Le lancement de la Ferrari Luce, première voiture 100 % électrique du constructeur italien, s’est transformé en fiasco médiatique et commercial. Selon Numerama, jamais un modèle de la marque au cheval cabré n’avait suscité autant de critiques, tant sur la forme que sur le fond. Un revers qui contraste avec l’image d’excellence et d’innovation que Ferrari entend incarner.

Ce qu'il faut retenir

  • Le reveal de la Luce, diffusé en direct le 25 mai 2026, a été marqué par des problèmes techniques : une vidéo ultra-saccadée, un direct raté, et une annonce immédiatement contestée.
  • 90 % des répondants dans les sondages en ligne rejettent le design de la Luce, selon Numerama, qui évoque une comparaison avec des modèles comme le Fiat Multipla ou la Nissan Leaf.
  • L’action Ferrari a chuté de 8,4 % le lendemain du lancement, reflétant l’impact négatif de cette réception sur les marchés financiers.
  • Les propos acerbes de l’ancien président Luca Cordero di Montezemolo : il a demandé que le cheval cabré soit retiré du modèle, qualifiant la Luce de « trahison » envers l’identité de la marque.
  • Le prix de la Luce, débutant à 550 000 € hors options, la place parmi les véhicules électriques les plus chers, loin de la stratégie de démocratisation prônée par Tesla ou Xiaomi.

Un lancement raté et une vidéo en direct chaotique

Le reveal de la Ferrari Luce, diffusé en direct sur les réseaux sociaux le 25 mai 2026 à 22 heures, a rapidement tourné au cauchemar. Selon Numerama, la vidéo projetée était « ultra-saccadée », un loupé technique impensable pour une marque du luxe. Dix minutes plus tard, la présentation du modèle a achevé d’enflammer les critiques. Le design de la Luce, 100 % électrique, a été perçu comme une rupture radicale avec l’identité sportive et élégante de Ferrari. En retirant l’écusson au cheval cabré, plus rien ne rappelait l’élégance, la sensualité ou la sportivité des modèles thermiques. Les réseaux sociaux se sont embrasés, les fans et clients se sentant trahis par cette proposition.

Un rejet massif et des comparaisons humiliantes

Dans les heures qui ont suivi l’annonce, les sondages en ligne ont révélé un rejet massif du public. Numerama rapporte que plus de 90 % des centaines de milliers de répondants ont exprimé leur désapprobation. La Luce a été comparée à des modèles populaires comme le Fiat Multipla ou la Nissan Leaf, une comparaison qui a particulièrement amusé Nissan. Les critiques visaient autant le design que l’absence de lien avec l’héritage Ferrari, jugée incompréhensible pour une marque synonyme de passion automobile.

Le choc a été d’autant plus fort que Ferrari, jusqu’ici, bénéficiait d’une image intouchable. Les clients historiques de la marque, habitués à des modèles comme la 250 GTO ou la Daytona, ont perçu la Luce comme une trahison. La chute de l’action en Bourse, en baisse de 8,4 % le lendemain, a confirmé l’ampleur du désastre commercial et financier.

Des réactions internes et externes tout aussi sévères

L’ancien président de Ferrari, Luca Cordero di Montezemolo, a livré une critique sans appel dans la presse italienne. Il a demandé que le cheval cabré soit retiré de la Luce, déclarant : « Il faut retirer le cheval cabré de ce modèle. Au moins, ce modèle ne sera pas copié par les Chinois ». Une remarque ironique, alors que le géant chinois Xiaomi a réussi à imposer son SUV électrique YU7, copié par certains sur le design du Purosangue de Ferrari, mais vendu à un prix bien inférieur (50 000 € contre 550 000 € pour la Luce).

Benedetto Vigna, actuel PDG de Ferrari, assume pourtant ce choix, insistant sur le fait qu’une voiture électrique ne peut pas ressembler à un modèle thermique. Une position qui rappelle les erreurs de Volkswagen avec sa gamme ID., où le manque de cohérence visuelle a coûté cher à la marque. Thomas Schäfer, patron de Volkswagen, a reconnu publiquement en 2024 que cette stratégie était une erreur et a fait marche arrière vers un design plus traditionnel.

Un design clivant : un pari risqué pour Ferrari

Le design est un élément clé pour Ferrari, et le rejet massif de la Luce montre que le constructeur a sous-estimé ce paramètre. Numerama souligne que le marché de l’électrique pardonne rarement un design clivant. Elon Musk en a fait l’expérience avec le Tesla Cybertruck, dont les annulations massives ont suivi l’engouement initial. Pour Ferrari, le pari est encore plus risqué : la marque mise sur son blason pour justifier un prix exorbitant, mais les clients ne semblent pas prêts à payer le triple du prix d’une Tesla pour une voiture au style ingrat.

Certains observateurs se demandent si Ferrari n’a pas sciemment raté ce modèle pour légitimer le maintien de ses moteurs thermiques. Une théorie audacieuse, mais qui soulève une question : à quel prix ? Les pertes financières et d’image pourraient être bien plus lourdes qu’un simple bad buzz.

Entre mauvaise stratégie et manque de lucidité

Une autre hypothèse, plus plausible, serait que personne n’a osé contredire Benedetto Vigna dans sa vision du marché. Comme pour Elon Musk, il semble difficile de dire « non » au patron de Ferrari. Pourtant, une version ultra-limitée de la Luce, présentée comme une pièce de collection en partenariat avec l’ancien designer d’Apple, aurait pu trouver un écho. À la place, le résultat évoque davantage le fiasco de la collaboration Audemars Piguet x Swatch.

Pour séduire, Ferrari aurait pu s’inspirer de la Dino, une sous-marque électrique destinée à une clientèle de passionnés prêts à payer pour l’innovation. Mais en ciblant une niche de « tech bros » de la Silicon Valley ou de Shanghai, la marque italienne risque de perdre de vue ses clients historiques, qui attendent une voiture électrique du quotidien à la hauteur de leurs attentes.

Et maintenant ?

Ferrari pourrait être contraint de revoir sa stratégie électrique dans les prochains mois. La marque devrait annoncer d’ici fin 2026 des ajustements sur la Luce, voire un nouveau design, pour éviter une chute durable de ses ventes et de son image. Reste à savoir si le constructeur osera faire machine arrière ou persistera dans cette voie, au risque de s’aliéner une partie de sa clientèle.

Ce revers interroge plus largement sur la capacité des marques historiques à innover sans trahir leur ADN. Entre rupture technologique et respect des fondamentaux, Ferrari se trouve face à un dilemme : comment concilier héritage et modernité sans perdre son âme ?

Le design de la Luce, jugé éloigné des codes esthétiques de Ferrari, a provoqué un rejet massif des fans et des clients. Les comparaisons humiliantes avec des modèles comme le Fiat Multipla ou la Nissan Leaf, ainsi que le prix exorbitant (550 000 €), ont aggravé la situation.

L’action Ferrari a chuté de 8,4 % le lendemain du lancement, reflétant l’impact négatif de cette réception sur les marchés financiers. Le constructeur pourrait subir des pertes supplémentaires si la Luce ne rencontre pas de succès commercial.