À l’aube de 2026, dans un contexte géopolitique et social marqué par une instabilité croissante, la posture du doute apparaît comme la plus raisonnable, estime le chroniqueur britannique James Marriott dans les colonnes du Times. Selon Courrier International, ce constat émerge après une période hivernale dédiée à l’écriture, où l’auteur, au sortir d’un travail intense, a pu mesurer l’évolution des certitudes de son entourage.
Ce qu’il faut retenir
- Le chroniqueur britannique James Marriott analyse dans le Times l’érosion des convictions politiques chez ses contemporains au début de 2026.
- Son entourage, composé d’amis aux opinions variées (Verts, réformistes, conservateurs ou sociaux-démocrates), témoigne d’une remise en question généralisée de leurs positions initiales.
- L’indécision et le doute sont présentés comme des attitudes vertueuses face à un monde de plus en plus complexe et imprévisible.
- Le Times, fondé en 1785 et propriété de News UK (groupe de Rupert Murdoch), reste un titre de référence au Royaume-Uni avec plus de 760 000 lecteurs entre versions papier et numérique.
- Le journal couvre activement l’actualité internationale, notamment la guerre en Ukraine, avec sept reporters permanents sur le terrain depuis février 2022.
Après avoir passé plusieurs mois dans l’isolement relatif de l’écriture, Marriott a cherché à se ressaisir en renouant avec sa vie sociale. Son retour dans la sphère publique s’est fait auprès de proches aux opinions tranchées, allant des Verts à Reform UK, le parti populiste de droite mené par Nigel Farage. Pourtant, au fil des conversations, aucune de ces affiliations politiques n’a résisté à l’épreuve des premiers mois de 2026.
« Un socialiste invétéré s’est interrompu au milieu d’une conversation pour se demander brièvement si on ne devrait pas déréguler l’économie pour atteindre la croissance », relate-t-il. Un autre de ses interlocuteurs, pourtant défenseur des Verts, a fini par douter : « Les Verts nous sauveront… À moins que ce ne soit Reform UK ? ». Même les plus sceptiques ont vu leurs certitudes ébranlées. Un nihiliste, favorable à l’idée d’un « tout faire cramer », a finalement exprimé son regret face à la disparition du centre libéral.
Pour Marriott, cette indécision généralisée n’est pas un signe de faiblesse, mais une forme de lucidité. Le doute, souligne-t-il, a toujours été une vertu intellectuelle, mais il prend aujourd’hui une dimension nouvelle dans un monde où les repères traditionnels vacillent. « Il me semble que l’indécision est louable », écrit-il, soulignant que la remise en question permanente peut devenir un rempart contre les dogmatismes.
Le Times : un média ancré dans l’histoire et l’actualité internationale
Fondé en 1785, le Times est le plus ancien quotidien britannique encore en activité. Depuis 1981, il appartient à News UK, empire médiatique contrôlé par le milliardaire Rupert Murdoch. Longtemps considéré comme la voix de l’establishment conservateur, le journal a cependant pris position contre le Brexit en 2016, prônant le maintien de bonnes relations avec l’Union européenne.
Avec un lectorat combiné de près de 760 000 personnes (360 000 en version papier et 400 000 abonnés numériques), le titre reste un acteur majeur de la presse britannique. Son engagement en faveur de l’information internationale s’est particulièrement illustré lors de la guerre en Ukraine. Dès le 24 février 2022, date du début de l’invasion russe, le site du Times (partagé avec son édition dominicale, le Sunday Times) a enregistré un afflux de 1 000 nouveaux abonnements par jour, reflétant l’intérêt des lecteurs pour une couverture approfondie du conflit. Sept journalistes du titre couvrent en permanence la guerre sur le terrain.
En 2020, News UK a lancé Times Radio, une station généraliste conçue pour concurrencer BBC Radio 4. Animée en partie par des journalistes du Times, la radio attire aujourd’hui un demi-million d’auditeurs chaque semaine. Cette diversification illustre la volonté du groupe de s’imposer dans l’espace médiatique britannique, en proposant des contenus adaptés à une audience exigeante.
Une remise en question qui dépasse les frontières politiques
L’expérience de Marriott n’est pas isolée. Elle reflète une tendance plus large, observable dans les démocraties occidentales, où les certitudes idéologiques semblent s’effriter face à des défis inédits : crises climatiques, tensions géopolitiques, transformations économiques et sociales. Ses amis, issus de bords politiques opposés, ont tous exprimé des doutes sur leurs positions initiales, voire ont envisagé des revirements spectaculaires.
« Un autre a suggéré lors d’une conversation sinueuse que les Verts nous sauveraient… À moins que ce ne soit Reform UK ? », rapporte-t-il. Cette phrase résume à elle-même l’état d’esprit général : les clivages traditionnels semblent moins pertinents face à la complexité des enjeux contemporains. Les lignes bougent, et avec elles, les allégeances politiques.
Pour l’auteur, cette fluidité des opinions n’est pas un signe de superficialité, mais la preuve que le monde est devenu trop complexe pour se contenter de solutions toutes faites. Le doute, dès lors, devient une forme de résistance contre les simplifications abusives. « Le doute a toujours été une vertu, mais c’est d’autant plus [vrai] aujourd’hui », souligne-t-il.
En attendant, le chroniqueur britannique invite ses lecteurs à embrasser cette posture de doute. Non pas comme une capitulation face à l’incertitude, mais comme une méthode pour mieux appréhender un monde en perpétuelle recomposition. Une position qui, en ces temps troublés, pourrait bien devenir la nouvelle norme.
James Marriott est un chroniqueur britannique qui collabore régulièrement au Times. Son travail se concentre souvent sur les mutations sociétales et politiques au Royaume-Uni. Son dernier texte, publié selon Courrier International, explore l’effritement des certitudes idéologiques au début de 2026.
Reform UK est un parti politique britannique de droite populiste, fondé en 2018 sous le nom de Brexit Party par Nigel Farage. Il prône une ligne eurosceptique et anti-immigration, tout en défendant des mesures économiques libérales.