Une série de morts et disparitions inexpliquées de scientifiques et d’experts travaillant sur des programmes sensibles aux États-Unis, s’étalant sur plusieurs années, a récemment attiré l’attention des autorités fédérales. Selon Franceinfo - Sciences, le FBI a lancé une enquête en collaboration avec les ministères de l’Énergie et de la Défense pour déterminer si ces affaires, apparemment sans lien, pourraient représenter une menace pour la sécurité nationale. Aucun élément concret ne permet à ce stade d’établir un lien entre ces événements, mais leur accumulation a suscité des spéculations croissantes, notamment au sein de la classe politique américaine.

Ce qu'il faut retenir

  • Le FBI et les ministères de l’Énergie et de la Défense enquêtent sur une dizaine de morts et disparitions de scientifiques et d’experts depuis 2022 aux États-Unis, sans lien avéré entre ces affaires.
  • Parmi les victimes figurent un général à la retraite de l’armée de l’air, trois chercheurs de la Nasa, un astrophysicien et un professeur de génie nucléaire, ainsi que deux personnes ayant eu accès à des sites sensibles.
  • Des figures politiques, dont Donald Trump et des républicains du Congrès, ont exprimé des inquiétudes quant à une possible menace pour la sécurité nationale, évoquant une « atteinte » ou une « supercherie ».
  • Les autorités et certains experts appellent à la prudence, soulignant que ces décès et disparitions s’expliquent pour la plupart par des causes naturelles, des accidents ou des suicides.

Une enquête fédérale pour écarter toute menace pour la sécurité nationale

L’enquête ouverte par le FBI, en coordination avec les ministères de l’Énergie et de la Défense, vise à vérifier si ces disparitions ou décès pourraient cacher un réseau d’ingérence étrangère ou une compromission de secrets d’État. « Nous allons rechercher des liens entre ces scientifiques et l’accès à des informations classifiées, ou encore avec des acteurs étrangers », a précisé dimanche 19 avril Kash Patel, directeur du FBI, lors d’une intervention sur la chaîne Fox News. Cette déclaration intervient après des semaines de spéculations en ligne, relayées par certains médias et responsables politiques.

Le 16 avril, Donald Trump avait lui-même réagi publiquement à ces interrogations, admettant des doutes sur une possible coïncidence. « J’espère que c’est une coïncidence… Mais certains d’entre eux étaient des personnes très importantes, et nous allons examiner la question », avait-il déclaré à la presse après une réunion sur le sujet. Ces propos ont été relayés par Fox News, qui avait également souligné le caractère « sérieux » de la situation.

Les républicains du Congrès s’emparent du dossier

Le comité de surveillance de la Chambre des représentants, dirigé par des républicains, a annoncé vouloir approfondir ces affaires, les qualifiant de « menace potentielle » pour la sécurité nationale. James Comer, président de cette commission, a évoqué devant les médias « quelque chose de sinistre » à l’œuvre. « Ces personnes, à l’avant-garde de la recherche nucléaire, sont soit mortes, soit portées disparues », a-t-il affirmé sur Fox News. Il a précisé que cette enquête constituait désormais une priorité pour sa commission.

Cette mobilisation politique contraste avec les mises en garde de certains experts. Joseph Rodgers, chercheur en énergie nucléaire au Centre d’études stratégiques et internationales, a tempéré ces craintes. « Ces décès et disparitions s’étalent sur plusieurs années et concernent des organisations différentes, qui n’ont entre elles qu’un lien ténu », a-t-il souligné, ajoutant que sans projet commun entre ces scientifiques, la probabilité d’un complot s’en trouve réduite.

Les cas les plus marquants de cette série disparate

L’affaire qui a déclenché une partie des spéculations remonte à la disparition, le 27 février 2026, du général William Neil McCasland, 68 ans, retraité de l’armée de l’air. Ancien responsable du laboratoire de recherche de la base aérienne de Wright-Patterson, un site associé à des programmes aérospatiaux sensibles, il a quitté son domicile d’Albuquerque (Nouveau-Mexique) sans emporter ni téléphone ni lunettes. Sa disparition reste inexpliquée à ce jour. Son épouse a rapidement démenti sur Facebook les rumeurs liant son cas à des théories extraterrestres : « Neil ne dispose d’aucune connaissance particulière concernant les corps extraterrestres ou les débris de l’accident de Roswell », avait-elle écrit, rappelant qu’il était à la retraite depuis 13 ans.

Trois chercheurs de la Nasa, employés au Jet Propulsion Laboratory – Michael David Hicks (59 ans, décédé en 2023), Frank Maiwald (61 ans, décédé en 2024) et Monica Jacinto Reza (60 ans, disparue en 2025 lors d’une randonnée) – ont également alimenté les interrogations. Leurs décès ou disparitions, sans explication publique claire, ont été mis en relation avec d’autres affaires par des internautes. Par ailleurs, deux autres personnes ayant eu accès à des sites sensibles ont été concernées : Anthony Chavez, 78 ans, retraité ayant travaillé à Los Alamos, disparu en mai 2025, et Melissa Casias, 53 ans, assistante administrative dans ce même laboratoire, vue pour la dernière fois en juin 2025 sur une autoroute du Nouveau-Mexique.

Parmi les cas les plus médiatisés figure aussi celui de Carl Grillmair, astrophysicien abattu devant son domicile à Los Angeles en février 2026. Un suspect a été arrêté, mais les autorités ont précisé qu’il ne connaissait pas la victime. Enfin, Nuno Loureiro, professeur de génie nucléaire à l’université du Massachusetts, a été tué par balles en décembre 2025 à son domicile de Boston, après qu’un tireur eut également ouvert le feu sur le campus de l’université Brown, faisant deux morts parmi les étudiants.

Des autorités qui appellent à la modération

Face à l’emballement médiatique, plusieurs institutions ont tenté de calmer le jeu. Une porte-parole du département de l’Énergie a rappelé que « les gens meurent, tout simplement : accidents vasculaires cérébraux, maladies, suicides, vols… Cela arrive ». Elle a souligné que près de 20 000 personnes travaillaient dans les départements concernés, dont beaucoup n’avaient pas accès à des informations sensibles. La Nasa, de son côté, a assuré que « aucun élément ne laisse présager une menace pour la sécurité nationale » à ce stade et s’est engagée à fournir davantage d’informations dès que possible.

Le magazine The Atlantic a qualifié ces spéculations de « nouveau cas d’absurdité flagrante », soulignant l’absence de théorie cohérente pour expliquer ces événements. « Qualifier cela de ‘théorie du complot’ serait bien trop indulgent », a t-il estimé, jugeant l’ensemble de ces récits comme une « supercherie ».

Et maintenant ?

L’enquête du FBI et des ministères concernés devrait se poursuivre dans les prochaines semaines, avec pour objectif d’exclure toute implication étrangère ou compromission de secrets d’État. Les résultats pourraient être rendus publics d’ici la fin du printemps 2026. Par ailleurs, le comité républicain de la Chambre des représentants a annoncé qu’il publierait ses propres conclusions après avoir auditionné des responsables fédéraux et des experts. Reste à voir si ces démarches permettront de lever les doutes ou, au contraire, de nourrir davantage de spéculations.

Cette affaire laisse en suspens plusieurs questions : les disparitions ou décès de ces scientifiques relèvent-ils de coïncidences, de causes naturelles ou d’actes criminels isolés ? Une ingérence étrangère est-elle envisageable, et si oui, quel en serait le mobile ? Enfin, dans quelle mesure les spéculations politiques et médiatiques ont-elles influencé la perception publique de ces événements ? Les prochaines semaines devraient apporter des éléments de réponse, alors que les autorités s’efforcent de démêler le vrai du faux.

Ces affaires ont été reliées entre elles par des internautes et certains médias, en l’absence de tout lien officiel entre elles. Plusieurs des victimes travaillaient sur des programmes sensibles ou avaient accès à des sites classifiés, ce qui a alimenté des spéculations sur une possible ingérence étrangère ou une menace pour la sécurité nationale. Cependant, les autorités et certains experts soulignent que ces décès ou disparitions s’expliquent pour la plupart par des causes naturelles ou des accidents, sans preuve d’un complot.