Depuis l’été 2025, la présidence du tribunal judiciaire de Paris est assurée par Peimane Ghaleh-Marzban, un magistrat qui a fait de la communication un pilier stratégique de son action. Comme le rapporte Le Monde, cette approche s’inscrit dans un contexte marqué par les attaques répétées contre l’institution judiciaire, notamment à la suite de la condamnation de Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Face à une défiance croissante envers les décisions de justice, Ghaleh-Marzban souhaite transformer la perception publique en faisant de la transparence et du dialogue des outils centraux.

Ce qu'il faut retenir

  • Peimane Ghaleh-Marzban est président du tribunal judiciaire de Paris depuis l’été 2025, selon Le Monde.
  • Il a été confronté aux critiques contre la justice après la condamnation de Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007.
  • Le magistrat fait de la communication un enjeu majeur pour restaurer la confiance dans l’institution judiciaire.

Dans un entretien accordé au Monde, Ghaleh-Marzban a expliqué que la communication ne devait plus être perçue comme un simple accessoire, mais comme une composante essentielle du fonctionnement de la justice. « La justice ne peut plus se contenter de rendre des décisions sans les expliquer », a-t-il souligné. Pour lui, l’opacité alimente les soupçons et les critiques, alors que la clarté permet de désamorcer les malentendus et de renforcer la légitimité des décisions rendues. Autant dire que cette stratégie s’inscrit dans une logique de pédagogie active, où chaque verdict doit être accompagné d’une explication accessible au grand public.

Cette volonté de transparence répond à un contexte particulier. La condamnation de Nicolas Sarkozy en 2025, pour avoir accepté des financements illicites en provenance de la Libye de Kadhafi pour sa campagne de 2007, a suscité de vives réactions. Des personnalités politiques ont dénoncé une instrumentalisation politique de la justice, tandis que des associations de défense des droits ont salué une décision historique. Ghaleh-Marzban, qui a dirigé certaines audiences de ce procès, a dû faire face à une pression médiatique et politique sans précédent. — Une situation qui illustre, selon lui, la nécessité de mieux communiquer sur le rôle et les contraintes de la justice.

Pour y parvenir, le président du tribunal judiciaire de Paris mise sur plusieurs leviers. D’abord, la diffusion de communiqués clairs et détaillés après chaque décision importante, afin de contextualiser les verdicts et d’en expliquer les fondements juridiques. Ensuite, l’organisation de conférences de presse régulières, où les magistrats pourront répondre directement aux questions des journalistes. Enfin, une présence accrue sur les réseaux sociaux, où Ghaleh-Marzban a déjà commencé à partager des explications sur le fonctionnement de la justice, sous forme de vidéos ou de threads explicatifs. Bref, une stratégie qui vise à humaniser l’institution et à la rendre plus proche des citoyens.

Cette approche ne fait pas l’unanimité. Certains observateurs craignent qu’elle ne transforme la justice en un spectacle médiatique, où l’image primerait sur le fond. Ghaleh-Marzban balaie ces critiques : « La justice doit être compréhensible, c’est une exigence démocratique. Si les citoyens ne comprennent pas nos décisions, ils ne pourront pas leur faire confiance. » Il rappelle que la communication n’est pas une fin en soi, mais un outil au service de la transparence et de la légitimité de l’institution. — Une position qui s’inscrit dans la lignée des réformes récentes visant à moderniser la justice, comme la loi pour un accès plus équitable au droit, adoptée en 2024.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact de cette stratégie. Ghaleh-Marzban a annoncé que des bilans réguliers seraient publiés pour mesurer l’évolution de la perception publique de la justice. Une première évaluation est prévue pour l’automne 2026, après la publication des premiers communiqués pédagogiques et l’organisation des premières conférences de presse. Reste à voir si cette approche parviendra à restaurer la confiance, ou si elle sera perçue comme une tentative de communication politique. Une chose est sûre : dans un contexte où la justice est de plus en plus contestée, l’enjeu est de taille.

Pour Ghaleh-Marzban, l’objectif est clair : faire en sorte que la justice ne soit plus seulement rendue, mais aussi comprise. Une mission qui, si elle aboutit, pourrait bien redéfinir les rapports entre les citoyens et l’institution judiciaire.