Entre les incertitudes économiques, les tensions politiques et l’essor du télétravail, le nombre d’Occidentaux ayant quitté leur pays en 2024 a atteint un niveau historique. Quatre millions de personnes originaires de pays occidentaux ont ainsi choisi de s’installer à l’étranger, selon nos confrères de Courrier International, qui reprennent une analyse détaillée publiée par The Economist fin août 2026. Ce chiffre marque une hausse de 20 % par rapport à la période précédant la pandémie de Covid-19, révélant une tendance lourde et durable.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre millions de ressortissants occidentaux ont quitté leur pays en 2024, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2019.
- Les destinations les plus prisées incluent le Canada (+34 %), la Nouvelle-Zélande (+29 %) et la Suède (+60 %).
- Cette mobilité s’explique par le télétravail, la fiscalité et un sentiment de « panne politique » parmi les Occidentaux.
- Les profils concernés sont majoritairement jeunes, diplômés et originaires de pays occidentaux. Deux millions de ces migrants sont restés dans l’espace occidental depuis 2019.
- Les retours ne sont pas marginaux : en Nouvelle-Zélande, 40 % des expatriés finissent par revenir.
D’après l’hebdomadaire britannique, cette vague d’expatriation ne se limite pas à un effet de rattrapage post-pandémie. Elle s’inscrit dans la durée, avec des conséquences majeures pour les économies et les sociétés concernées. « Les responsables politiques se concentrent sur le nombre de personnes qui immigrent dans leur pays. On remarque moins que les départs atteignent, eux aussi, des chiffres record », souligne The Economist. Les données, compilées sur 31 pays occidentaux (hors États-Unis, faute de données fiables), confirment une accélération sans précédent.
Des destinations qui attirent, des pays qui perdent
Parmi les pays enregistrant les plus fortes hausses, la Suède arrive en tête avec une augmentation de 60 % des départs en 2024 par rapport à 2019. Le Canada suit avec une progression de 34 %, tandis que la Nouvelle-Zélande affiche une hausse de 29 %. Ces trois pays, souvent cités pour leur qualité de vie, leur fiscalité avantageuse ou leur stabilité politique, concentrent une part importante de ces flux migratoires internes à l’Occident. L’Italie, elle aussi, n’est pas épargnée : le pays connaît un « boom de l’émigration vers l’étranger », selon les termes du magazine.
Ces mouvements ne sont pas anodins. Ils reflètent une recherche de conditions de vie plus favorables, mais aussi une défiance croissante envers les institutions politiques. « Une fois que les entreprises ont accepté qu’un employé puisse travailler efficacement depuis une table de cuisine à trois heures de route, la donne a changé », explique The Economist. Le télétravail, devenu la norme pour des millions de salariés, a libéré les individus de la contrainte géographique. Il a aussi révélé l’attractivité de certains territoires, notamment ceux offrant un cadre fiscal ou climatique plus clément.
Une « économie des expatriés » en construction
Au-delà des motivations individuelles, c’est toute une dynamique économique qui émerge. The Economist évoque l’avènement d’une « économie des expatriés », portée par trois piliers : la généralisation du travail à distance, les disparités fiscales entre pays et le rejet d’un système politique perçu comme bloqué. « Il y a un sentiment grandissant parmi les Occidentaux de tous les bords que la politique est en panne », analyse le magazine. Cette perception nourrit les départs, tout en redessinant les équilibres démographiques et économiques des nations concernées.
Les profils des expatriés sont particulièrement révélateurs. Une étude néo-zélandaise montre que les titulaires d’un diplôme universitaire sont « au moins deux fois plus susceptibles d’émigrer dans la vingtaine » que les autres. Ces jeunes actifs, souvent qualifiés, représentent un enjeu majeur pour les pays de départ, qui investissent dans leur formation avant de les voir partir. « Lorsqu’un État investit dans la formation des jeunes pour les perdre ensuite, il renonce à des recettes fiscales futures », rappelle The Economist. Pourtant, ces départs ne sont pas toujours définitifs. En Nouvelle-Zélande, par exemple, 40 % des expatriés finissent par revenir, un phénomène qui atténue partiellement l’impact économique pour les pays d’origine.
Un phénomène encore largement intra-occidental
Contrairement aux migrations traditionnelles vers des pays en développement, cette vague d’expatriation reste majoritairement cantonnée à l’espace occidental. Depuis 2019, environ deux millions de personnes supplémentaires nées dans un pays occidental vivent désormais dans un autre pays occidental. Cette circulation interne, souvent ignorée des débats publics, reflète une recherche de mobilité plutôt que de rupture radicale avec l’Occident. Les destinations privilégiées se situent principalement en Europe du Nord, en Océanie ou en Amérique du Nord, où les politiques d’accueil et les conditions de vie attirent ces nouveaux nomades.
Les conséquences de ce phénomène sont multiples. Pour les pays d’accueil, il s’agit d’une opportunité de dynamiser leur main-d’œuvre qualifiée et leur marché immobilier. Pour les pays de départ, le risque est celui d’un appauvrissement démographique et économique, surtout dans les régions déjà fragilisées par le vieillissement de la population. Certains territoires, comme l’Italie ou certaines régions rurales d’Europe de l’Est, commencent à ressentir les effets de ces départs massifs, qui alimentent les tensions autour du logement et de l’emploi.
Dans ce contexte, les prochaines élections en Europe et en Amérique du Nord pourraient donner lieu à des débats plus vifs sur la question. Les partis politiques, jusqu’ici silencieux sur le sujet, pourraient être contraints de prendre position face à une opinion publique de plus en plus sensible à la fuite des compétences. Reste à savoir si les mesures envisagées – incitations fiscales, amélioration des services publics, ou encore promotion du télétravail local – suffiront à inverser la tendance.
Les pays enregistrant les plus fortes hausses de départs en 2024 sont la Suède (+60 %), le Canada (+34 %) et la Nouvelle-Zélande (+29 %). L’Italie, pour sa part, connaît un « boom de l’émigration vers l’étranger », selon The Economist.
Les profils les plus concernés sont les jeunes diplômés, notamment ceux titulaires d’un diplôme universitaire. Une étude néo-zélandaise indique qu’ils sont « au moins deux fois plus susceptibles d’émigrer dans la vingtaine » que les autres.