La mission ExoMars 2028 de l’Agence spatiale européenne (ESA) vient de franchir une étape majeure. Selon Futura Sciences, les modèles structuraux du rover Rosalind Franklin et de ses composants ont été transférés à Cannes pour une série de tests essentiels. Objectif : valider la robustesse des systèmes avant la construction du modèle de vol définitif, prévu pour un lancement en 2028 et une arrivée sur Mars en 2030.

Ce qu'il faut retenir

  • Une mission en suspens depuis près de dix ans, reportée à plusieurs reprises (2016, 2018, 2020, 2022) avant d’être suspendue en 2022 après l’invasion russe de l’Ukraine, qui a mis fin à la coopération avec Roscosmos.
  • Le rover Rosalind Franklin, capable de forer jusqu’à deux mètres de profondeur, est conçu pour analyser des échantillons à l’abri des rayonnements martiens, dans l’espoir d’y détecter des traces de vie passée.
  • Quatre éléments composent la mission : le module de transfert, le module d’entrée, descente et atterrissage (EDLM), la plateforme d’atterrissage et le rover lui-même.
  • Une campagne de tests en trois phases, démarrée fin mai 2026, doit durer jusqu’à la mi-octobre, avec des essais vibratoires, acoustiques, thermiques et électromagnétiques.
  • Le lanceur retenu est le Falcon Heavy, dont les sollicitations ont été prises en compte dans les simulations.

Une mission martienne sous haute tension

Prévu pour atterrir sur Mars en 2030, le rover Rosalind Franklin incarne l’ambition européenne de répondre à une question fondamentale : la vie a-t-elle existé sur la Planète rouge ? Selon Futura Sciences, le programme ExoMars 2028 a connu de nombreux reports depuis son annonce initiale, mais reste sur les rails grâce à une refonte de sa configuration après la rupture avec la Russie.

Les modèles structuraux actuellement testés chez Thales Alenia Space, à Cannes et Turin, sont des répliques fidèles du modèle de vol. Ils permettront de valider les choix techniques avant la fabrication des éléments définitifs. Ces tests visent à reproduire les conditions extrêmes du voyage : vibrations au décollage, chocs lors de la séparation des étages, contraintes thermiques lors de la rentrée atmosphérique, et forces à l’atterrissage.

Trois phases de tests pour un atterrissage parfait

La campagne d’essais, lancée fin mai 2026, se décompose en trois étapes distinctes. D’abord, à Cannes, les modèles seront soumis à des essais vibratoires et acoustiques simulant l’environnement du lancement avec le Falcon Heavy. Puis, direction Turin pour des tests de chocs, de séparation et de résistance structurelle statique. Enfin, retour à Cannes pour la phase finale, la plus exhaustive : le Proto-Flight Model (PFM), modèle de vol entièrement intégré, subira des essais sous vide thermique, des tests vibratoires et acoustiques, ainsi que des mesures de compatibilité électromagnétique.

Ces simulations sont cruciales. Comme l’explique Franco Fenoglio, responsable des programmes d’exploration humaine et robotique du Système solaire chez Thales Alenia Space, « les niveaux appliqués sont issus de l’analyse effectuée avec le nouveau lanceur sélectionné, Falcon Heavy, et reflètent les sollicitations réelles attendues sur l’engin spatial ».

« Les critères de réussite sont liés à la vérification des niveaux attendus et à la collecte des données prévues afin de corréler les modèles mathématiques. »
Franco Fenoglio, responsable des programmes d’exploration chez Thales Alenia Space

Des défis techniques et calendaires serrés

Le calendrier est impitoyable. Selon Futura Sciences, la phase d’essais à Cannes doit s’achever à la mi-juin 2026, suivie des tests à Turin jusqu’à la mi-octobre. « En raison du calendrier serré pour respecter le lancement en 2028, la quasi-totalité des éléments structurels du modèle de vol sont déjà construits et font actuellement l’objet d’une réception au niveau des sous-systèmes », précise Franco Fenoglio.

Chaque détail compte. Les paramètres surveillés lors des essais incluent la résistance aux charges mécaniques, la stabilité thermique et l’intégrité des systèmes électriques. En cas de problème imprévu, une évaluation immédiate serait menée pour déterminer si une reconception partielle est nécessaire — une éventualité que les équipes espèrent éviter.

Et maintenant ?

Si les tests se déroulent comme prévu, la production du modèle de vol définitif pourrait débuter dès l’automne 2026. Le lancement reste fixé à 2028, avec une arrivée sur Mars en 2030. Les résultats des forages du rover Rosalind Franklin, capables de prélever des échantillons jusqu’à deux mètres de profondeur, pourraient alors révolutionner notre compréhension de l’histoire martienne — et, peut-être, répondre à l’éternelle question : la vie a-t-elle un jour existé sur la Planète rouge ?

Les prochains mois seront déterminants. Entre validation des systèmes, ajustements techniques et respect du calendrier, Thales Alenia Space et l’ESA doivent concilier rigueur scientifique et pression temporelle. Une seule certitude : chaque essai réussi rapproche un peu plus l’Europe d’une exploration inédite de Mars.

Le programme a subi des reports successifs depuis 2016 en raison de difficultés techniques et budgétaires. La suspension en 2022 de la coopération avec Roscosmos, après l’invasion russe de l’Ukraine, a imposé une refonte complète de la mission, notamment le remplacement du lanceur russe Proton par le Falcon Heavy américain.