Pour son 80ème anniversaire, le Festival d'Avignon s'ouvre ce samedi 11 juillet dans un contexte marqué par des tensions budgétaires et des craintes sur la liberté de création. Selon Franceinfo - Culture, le rendez-vous international du théâtre, qui se tiendra jusqu'au 25 juillet, met en avant une programmation ambitieuse tout en alertant sur les défis structurels du secteur.
Ce qu'il faut retenir
- Un Festival « in » avec 47 créations et 15 000 places supplémentaires par rapport aux années précédentes, pour un total de 120 000 spectateurs attendus comme en 2025.
- Le Festival Off proposera 1 700 spectacles, après avoir attiré 300 000 spectateurs en 2025.
- Une baisse drastique des subventions et des aides, comme le Fonpeps, passé de 60 à 39 millions d'euros, avec des critères d'accès désormais plus restrictifs.
- Une étude révèle que 21 % des compagnies envisagent de dissoudre leur structure dans les trois ans, tandis que la moyenne des représentations par spectacle chute à 4,7 contre 8,7 auparavant.
- La présence de la romancière sud-coréenne Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, est confirmée du 12 au 18 juillet pour une pièce-fleuve sur le mal.
Une programmation festive malgré les ombres au tableau
Le Festival d'Avignon célèbre cette année ses 80 ans avec une programmation centrée sur les arts vivants. Tiago Rodrigues, son directeur, a souligné mercredi 1er juillet à l'AFP la diversité des esthétiques et l'augmentation du nombre de spectacles. « Pour cette 80e édition, on est sur la célébration des arts vivants, avec plus de spectacles, une majorité de créations et une grande diversité d'esthétiques », a-t-il indiqué. Au total, 47 créations seront proposées, accompagnées de 15 000 places supplémentaires disponibles à la vente.
Parmi les temps forts, la présence de la romancière sud-coréenne Han Kang, lauréate du prix Nobel de littérature en 2024, est confirmée du 12 au 18 juillet. Son œuvre, notamment la pièce-fleuve Maldoror, abordera la question du mal sous la direction de Julien Gosselin, metteur en scène et directeur de l'Odéon-Théâtre de l'Europe. La cour d'honneur du palais des Papes accueillera également des artistes de renom comme Isabelle Huppert, Valérie Dréville, Denis Podalydès et Éric Ruf.
Côté Festival Off, 1 700 spectacles sont programmés, un chiffre qui confirme son ancrage comme vitrine incontournable des créations émergentes. L'an dernier, l'événement avait attiré 300 000 spectateurs, selon les organisateurs d'Avignon Festival & Compagnies (AF&C).
Un secteur sous tension : coupes budgétaires et menaces sur la liberté de création
Derrière l'éclat des festivités, le monde du spectacle vivant fait face à des défis majeurs. La récente déprogrammation par la municipalité de Castres (Tarn) de la pièce Passeport, mise en scène par Alexis Michalik et évoquant le récit d'exilés, a ravivé les craintes d'une restriction de la liberté de création et de diffusion sur le territoire. Cette affaire intervient à quelques mois de l'élection présidentielle, dans un contexte politique déjà tendu.
Les acteurs du secteur subissent également les conséquences des coupes budgétaires des collectivités territoriales et de l'État. « En mai, nous avons appris (...) que nous n'aurions pas les subventions prévues », a dénoncé Hortense Archambault, directrice de la MC93 à Bobigny, lors de la présentation de la saison 2026-2027. Pour Tiago Rodrigues, le climat est marqué par « une incertitude vis-à-vis des moyens qui seront ceux à l'avenir du service public de la culture en France ».
Des compagnies en péril face à la précarisation du secteur
Les 1 400 compagnies inscrites au Festival Off dépendent financièrement de cette vitrine, malgré les difficultés croissantes. « On continue à faire Avignon, parce qu'on n'a pas d'autre vitrine », a confié à l'AFP Fred Robbe, cofondateur de la Compagnie du Théâtre du Faune et habitué du festival depuis 1990. « Mais l'intérêt de venir se discute », a-t-il ajouté, soulignant que les programmateurs sont désormais moins nombreux et moins bien dotés en moyens.
Les chiffres sont accablants : selon une enquête de l'Association des professionnels de l'administration du spectacle (Lapas), menée auprès de 286 compagnies, la moyenne des représentations par spectacle est tombée à 4,7 pour la saison 2026-2027, contre 8,7 un an plus tôt. Par ailleurs, 19 % des compagnies ont dû réduire le nombre de comédiens sur scène, et 21 % des directeurs artistiques envisagent de dissoudre leur structure d'ici trois ans.
Le Fonpeps, principal dispositif d'aide aux employeurs du spectacle vivant, illustre cette dégradation. Son enveloppe a été réduite de 60 à 39 millions d'euros, tandis que les critères d'accès ont été durcis. Depuis janvier, la plateforme de dépôt des dossiers est gelée. Michel Basset, administrateur de production pour la Chapiteau Théâtre Compagnie à Chambéry, présentera à Avignon 1984, adapté de George Orwell. Il estime que son aide devrait chuter de 7 000 euros à seulement 2 500 ou 3 000 euros, voire rien du tout, faute d'éligibilité.
Un anniversaire sous le signe de l'incertitude
Alors que le Festival d'Avignon célèbre ses huit décennies d'existence, la question de sa pérennité se pose avec acuité. Les annonces récentes laissent entrevoir des ajustements, mais les acteurs du secteur réclament des mesures structurelles. Entre célébration des arts vivants et combat pour la survie du modèle, cette édition 2026 s'annonce comme un moment charnière pour l'avenir du théâtre en France.
Pour l'heure, les festivités peuvent continuer. Mais derrière le rideau, les inquiétudes persistent, rappelant que la culture, malgré son rayonnement, reste un domaine fragile face aux arbitrages politiques et budgétaires.
Les compagnies font face à une baisse drastique des subventions, à une réduction du nombre de représentations (4,7 en moyenne contre 8,7 en 2025) et à des difficultés d'accès aux aides comme le Fonpeps. Certaines envisagent même de dissoudre leur structure dans les trois ans.
Plusieurs affaires récentes, comme la déprogrammation de la pièce Passeport à Castres, ont ravivé les craintes d'une restriction de la liberté de création. Le secteur craint que ces pressions ne s'étendent à d'autres territoires à l'approche de l'élection présidentielle.