Une soirée ordinaire pour la plupart, mais un véritable parcours du combattant pour Johanna Tesch. La jeune femme, aujourd’hui autrice, a choisi de participer à une « fête des câlins » pour tenter de surmonter une peur tenace du contact physique, remontant à son enfance. Selon Courrier International, cette initiative lui a permis de confronter, dans un cadre bienveillant, ce qui était devenu pour elle une source d’angoisse au quotidien.

Ce qu'il faut retenir

  • Johanna Tesch, autrice, souffre depuis l’enfance d’une aversion marquée pour les étreintes et le contact physique, qu’elle décrit comme « un supplice ».
  • Pour tenter de dépasser cette crainte, elle s’est inscrite à une « fête des câlins », une initiative visant à explorer ses limites dans un environnement sécurisé.
  • L’événement choisi proposait un cadre axé sur la découverte de soi, avec une ambiance conviviale autour d’un chocolat chaud, loin des ateliers purement « bien-être ».
  • L’expérience s’est déroulée dans un bâtiment ancien repeint en vert menthe, transformé pour l’occasion en espace accueillant aux sols recouverts de tapis bleus clairs.
  • La jeune femme a finalement réussi à rester jusqu’à la fin de la soirée, malgré une appréhension initiale intense.

Une peur ancrée depuis l’enfance

Pour Johanna Tesch, les câlins ne sont pas cette « source de réconfort universellement partagée », comme le souligne-t-elle dans une tribune publiée par le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung (NZZ), repris par Courrier International. « Un moment agréable, un besoin humain élémentaire même », écrit-elle. Pourtant, pour elle, la réalité est tout autre : « Ça me terrifie. La simple perspective d’un câlin me donne envie de prendre mes jambes à mon cou. »

Cette aversion, qui la suit depuis son plus jeune âge, l’a poussée à chercher des solutions pour apprivoiser cette peur irrationnelle. Si elle parvient à tolérer certaines formes de contact avec ses proches lors d’occasions spécifiques — comme « tous ensemble, sur le canapé, après une longue soirée du Nouvel An » —, la plupart du temps, l’idée même d’un contact physique la met mal à l’aise.

Le choix d’une expérience encadrée

Après une recherche en ligne, Johanna Tesch a découvert deux types d’événements correspondant à sa quête : d’un côté, une « soirée bien-être centrée sur les bienfaits du câlin sur le corps et l’esprit », et de l’autre, une formule plus exploratoire, « promettant un espace pour explorer ses envies et ses limites — avec un chocolat chaud à la main ». C’est cette seconde option qu’elle a retenue, attirée par l’idée d’un cadre moins directif et plus personnel.

Le jour de l’événement, baptisé « soirée cacao-câlins », elle se rend à l’adresse indiquée : un bâtiment ancien, dont la façade a été repeinte en vert menthe. Une femme aux « cheveux bruns un peu en bataille » l’accueille avec le sourire avant de l’inviter à se déchausser. Une fois à l’intérieur, Johanna Tesch découvre une salle dont le sol est « recouvert de tapis en pilou bleu clair » — un détail qui, selon elle, contribue à instaurer une atmosphère rassurante.

Un défi relevé, malgré les appréhensions

L’expérience n’a pas été de tout repos. Malgré son inscription et sa motivation, la jeune femme a ressenti une tension palpable en franchissant le seuil de la salle. « Je finis par sentir mon cœur battre plus vite », confie-t-elle. Pourtant, une fois sur place, l’ambiance — à la fois détendue et respectueuse des limites de chacun — a permis de désamorcer peu à peu son angoisse. « Bienvenue à notre soirée cacao-câlins ! » avait annoncé le courriel de confirmation, une formule qui, en rétrospective, lui a semblé presque ironique compte tenu de son état d’esprit initial.

Johanna Tesch a finalement réussi à rester jusqu’à la fin de la soirée, un succès qu’elle attribue autant à la bienveillance des organisateurs qu’à la structure même de l’événement. Celui-ci ne reposait pas sur des attentes imposées, mais sur une exploration libre et progressive de ses propres limites. « Explorer ses envies et ses limites » : c’est cette promesse, formulée dès l’inscription, qui a guidé son choix et, en définitive, l’a aidée à franchir le pas.

Une initiative qui interroge sur les besoins humains

L’expérience de Johanna Tesch soulève une question plus large : dans une société où le contact physique est souvent présenté comme un besoin fondamental, comment réagir lorsque cette dimension devient une source de stress ? Les « fêtes des câlins », encore marginales en France, s’inscrivent dans une tendance plus large de remise en question des normes sociales autour du toucher. Certaines de ces rencontres misent sur les vertus thérapeutiques des étreintes, tandis que d’autres, comme celle à laquelle a participé l’autrice, privilégient une approche plus individualisée.

Quoi qu’il en soit, ces initiatives mettent en lumière un paradoxe : alors que le contact humain est souvent idéalisé, une partie de la population en redoute les manifestations les plus intimes. Pour Johanna Tesch, l’enjeu n’était pas tant de devenir une adepte des câlins que de « ne plus avoir peur de refuser ceux qui ne me conviennent pas ». Une petite victoire, mais une victoire tout de même.

Et maintenant ?

Les « fêtes des câlins » pourraient-elles se démocratiser en France, à l’image de ce qui se pratique déjà dans certains pays nordiques ? Rien n’est moins sûr, mais l’initiative de Johanna Tesch pourrait inspirer d’autres personnes confrontées à des appréhensions similaires. Des associations spécialisées dans les troubles anxieux, comme l’Association française des personnes souffrant de troubles anxieux (AFPTA), pourraient être amenées à relayer ce type d’initiatives ou à proposer des alternatives mieux adaptées. Une chose est certaine : le débat sur la place du toucher dans nos relations sociales est loin d’être clos.

Pour l’autrice, cette expérience reste avant tout un témoignage personnel. Elle ne prétend pas avoir résolu définitivement son rapport au contact physique, mais elle y voit une étape vers une meilleure acceptation de ses propres limites. Quant aux organisateurs de ces soirées, ils pourraient être tentés d’adapter leurs formats pour toucher un public plus large — notamment les personnes souffrant de troubles comme l’haphephobie, la peur du toucher.

L’haphephobie désigne une peur irrationnelle et persistante du toucher physique. Elle peut se manifester par de l’anxiété, de l’évitement, voire des crises de panique. Cette phobie n’est pas officiellement reconnue dans les classifications psychiatriques, mais elle peut avoir un impact significatif sur la vie quotidienne des personnes qui en souffrent.