Alors que son action souffre depuis bientôt deux ans, Stellantis est souvent résumé en Bourse, à son redressement aux États-Unis. Mais l'Europe, son deuxième marché, constitue un problème encore plus important, fait valoir Citi, selon BFM Bourse.
Stellantis boit le calice jusqu'à la lie en Bourse. Le constructeur automobile né en janvier 2021 de la fusion entre Fiat Chrysler et Peugeot SA, plonge de 27,3% depuis le début de l'année, accusant la troisième plus forte baisse du CAC 40. La société a surtout enregistré un plongeon historique de 25,24%, sa plus forte chute sur une seule séance, le 6 février. Le constructeur automobile avait alors annoncé un « reset » (c'est-à-dire une remise à plat) de sa stratégie dans le véhicule électrique.
Ce qu'il faut retenir
- Stellantis a décidé d'arrêter des projets sur le véhicule électrique et de déprécier des outils de production.
- Le groupe a redimensionné (à la baisse) la chaîne d'approvisionnement des véhicules électrifiés.
- Stellantis a accusé une perte nette de 22,3 milliards d'euros et une marge opérationnelle courante déficitaire de -0,5%.
Les défis de Stellantis
Le groupe a payé le prix fort d'autres erreurs stratégiques passées, notamment des importants stocks aux États-Unis qui n'ont été résorbés que trop tardivement (fin 2024), voyant ses parts de marché chuter jusqu'à l'année dernière. Le groupe a aussi trop piloté ses opérations par les coûts en oubliant de différencier davantage ses marques, notait Jefferies en juin dernier.
Les résultats annuels livrés fin février portent les stigmates de ces difficultés et du choix de l'entreprise de passer ses comptes à la paille de fer. La zone Amérique du Nord, dont la rentabilité avait atteint le niveau astronomique de 18,1% de 2022, a basculé à -3,1% l'an passé, avec un terrible retour de balancier.
L'Europe, un plus gros problème que les États-Unis
Les analystes les moins pessimistes, comme UBS, estiment que le groupe bénéficiera du rebond de ses volumes aux États-Unis grâce à ses lancements et à un plan produits adaptés. Stellantis est effectivement en train de regagner depuis plusieurs mois des parts de marchés tout en enregistrant une hausse de ses ventes, mais à partir d'une faible base de comparaison.
Dans une récente note, Citi a toutefois estimé que le groupe automobile faisait face à un problème « plus grand » que les États-Unis, à savoir l'Europe, qui représente 37% de son chiffre d'affaires. « Bien que les deux (régions) perdent de l'argent à un moment où leurs concurrents sont très rentables, l'activité américaine dispose au moins d'un plan de reprise partiel basé sur les produits, aidé par la déréglementation du marché automobile américain », écrit la banque américaine.
Surcapacités en Europe
De tous les groupes de sa couverture, Bank of America estime que Stellantis se retrouve dans la position la plus fragilisée sur le Vieux continent. « L'offensive de lancement minimale (de nouveaux modèles, NDLR) en Europe est déjà terminée et n'a eu que peu d'impact », pointe l'établissement américain. La société présente une flotte de produits âgée. La banque estime qu'elle atteindra une moyenne de 7,4 années en 2027.
Le groupe se retrouve par ailleurs « à fort risque de perdre des parts de marché face aux constructeurs chinois », prévient encore Bank of America. Ce qui risque d'autant plus d'affaiblir le groupe que les capacités tournaient déjà à faible régime l'an passé. Jefferies estimait en juin 2025 que le taux d'utilisation des usines de la société plafonnait à 52% en Europe, un chiffre encore plus faible qu'aux États-Unis (65%).
La part de marché de la société est passé de plus de 20% sur le Vieux continent à 12,8% au quatrième trimestre 2025, ce qui signifie que sa perte de production annuelle s'échelonne à environ 800 000 unités, calcule Citi. Stellantis doit soit payer pour fermer cette capacité (et payer les indemnités de licenciement), soit trouver une autre solution.