« L’idée est de permettre aux visiteurs de découvrir les différentes étapes de la production et de voir certains des costumes et équipements utilisés dans le film », a déclaré le maire de Favignana, Giuseppe Pagoto, selon Le Figaro. L’île sicilienne de Favignana mise sur le succès mondial du film « L’Odyssée », réalisé par Christopher Nolan et sorti en salles le 15 juillet, pour attirer de nouveaux touristes tout en évitant les pièges du surtourisme qui ont déjà affecté d’autres destinations italiennes comme Venise ou Florence.
Ce qu'il faut retenir
- Le film « L’Odyssée » de Christopher Nolan a généré 264 millions de dollars de recettes lors de son premier week-end d’exploitation à l’international, un record pour le réalisateur.
- Favignana, principale île des Égades en Sicile, incarne Ithaque, patrie d’Ulysse, dans le film. Le Castello di Santa Caterina y sert de palais au héros.
- Une exposition permanente consacrée au tournage devrait ouvrir en octobre 2026 dans une ancienne usine de thon Florio, soutenue par Universal Pictures et les autorités siciliennes.
- Les autorités locales prévoient d’allonger la durée moyenne de séjour de 5-6 jours à 10-15 jours pour limiter la pression sur les infrastructures.
- Des projets hôteliers cinq étoiles sont en cours de développement, avec une ouverture prévue pour juin 2027.
Un film à 264 millions de dollars pour relancer une île de 3 000 habitants
Avec seulement 3 000 habitants permanents, l’île de Favignana, située à sept kilomètres au large de la côte ouest de la Sicile, mise sur le succès planétaire de « L’Odyssée » pour attirer des visiteurs. Le film, sorti le 15 juillet 2026, a réalisé un démarrage exceptionnel en engrangeant 264 millions de dollars (228,73 millions d’euros) lors de son premier week-end à l’international, un record pour Christopher Nolan. L’œuvre raconte l’épopée d’Ulysse après la guerre de Troie, dont Favignana incarne Ithaque dans la fiction. Les paysages de l’île, ainsi que le Castello di Santa Caterina transformé en palais d’Ulysse, y occupent une place centrale.
Selon Le Figaro, la production a mobilisé 500 figurants et ouvriers locaux entre fin 2024 et printemps 2025, générant entre 1 et 2 millions d’euros de dépenses pour l’économie insulaire. Le maire de Favignana, Giuseppe Pagoto, souligne que le tournage a renforcé les liens entre les équipes et la population : « Nolan parcourait la ville à vélo et saluait tout le monde. Zendaya, qui incarnait Athéna, s’asseyait sur la place en train de lire un livre. »
Une exposition permanente pour capitaliser sur l’engouement
Dès octobre 2026, une exposition permanente sera installée dans une ancienne usine de thon Florio, siège de production du film, afin de mettre en valeur les costumes, équipements et coulisses du tournage. Ce projet, soutenu par Universal Pictures et le département de la culture de Sicile, vise à créer un attrait touristique durable. « Nous pensons que toute la Sicile occidentale pourrait devenir plus attrayante pour les visiteurs américains grâce à L’Odyssée », a expliqué Giacomo Incarbona, président de l’association locale des hôteliers, cité par Le Figaro.
Les professionnels du secteur s’appuient sur des précédents siciliens pour anticiper un afflux de touristes. La série « Inspecteur Montalbano » avait déjà boosté la fréquentation de la côte sud-est de l’île. Selon l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies, les destinations mises en avant par des films à succès voient leur fréquentation augmenter de 25 à 40 %. Le cabinet Future Market Insights estime même que le tourisme cinématographique pourrait représenter 157,5 milliards de dollars d’ici 2036 à l’échelle mondiale.
Des investissements haut de gamme pour éviter le piège du surtourisme
Face aux risques de surcharge des infrastructures, les autorités de Favignana multiplient les mesures pour réguler l’afflux. Actuellement, la population peut passer de 3 000 à 40 000-50 000 habitants en pleine saison estivale, mettant sous pression les services et les plages. « Un afflux brutal pourrait nous nuire », a prévenu Giacomo Incarbona, rappelant les difficultés rencontrées par des destinations comme Venise ou les Dolomites. La municipalité a déjà installé 200 bouées d’amarrage autour de l’île pour empêcher les bateaux de jeter l’ancre près des côtes et envisage d’autres dispositifs, comme l’instauration d’une durée minimale de séjour pour l’importation de véhicules sur l’île.
Pour éviter une saturation immédiate, les responsables locaux misent sur une croissance progressive. « Nous devrons nous préparer à une demande croissante, à commencer par le nettoyage des plages », a indiqué Giuseppe Pagoto. L’enjeu est double : profiter de la visibilité du film tout en préservant l’authenticité et la taille humaine de l’île. Emanuela Amico, une touriste romaine habituée des lieux, confie à Le Figaro : « L’île n’a pas beaucoup changé jusqu’à présent. Le château est désormais illuminé la nuit, et les pêcheurs qui proposent des excursions en bateau parlent aux visiteurs de la production. »
Une stratégie pour allonger la saison touristique
Les acteurs locaux espèrent que le film de Nolan, dont l’histoire s’inscrit dans la durée, aidera à étaler la fréquentation sur l’année plutôt qu’à concentrer les visiteurs sur quelques semaines d’été. « Nous souhaitons que le succès de L’Odyssée serve à allonger la saison touristique plutôt qu’à provoquer une flambée de la fréquentation durant les périodes de pointe », a insisté Giacomo Incarbona. Les autorités envisagent également de conditionner l’octroi de permis pour les véhicules importés sur l’île à une durée minimale de séjour, afin de privilégier les visiteurs prêts à s’imprégner de l’île sur plusieurs jours.
Ces mesures s’accompagnent d’une réflexion plus large sur la gestion des flux. La municipalité étudie des solutions pour limiter l’impact environnemental, comme la limitation du nombre de bateaux autorisés à accoster simultanément ou la mise en place de quotas pour les excursions. L’objectif est clair : transformer l’engouement cinématographique en opportunité économique sans reproduire les erreurs du passé.
La magie du cinéma au service d’un territoire préservé
À Favignana, l’enjeu n’est pas seulement économique, mais aussi culturel. Les habitants, fiers de voir leur île devenir le décor d’une superproduction hollywoodienne, espèrent que cette visibilité ne dénaturera pas leur cadre de vie. « La magie du grand écran ne doit pas faire disparaître celle d’un territoire resté, jusqu’ici, à taille humaine », résume une habitante locale interrogée par Le Figaro.
Le tourisme cinématographique, s’il est bien maîtrisé, peut offrir une alternative au surtourisme. Contrairement à des destinations saturées, Favignana mise sur des expériences qualitatives : visites guidées des lieux de tournage, dégustations de produits locaux, ou encore découverte des traditions de pêche. Une façon de concilier croissance et préservation, à l’image de ce que promettent les nouveaux projets hôteliers, conçus pour s’intégrer harmonieusement dans le paysage.
Les principaux sites utilisés pour le film incluent le Castello di Santa Caterina, qui incarne le palais d’Ulysse, ainsi que les plages et les ruelles de l’île. Une ancienne usine de thon Florio, transformée en siège de production, servira également de cadre à une exposition permanente dès octobre 2026.
Pour limiter l’impact du surtourisme, la municipalité a installé 200 bouées d’amarrage pour empêcher les bateaux de jeter l’ancre près des côtes. Elle envisage aussi d’instaurer une durée minimale de séjour pour les véhicules importés sur l’île et de conditionner les permis à un séjour prolongé. L’objectif est d’allonger la durée moyenne de visite de 5-6 jours à 10-15 jours.