La publication d’un fichier public recensant les auteurs d’infractions ou de délits à caractère sexuel pourrait, selon Manuel Bompard, créer une « illusion de protection » plutôt que de renforcer la sécurité des victimes. Le coordinateur national de La France Insoumise (LFI) a livré cette analyse lors d’une intervention relayée par BFM - Politique, tout en pointant du doigt l’insuffisance des mesures de suivi et de soins pour les auteurs de violences sexistes et sexuelles.
Ce qu'il faut retenir
- Manuel Bompard estime qu’un fichier public des auteurs de violences sexuelles donnerait une « illusion de protection ».
- Il dénonce l’absence de mise en œuvre suffisante des mesures de suivi et de soins pour ces auteurs.
- Le député LFI critique également le manque de renforcement des sanctions contre les violences sexistes et sexuelles.
- Sur le dossier de la pédocriminalité, il rejette l’idée selon laquelle Gérald Darmanin aurait demandé une priorisation des investigations.
- Concernant l’affaire Lyhanna, il soutient la position du Premier ministre sur la nécessité de ne pas traiter ce cas comme un simple fait divers.
- 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année en France, selon Clémence Guetté (LFI).
Une proposition controversée pour lutter contre les violences sexuelles
L’idée d’un fichier public des auteurs de violences sexuelles, souvent évoquée dans le débat public, est jugée peu efficace par Manuel Bompard. Pour lui, une telle mesure risquerait de donner aux citoyens l’impression fallacieuse que la société est mieux protégée, alors que les moyens concrets de prévention et de réinsertion des auteurs font défaut. « Rendre public le fichier des auteurs d’infractions ou de délits à caractère sexuel pourrait donner une illusion de protection », a-t-il affirmé lors de son intervention. Selon lui, cette approche ne résout en rien le problème structurel de la prise en charge des violences sexuelles en France.
Il a par ailleurs rappelé que les violences sexistes et sexuelles nécessitent un renforcement des sanctions, mais aussi des mesures préventives et éducatives. « Il doit y avoir un renforcement des mesures pour sanctionner » ces actes, a-t-il insisté, tout en soulignant que le suivi des auteurs après leur condamnation reste insuffisant. Pour Bompard, la réponse ne peut se limiter à une logique de fichage ou de contrôle a posteriori, mais doit inclure une véritable politique de prévention.
Dénonciation du manque de moyens dans la lutte contre la pédocriminalité
Sur le volet spécifique de la pédocriminalité, Manuel Bompard a rejeté les affirmations selon lesquelles le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, aurait demandé une priorisation des enquêtes. « Dire que Gérald Darmanin a demandé une priorisation, c’est absolument faux », a-t-il déclaré. Pour le coordinateur de LFI, cette accusation relève d’une instrumentalisation politique du dossier, plutôt que d’une réalité administrative ou judiciaire.
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où les violences sexuelles sur mineurs restent un sujet de préoccupation majeur. Clémence Guetté, députée LFI, a d’ailleurs rappelé lors d’un rassemblement que « 160 000 enfants par an sont victimes de violences sexuelles dans notre pays ». Un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène et la nécessité, selon elle, de renforcer les dispositifs de protection et de prévention.
L’affaire Lyhanna : un symbole des lacunes du système
Interrogé sur l’affaire Lyhanna, cette fillette de 11 ans décédée en 2025 des suites de violences sexuelles, Manuel Bompard a salué la déclaration du Premier ministre, Gabriel Attal, selon laquelle ce cas ne devait pas être traité comme un simple fait divers. « Le Premier ministre a raison de dire que ce n’est pas un fait divers », a-t-il affirmé. Pour lui, cette affaire illustre les défaillances du système judiciaire et social dans la prise en charge des victimes et des familles.
Il a également mis en avant l’importance de la prévention, un thème récurrent dans les discours de LFI sur les questions de violences sexuelles. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, a elle aussi souligné ce point lors d’un débat sur les débordements post-victoire du PSG, critiquant la « Macronie » pour son incapacité à organiser des fêtes populaires sécurisées. « La prévention » contre les violences sexuelles doit, selon elle, être une priorité absolue.
Le débat sur la nationalisation d’ArcelorMittal et les tensions politiques
Hors du champ des violences sexuelles, le débat politique s’est également focalisé sur d’autres sujets. Aurélie Trouvé, députée LFI, a défendu la nationalisation d’ArcelorMittal comme « la seule solution sérieuse » face à la crise sociale dans la sidérurgie. « Ça suffit le chantage de la famille Mittal », a-t-elle lancé lors des débats à l’Assemblée nationale, dénonçant les pressions exercées par les actionnaires pour éviter une intervention de l’État.
De son côté, Ugo Bernalicis, député LFI du Nord, a affiché une confiance sans équivoque dans les chances de son parti à l’élection présidentielle de 2027. « Il a raison d’avoir peur M. Retailleau parce qu’on va gagner », a-t-il lancé à l’encontre du président des Républicains, Laurent Wauquiez. Ce dernier a, pour sa part, plaidé en faveur d’une primaire à droite dès l’automne, estimant que la division de la droite « prendrait une immense responsabilité » en facilitant la qualification de Jean-Luc Mélenchon au second tour.
Enfin, la question du fichier public des auteurs de violences sexuelles devrait continuer à alimenter les discussions, entre ceux qui y voient un outil de transparence et ceux, comme Bompard, qui craignent qu’il ne serve qu’à masquer l’absence de moyens réels.
Un fichier public recenserait l’identité des personnes condamnées pour des infractions ou délits à caractère sexuel. L’idée, portée par certains élus et associations, vise à informer la population sur les risques potentiels dans leur environnement. Cependant, son efficacité reste débattue, notamment en raison des questions de respect de la vie privée et de l’utilité réelle pour la prévention des violences.
En France, le suivi des auteurs de violences sexuelles repose notamment sur le placement sous surveillance électronique mobile (bracelet anti-rapprochement), l’obligation de soins et le suivi par les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP). Cependant, selon Manuel Bompard, ces dispositifs sont insuffisamment appliqués et manquent de moyens humains et financiers pour être pleinement efficaces.