Le tribunal de commerce de Toulouse examine ce lundi 10 août 2026 une offre de reprise du fabricant de pâte à papier Fibre Excellence par le financier Matthieu Pigasse, conditionnée à des aides publiques que le gouvernement envisage avec réticence. Selon Le Figaro, ce dossier mobilise plus de 90 millions d'euros et pourrait permettre d'éviter la liquidation judiciaire de l'entreprise, qui emploie 670 salariés sur deux sites historiques : Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône).
Ce qu'il faut retenir
- Offre de reprise : Matthieu Pigasse propose de racheter Fibre Excellence pour éviter sa liquidation judiciaire, sous conditions d'aides publiques.
- Montant mobilisé : Le projet repose sur 90 millions d'euros, avec le soutien des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur ainsi que des syndicats CGT, CFDT et FO.
- Exigences de Pigasse : Il demande à l'État de faciliter l'accès à l'électricité à tarif réduit, l'approvisionnement en bois via l'ONF et la réintégration dans le système des quotas carbone.
- Réticence gouvernementale : Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, estime que l'offre « n'est pas au niveau » et attend des engagements plus solides des repreneurs.
- Contexte économique : Fibre Excellence, dernier grand fabricant français de pâte à papier, est en redressement judiciaire depuis fin avril après l'abandon de son actionnaire indonésien.
- Mobilisation des salariés : Depuis début août, les employés occupent les sites de Saint-Gaudens et Tarascon dans l'attente de la décision du tribunal.
Une reprise conditionnée à des aides publiques jugées coûteuses
L'offre de Matthieu Pigasse, soutenue par plusieurs acteurs locaux, repose sur un plan financier de 90 millions d'euros mais exige trois concessions majeures de l'État. Le financier demande tout d'abord une baisse du coût de l'électricité produite par les usines de Fibre Excellence, actuellement soumises aux prix du marché. Il réclame ensuite un accès facilité à l'approvisionnement en bois, via l'Office national des forêts (ONF), alors que le prix de cette matière première a fortement augmenté ces dernières années. Enfin, Pigasse souhaite la réintégration de l'entreprise dans le système européen des quotas carbone, un mécanisme qui pourrait alléger ses charges.
« Il appartient à l'État de dire s'il veut remplir ces conditions », a-t-il souligné vendredi, rappelant que sans ces aides, le projet de reprise serait compromis. Les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur, ainsi que les syndicats CGT, CFDT et FO, apportent leur soutien à cette initiative, convaincus qu'elle permettrait de sauver 670 emplois dans deux territoires où l'industrie est en déclin.
Le gouvernement en désaccord sur la viabilité de l'offre
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a douché l'enthousiasme des défenseurs de l'offre lors d'une intervention devant les députés mardi. « À ce stade, cette offre n'est pas au niveau », a-t-il déclaré, exigeant des repreneurs « sérieux » présentant des « plans d'affaires solides » et un « engagement réel aux côtés de l'État ». Pour le gouvernement, le montant de l'investissement et les garanties proposées ne suffisent pas à couvrir les risques financiers encourus.
Cette position a provoqué une vive réaction de la CGT de Haute-Garonne, qui dénonce « un silence de l'Élysée incompréhensible ». « Les financements privés sont réunis, a-t-elle affirmé dans un communiqué publié dimanche. Nous ne pouvons pas croire qu'Emmanuel Macron laissera liquider un pan supplémentaire de l'industrie française. »
Un groupe en difficulté depuis des mois
Fibre Excellence, qui possède les deux dernières grandes usines de pâte à papier de France, a été placée en redressement judiciaire fin avril 2026 après l'abandon de son actionnaire majoritaire, l'Indonésien Jackson Wijaya. Ce dernier, qui avait injecté près de 300 millions d'euros dans le groupe depuis 2018, a justifié son retrait par le manque de rentabilité du site et son refus d'investir davantage. Les cadres dirigeants de Fibre Excellence avaient tenté de monter une offre de reprise interne, mais ont finalement renoncé, laissant le champ libre à Matthieu Pigasse.
Depuis le début du mois, les salariés des deux sites occupent leurs locaux : depuis lundi à Saint-Gaudens, où l'emploi industriel est rare, et depuis jeudi à Tarascon, dans l'attente de la décision du tribunal de commerce. Ces mobilisations reflètent l'urgence de la situation, dans un secteur déjà fragilisé par la concurrence internationale et la transition écologique.
Un secteur en mutation face aux défis environnementaux
La filière papetière française traverse une crise structurelle, aggravée par la hausse des coûts énergétiques et la baisse de la demande en pâte à papier vierge, concurrencée par le recyclage et les alternatives biosourcées. Fibre Excellence, spécialisée dans la pâte à papier chimique, illustre ces difficultés, dans un contexte où l'Union européenne renforce ses exigences en matière de réduction des émissions de CO₂.
L'offre de Pigasse, si elle est validée par le tribunal, pourrait permettre de moderniser les sites tout en maintenant une activité industrielle locale. Toutefois, son succès dépendra de la capacité du gouvernement à arbitrer entre le soutien à une filière stratégique et les contraintes budgétaires actuelles. Pour l'heure, aucune décision n'est attendue avant plusieurs semaines, le tribunal devant d'abord examiner la recevabilité de l'offre.
La décision du tribunal de Toulouse s'inscrit dans un débat plus large sur la préservation de l'industrie française face à la concurrence internationale. Alors que l'État a déjà soutenu plusieurs plans de sauvegarde dans des secteurs comme la sidérurgie ou l'automobile, le cas de Fibre Excellence interroge sur la capacité de la France à maintenir des activités industrielles énergivores dans un contexte de transition écologique. Pour les syndicats et les collectivités locales, l'enjeu dépasse le simple sauvetage d'emplois : il s'agit de préserver un savoir-faire industriel vieux de plus d'un siècle.
D'après Le Figaro, aucun autre repreneur n'a pour l'instant présenté d'offre concurrente. Les salariés avaient tenté de monter un projet interne, mais ont finalement abandonné. Sans l'offre de Pigasse ou une intervention exceptionnelle de l'État, la liquidation judiciaire deviendrait inévitable.