« Nous recevons régulièrement des signaux d’alerte, mais celui-ci est le plus important depuis plusieurs années », a déclaré Hadja Lahbib, commissaire européenne chargée de l’Égalité, de la Préparation et de la Gestion des crises, soulignant que « l’Europe est solidaire ». Selon Euronews FR, cette déclaration intervient alors que l’Union européenne déploie son plus important dispositif commun de lutte contre les incendies, face à une saison estivale marquée par des feux dévastateurs dans le sud du continent.

Ce qu'il faut retenir

  • L’UE a activé son mécanisme de protection civile avec 777 pompiers issus de 14 pays, ainsi que 22 avions et cinq hélicoptères prépositionnés avant même le début des incendies.
  • Au 30 juillet 2026, 1 407 incendies ont déjà ravagé 435 000 hectares et émis 17,98 millions de tonnes de CO₂ en Europe.
  • La France a reçu quatre avions rescEU envoyés par la Suède et Chypre, tandis que le Portugal a bénéficié de 118 pompiers et 45 véhicules espagnols, ainsi que de trois avions rescEU italiens et espagnols.
  • Malgré cette mobilisation inédite depuis 2022, la prévention des incendies reste un défi majeur, avec des territoires toujours aussi vulnérables aux feux intenses.

Une mobilisation européenne sans précédent

Face à l’ampleur des feux de forêt qui frappent le sud de l’Europe cet été, l’Union européenne a mis en place une réponse coordonnée inédite. Selon la Commission européenne, la mobilisation actuelle est la plus importante jamais organisée depuis la création du programme rescEU en 2022. « Cette saison confirme l’urgence de renforcer à la fois la réponse d’urgence et la prévention », a indiqué Hadja Lahbib, rappelant que la solidarité entre États membres reste un pilier de la stratégie européenne.

Les chiffres témoignent de l’ampleur des moyens déployés : 777 pompiers en provenance de 14 pays, 22 avions et cinq hélicoptères ont été prépositionnés dès le début de l’été, avant même l’apparition des premiers grands feux. Une préparation qui contraste avec les saisons précédentes, marquées par des retards dans la coordination. Pourtant, malgré ces efforts, les limites du système persistent : si Bruxelles peut financer et coordonner les ressources communes, la gestion des interventions sur le terrain relève toujours des États membres.

Des dégâts déjà considérables et un risque persistant

D’après le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), 1 407 incendies ont été recensés au 30 juillet 2026, détruisant 435 000 hectares et libérant 17,98 millions de tonnes de CO₂ dans l’atmosphère. Un bilan inférieur à celui de la saison record de 2025, mais supérieur à la moyenne des vingt dernières années. Les autorités européennes alertent sur la persistance d’un risque élevé, notamment en Portugal, en Espagne, en France, en Italie et en Grèce, où les conditions météorologiques sont jugées « très extrêmes ».

Côté renforts, la France a reçu le soutien de quatre avions rescEU en provenance de Suède et de Chypre, tandis que le Portugal a pu compter sur l’envoi de 118 pompiers et 45 véhicules espagnols, ainsi que sur trois avions italiens et espagnols. Ces déploiements illustrent la volonté de mutualiser les moyens, mais aussi les disparités entre pays en matière de gestion des crises.

La prévention, parent pauvre de la lutte contre les incendies

Malgré l’efficacité des dispositifs d’urgence, l’Europe reste en retard sur un autre front : la prévention. Les experts soulignent que rendre les territoires moins vulnérables et les paysages moins inflammables est un défi de taille. « Les feux de forêt deviennent de plus en plus intenses, et les stratégies de prévention peinent à suivre », explique un porte-parole de la Commission européenne. Pourtant, des solutions existent : gestion des forêts, débroussaillage, plans d’urbanisme adaptés, ou encore systèmes d’alerte précoce. Autant de mesures qui, selon les observateurs, pourraient limiter l’impact des incendies à long terme.

Les associations environnementales pointent du doigt le manque d’investissements structurels. « On mise tout sur la lutte, mais rien sur la prévention. C’est comme soigner les symptômes sans s’attaquer à la maladie », dénonce un responsable de Greenpeace Europe. Un constat partagé par plusieurs États membres, qui appellent à une refonte des politiques forestières et agricoles pour réduire les risques.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’efficacité des moyens déployés. La Commission européenne doit présenter d’ici septembre un rapport sur l’impact des renforts rescEU et les pistes d’amélioration pour les années à venir. Une réunion des ministres de l’Intérieur des États membres est également prévue en octobre pour discuter d’un renforcement des budgets alloués à la prévention. Reste à voir si ces initiatives suffiront à faire face à une saison des feux qui, selon les climatologues, pourrait devenir la norme dans les décennies à venir.

Quelles solutions pour l’avenir ?

Si la mobilisation actuelle marque un tournant dans la gestion des incendies en Europe, elle révèle aussi les failles d’un système encore trop centré sur l’urgence. Les experts s’accordent sur un point : sans une politique ambitieuse de prévention, les feux de forêt continueront de s’étendre, avec des conséquences dramatiques sur les écosystèmes, la santé publique et le climat. Certains pays, comme le Portugal ou l’Espagne, ont déjà commencé à intégrer des mesures préventives dans leurs stratégies nationales. D’autres, en revanche, peinent à suivre le rythme.

Pour Hadja Lahbib, la solution passe par une approche « à 360 degrés » : « Il ne s’agit pas seulement de réagir, mais d’anticiper. Cela implique des investissements durables, une meilleure coordination entre États, et une prise de conscience collective des risques ». Une feuille de route qui, si elle est adoptée, pourrait transformer la gestion des feux de forêt en Europe. Pour l’instant, l’été 2026 reste sous haute surveillance.

La Commission européenne rappelle que le budget alloué à la protection civile pour 2027 devrait être revu à la hausse, avec une priorité accordée aux projets de prévention. « Nous ne pouvons plus nous contenter de gérer les crises, il faut les éviter », a conclu la commissaire européenne.

Le programme rescEU, lancé en 2022, permet à l’Union européenne de mutualiser les ressources de protection civile entre États membres. Il finance et coordonne l’envoi d’équipes de secours, d’avions, d’hélicoptères et d’équipements spécialisés en cas de catastrophe majeure, comme les incendies. Son objectif est d’améliorer la réactivité et l’efficacité des interventions, tout en réduisant les disparités entre pays.

Plusieurs facteurs expliquent ce retard : d’abord, la prévention nécessite des investissements à long terme, souvent difficiles à mobiliser en période de crise. Ensuite, les politiques forestières et agricoles relèvent principalement des États membres, ce qui limite une approche harmonisée au niveau européen. Enfin, les changements climatiques aggravent les risques, rendant les stratégies traditionnelles moins efficaces.