Le Festival d’Avignon 2026, dont la programmation a été dévoilée ce mercredi, s’ouvrira samedi 4 juillet avec une pièce ambitieuse de cinq heures à la Cour d’honneur. Intitulée « Maldoror », cette création du metteur en scène Julien Gosselin marque un nouveau chapitre dans sa collaboration avec les œuvres littéraires majeures. Selon Libération, l’artiste y fusionne l’univers du poète français Lautréamont avec celui de son écrivain fétiche, l’Argentin Roberto Bolaño, offrant une relecture contemporaine et audacieuse de ces textes fondateurs.
Les répétitions, menées au cordeau dans les Ateliers Berthier de l’Odéon, témoignent d’une préparation millimétrée. Gosselin, connu pour ses mises en scène monumentales et ses explorations des marges de la littérature, s’attaque ici à un monument : les Chants de Maldoror, œuvre sulfureuse et visionnaire publiée en 1869 par le comte de Lautréamont. « C’est une œuvre qui résiste à toute adaptation, a précisé Gosselin à Libération. Elle exige à la fois une fidélité radicale à son esprit et une liberté créatrice pour en traduire la puissance subversive. »
Ce qu’il faut retenir
- Une ouverture exceptionnelle : la pièce de Julien Gosselin inaugurera la Cour d’honneur du Festival d’Avignon 2026 samedi 4 juillet.
- Une durée record : cinq heures de spectacle, une durée rarement proposée dans le cadre du festival.
- Un dialogue littéraire : croisement entre les Chants de Maldoror de Lautréamont et l’œuvre de Roberto Bolaño, deux figures majeures de la littérature.
- Un lieu emblématique : la Cour d’honneur du Palais des Papes, scène historique du festival, accueillera cette création.
- Des répétitions sous haute contrainte : les Ateliers Berthier de l’Odéon servent de cadre à une préparation technique et artistique exigeante.
Une pièce à l’échelle d’un monument littéraire
Les Chants de Maldoror, texte fondateur du surréalisme et du symbolisme, se distinguent par leur langage violent et poétique. Lautréamont y dépeint un antihéros tourmenté, semant le chaos et la provocation. Julien Gosselin, qui avait déjà marqué les esprits avec son adaptation des 2666 de Bolaño en 2016, relève ici un défi de taille. « Maldoror n’est pas un personnage, c’est une force, a expliqué le metteur en scène à Libération. Notre ambition est de restituer cette énergie dévorante sans la domestiquer. »
L’intégration de l’œuvre de Bolaño, autre auteur obsédé par les marges et les zones d’ombre de l’histoire, offre une résonance supplémentaire. Selon Gosselin, ce dialogue entre les deux écrivains permet d’éclairer leur modernité respective. « Bolaño cite souvent Lautréamont, a-t-il souligné. Il en fait un précurseur des écrivains maudits, ceux qui écrivent contre l’ordre établi. »
Un travail de titan à l’Odéon
Les Ateliers Berthier, annexe parisienne de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, abritent depuis plusieurs semaines une équipe réduite mais déterminée. Les répétitions, rythmées par une partition sonore complexe et des projections visuelles, s’articulent autour d’une scénographie épurée mais exigeante. « On travaille à la fois sur la précision du geste et sur l’improvisation contrôlée, a indiqué un comédien présent sur le plateau. Chaque détail compte, car une erreur de timing peut briser la tension. »
Le choix des Ateliers Berthier, habituellement dévolus aux créations de l’Odéon, s’explique par la nécessité d’un espace suffisamment vaste pour accueillir une équipe technique nombreuse. Les répétitions y sont menées en étroite collaboration avec les concepteurs lumière et son, dont les contributions seront déterminantes pour l’immersion du public.
Si l’accueil critique et public sera scruté de près, Julien Gosselin a déjà prévenu : « On ne cherche pas à plaire, mais à provoquer une expérience. Que le spectateur en ressorte bouleversé ou déstabilisé, peu importe. L’essentiel est qu’il ait touché du doigt la puissance de Maldoror. » D’ici là, reste à savoir si les cinq heures de spectacle parviendront à captiver un public habitué à des formats plus courts. Une chose est sûre : l’enjeu est de taille pour un festival qui mise sur l’audace cette année.
Julien Gosselin a expliqué à Libération que cette durée reflète l’ambition de restituer l’intégralité des Chants de Maldoror sans altérer leur densité. « Il ne s’agit pas d’un spectacle « long » par choix esthétique, mais d’une nécessité pour honorer l’œuvre, a-t-il déclaré. Chaque chant a sa propre respiration, et les pauses entre eux sont essentielles pour en saisir la portée. »