Face à l’intensification des mégafeux en France cet été, le renouvellement des moyens aériens de lutte contre les incendies s’accélère. Selon Futura Sciences, le pays mise sur trois pistes : la transformation d’un avion militaire en bombardier d’eau, la conversion d’appareils civils, et la conception de nouveaux Canadair 100 % français.
Avec seulement douze Canadair CL-415 en service – dont la production a cessé en 2015 –, la flotte française est sous tension. Les appareils, vieillissants et nécessitant des maintenances plus lourdes, sont sollicités bien au-delà des zones traditionnelles du sud de la France. Désormais, des feux se déclarent aussi en Bretagne ou autour de Fontainebleau, mettant en lumière les limites des moyens actuels. Pour y répondre, les pouvoirs publics ont lancé plusieurs initiatives, entre solutions immédiates et projets industriels de long terme.
Ce qu'il faut retenir
- La France dispose de douze Canadair CL-415, dont la production a cessé en 2015, avec un renouvellement prévu à partir de 2028.
- Un A400M militaire, équipé d’un kit de largage de 20 tonnes, a été testé comme solution d’urgence et devrait entrer en service sous dix jours.
- Deux start-up françaises, Positive Aviation et Hynaero, développent des alternatives : un ATR 72 transformé en bombardier amphibie et un nouvel avion, le Frégate-F100.
- Les premiers essais en vol de l’ATR 72 modifié (FF72) sont prévus pour début 2027, tandis que le Frégate-F100 ne devrait entrer en service qu’en 2032.
Un A400M transformé en pompier du ciel, une solution d’urgence
Alors que les feux gagnent en intensité et en fréquence, la France a dû trouver une réponse rapide à l’urgence opérationnelle. Le ministère de l’Intérieur et celui des Armées ont signé, le 17 juillet 2026, une convention avec Airbus pour équiper un A400M Atlas d’un kit de largage amovible de 20 000 litres. Installé dans la soute, ce système permet de déverser jusqu’à 20 tonnes de retardant en une dizaine de secondes – soit plus de trois fois la capacité d’un Canadair.
Les équipages ont commencé leur qualification le 20 juillet, avec un engagement opérationnel attendu sous dix jours. « Cet appareil interviendra en amont des incendies, pour appliquer du retardant et limiter la propagation, mais ne remplacera pas les Canadair dans leur rôle d’extinction directe », précise un communiqué des ministères. Une solution temporaire, donc, mais qui répond à l’urgence actuelle.
Positive Aviation mise sur la conversion d’un avion civil : le FF72
Créée en 2024 à Toulouse-Blagnac, la start-up Positive Aviation propose une approche différente : transformer un avion civil éprouvé en bombardier d’eau amphibie. Son projet, le FF72, repose sur la conversion d’un ATR 72, un appareil déjà utilisé pour le transport régional. « L’idée est de partir de l’existant pour accélérer le calendrier et réduire les coûts », explique la société.
L’innovation réside dans l’ajout de deux flotteurs écopeurs de 17 mètres, conçus par le chantier naval breton Multiplast. Ces flotteurs, spécialement développés pour les trimarans de course, permettent à l’appareil de prélever de l’eau en survolant un point d’eau, avant de la larguer sur un incendie. Le FF72 pourrait ainsi écoper et déverser huit tonnes d’eau en une seconde, contre un peu plus de six pour un Canadair. Les premiers exemplaires de flotteurs ont été livrés début août 2026, et les essais en vol sont programmés pour début 2027, avec une mise en service visée en 2029.
Cette solution a déjà séduit l’américain Bridger Aerospace, qui a précommandé dix FF72, avec dix options supplémentaires. Un contrat qui pourrait rapporter jusqu’à 1,5 milliard d’euros à Positive Aviation, selon les estimations.
Hynaero développe un Canadair français de nouvelle génération : le Frégate-F100
À Istres, la start-up Hynaero a choisi une voie plus ambitieuse : concevoir un nouvel avion de A à Z, spécifiquement adapté à la lutte contre les incendies. Le Frégate-F100 est conçu pour écoper jusqu’à dix tonnes d’eau par passage, à plus de 400 km/h. « Nous partons d’une feuille blanche pour créer un appareil optimisé, avec une capacité et une vitesse supérieures à celles des Canadair », indique Hynaero.
La Sécurité civile et deux opérateurs étrangers ont déjà signé des lettres d’intention pour 27 appareils. Si les premiers essais en vol sont prévus pour 2031, l’entrée en service n’est attendue qu’à la fin 2032, en raison des délais de certification et de tests. Un investissement de long terme, donc, mais qui pourrait positionner la France comme leader européen dans ce domaine.
Le Canadair CL-415 reste indispensable, mais son remplacement s’organise
En attendant l’arrivée des nouveaux appareils, la France compte toujours sur ses douze Canadair CL-415, dont les deux premiers remplaçants – des DHC-515 produits par De Havilland Aircraft – ne sont attendus qu’à partir de 2028. « Ces avions sont des appareils éprouvés, mais leur production est limitée et leur maintenance coûteuse », rappelle Sylvain Biget, auteur de l’article pour Futura Sciences. Leur disponibilité est également réduite par la nécessité d’opérations de maintenance plus lourdes, aggravée par l’augmentation des missions.
Les mégafeux, désormais plus fréquents et plus étendus, dépassent souvent les capacités des moyens traditionnels. En 2026, les feux ne se limitent plus au sud de la France : ils ont touché des zones comme Fontainebleau ou la Bretagne, où les paysages et les infrastructures ne sont pas toujours adaptés aux interventions aériennes classiques. « L’urgence est réelle, et les solutions doivent être multiples », souligne-t-il.
Les prochains mois seront déterminants : les essais des nouveaux appareils et les décisions d’investissement des collectivités locales et des opérateurs privés pourraient accélérer ou freiner cette transition. Une chose est sûre : la multiplication des mégafeux impose une réponse rapide, même si les solutions définitives prendront encore quelques années à se concrétiser.
Les Canadair CL-415 sont des avions spécialement conçus pour lutter contre les incendies de forêt. Leur capacité à prélever et larguer de grandes quantités d’eau en survolant un point d’eau les rend indispensables pour éteindre les feux naissants ou limiter leur propagation. Leur vitesse et leur maniabilité en font des outils clés pour les pompiers, notamment dans les zones difficiles d’accès.
Le retardant est un produit chimique ajouté à l’eau pour ralentir ou stopper la propagation du feu. Contrairement à l’eau, qui agit principalement par refroidissement, le retardant forme une couche protectrice sur la végétation, limitant la reprise du feu. Il est souvent utilisé en amont des incendies pour créer des coupures de végétation.