Un record de départs d’Américains à l’étranger a été enregistré en 2025, selon Courrier International. Plus de 42 % des citoyens des États-Unis envisageraient désormais de quitter leur pays, un phénomène qui dépasse largement le cadre des artistes ou des grandes fortunes pour toucher des classes moyennes en quête de qualité de vie et d’opportunités économiques. Cette tendance reflète une mutation profonde de ce que signifie « chez-soi » à l’ère du numérique, où l’identité devient « portable » et où le déracinement ne rime plus avec rupture.
Ce qu'il faut retenir
- 42 % des Américains envisageaient en 2025 de partir vivre à l’étranger, un record historique.
- L’expatriation concerne désormais des profils issus des classes moyennes, attirés par un coût de la vie inférieur et des perspectives concrètes.
- Le télétravail et les outils numériques permettent de maintenir un lien quotidien avec le pays d’origine, qu’il s’agisse du travail, de l’information ou des relations personnelles.
- En Bourgogne, des expatriés américains, britanniques et australiens forment un microcosme où se superposent les identités nationales et locales.
- Les prix de l’immobilier en Bourgogne varient entre 92 000 € et 230 000 € pour des maisons anciennes, rendant la région accessible à des budgets modestes.
L’anthropologue américain Thomas Dichter, spécialiste du développement et installé en Bourgogne depuis plusieurs années, observe cette évolution avec attention. Dans une analyse publiée par Courrier International, il décrit une nouvelle génération d’expatriés, bien plus mobile et moins liée à des motivations romantiques ou pécuniaires que leurs prédécesseurs. « Il existe des signes très récents d’une poussée de l’expatriation, suffisants pour suggérer que la décision de vivre à l’étranger est aujourd’hui bien plus facile qu’autrefois », explique-t-il. Si les artistes et les milliardaires ont longtemps incarné l’image de l’expatriation, la donne a changé : désormais, ce sont des employés, des freelances ou des retraités qui franchissent le pas, séduits par des loyers abordables et une meilleure qualité de vie.
Cette transformation s’accompagne d’un bouleversement des repères traditionnels. « Vous pouvez vous déraciner tout en restant ancré là d’où vous venez », souligne Thomas Dichter. Grâce aux connexions numériques, les frontières géographiques s’estompent. Un Américain installé en Bourgogne peut travailler pour une entreprise basée à New York, suivre l’actualité de son État d’origine en temps réel et discuter quotidiennement avec sa famille restée aux États-Unis. « L’identité devient portable », résume l’anthropologue. Le pays d’origine n’est plus un territoire lointain et inaccessible, mais un ancrage permanent, presque virtuel, que l’on emporte avec soi.
Dans une petite ville de Bourgogne, Thomas Dichter a identifié un microcosme révélateur de cette tendance. Chaque semaine, des expatriés récents – majoritairement américains, mais aussi britanniques et australiens – se retrouvent dans un café local pour échanger sur leur expérience. Parmi eux, une Américaine venue de l’Idaho loue un appartement pour un peu plus de 400 € par mois, tandis qu’un couple partage son année entre l’Arizona et la France en profitant du télétravail. D’autres achètent des maisons anciennes, dont les prix varient entre 92 000 € et 230 000 €. Aucun de ces profils n’est particulièrement aisé, mais tous bénéficient d’un coût de la vie local bien inférieur à celui des grandes villes américaines ou britanniques.
Cette nouvelle forme d’expatriation ne gomme pas les identités d’origine, bien au contraire. Comme le note Thomas Dichter, « Les Britanniques restent fondamentalement britanniques ; les Américains, américains ; tous avec une touche de France en plus ». L’expatriation ne consiste plus à effacer son passé, mais à enrichir son présent. L’anthropologue insiste sur un point clé : « Même si votre corps a bougé, vous pouvez rester psychologiquement là où vous étiez auparavant ». Partir vivre à l’étranger, ce n’est plus changer de monde, mais en habiter plusieurs simultanément.
Une tendance qui dépasse les frontières américaines
Si les Américains sont particulièrement représentés dans cette dynamique, ils ne sont pas les seuls. Les Britanniques et les Australiens figurent également parmi les expatriés en Bourgogne, attirés par les mêmes avantages : un cadre de vie paisible, des prix immobiliers attractifs et une accessibilité facilitée par les transports et les outils numériques. Cette mobilité accrue n’est pas sans conséquences sur les sociétés d’origine. Dans certains cas, les pays voient leurs citoyens partir massivement, tandis que dans d’autres, comme la France, ils attirent de nouveaux habitants en quête d’un équilibre entre tradition et modernité.
Ce phénomène s’inscrit dans une logique plus large de mondialisation des modes de vie. Les frontières entre les pays deviennent de plus en plus perméables, notamment grâce aux avancées technologiques. Le télétravail, en particulier, joue un rôle central. Selon une étude récente, près de 30 % des actifs en Europe et en Amérique du Nord pourraient exercer leur métier à distance d’ici 2027. Cette flexibilité permet à un nombre croissant de personnes de concilier vie professionnelle et projet d’expatriation, sans sacrifier leur carrière ou leur stabilité financière.
Un modèle économique et social en mutation
L’impact de cette tendance dépasse le cadre individuel. Les pays d’accueil, comme la France, voient leurs économies locales bénéficier de l’arrivée de nouveaux résidents. Les petites villes, en particulier, profitent de cette affluence pour dynamiser leurs commerces et leur marché immobilier. À l’inverse, les pays d’origine subissent parfois un exode de leurs talents, ce qui peut poser des défis en termes de fiscalité et de cohésion sociale. « Ce n’est pas une fuite des cerveaux, mais une redistribution des opportunités », analyse Thomas Dichter. Les compétences restent mobilisables à distance, et les échanges entre pays se poursuivent, souvent de manière informelle ou contractuelle.
Cette nouvelle forme d’expatriation pose également des questions en matière de politique publique. Comment adapter les systèmes de santé, d’éducation ou de retraite à une population de plus en plus mobile ? Certains pays commencent à réagir. Par exemple, le Portugal a mis en place des régimes fiscaux avantageux pour attirer les télétravailleurs étrangers, tandis que des villes françaises comme Dijon ou Clermont-Ferrand multiplient les initiatives pour séduire les digital nomads. Ces mesures visent à capter une partie de cette manne humaine et économique, tout en préservant l’équilibre social local.
Pour l’heure, les acteurs locaux et les expatriés eux-mêmes semblent optimistes. En Bourgogne, comme dans d’autres régions attractives, les cafés, les écoles et les agences immobilières s’adaptent à cette nouvelle donne. « Nous ne sommes plus des exilés, mais des citoyens du monde », résume un expatrié américain installé près de Beaune. Une phrase qui résume bien l’esprit de cette mutation : partir, oui, mais sans jamais vraiment quitter.
Selon les dernières données, les États-Unis enregistrent une forte hausse des départs vers des pays comme le Mexique, le Portugal, l’Espagne, la France et la Thaïlande. Ces destinations sont plébiscitées pour leur coût de la vie abordable, leur qualité de vie et leur accessibilité grâce aux vols directs et aux outils numériques.
Plusieurs pays commencent à adapter leurs politiques. Les États-Unis, par exemple, envisagent des mesures fiscales incitatives pour retenir leurs talents, tandis que des pays comme le Canada ou l’Australie misent sur des programmes d’accueil pour attirer des expatriés qualifiés. En Europe, des initiatives locales, comme les « visas nomades » en Espagne ou au Portugal, visent à capter cette main-d’œuvre mobile.