contre-attaque ».
Un silence politique qui interroge
Pourtant, les deux pays concernés, le Mali et la Guinée, maintiennent un mutisme total sur le sujet. Aucune déclaration officielle n’a été publiée depuis le début de la polémique, ni par les ministères de la Santé, ni par ceux des Affaires sociales. Cette absence de réaction contraste avec l’ampleur de la mobilisation en ligne. « C’est préoccupant, car cela envoie un signal ambigu, a souligné une analyste de l’ONG Equitas. Les gouvernements doivent montrer qu’ils prennent la question au sérieux, sous peine de voir la pratique persister, voire s’étendre ».
Reste à savoir si cette guerre numérique aboutira à des changements durables. Une chose est sûre : la bataille pour l’abolition de l’excision, vieille de plusieurs décennies, entre désormais dans une nouvelle phase, où les réseaux sociaux jouent un rôle clé. Et pour les militantes, l’enjeu est désormais de transformer cette mobilisation virale en actions concrètes sur le terrain.
Au Mali, l’excision est interdite depuis 2002 par une loi interdisant les mutilations génitales féminines, avec des peines pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et des amendes pour les praticiens. En Guinée, une loi similaire existe depuis 2000, mais son application reste très limitée. Selon les ONG locales, moins de 1 % des cas font l’objet de poursuites.